Affaire Lyhanna : place Vendôme, un nouveau rassemblement appelle à la démission de Darmanin
Répondant à l’appel de la coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale contre les violences sexuelles, les manifestants ont rempli pour la deuxième fois la place Vendôme, réclamant des moyens et le départ du Garde des sceaux.

Dès 18h30, une demi-heure avant le rassemblement annoncé, la place Vendôme a commencé à bruisser de revendications féministes et enfantistes. Répondant à l’appel de la coalition pour la loi intégrale contre les violences sexuelles, des groupes, des femmes avec enfants, des associations, des personnes seules sont venues réclamer plus de moyens sous les fenêtres du ministre de la Justice. Cette fois-ci la mobilisation était autorisée contrairement au lundi précédent qui s’était soldé par la garde à vue de la militante et réalisatrice…
Le traitement judiciaire des violences sexuelles sur mineurs traverse une crise de légitimité sans précédent en France. L’affaire Lyhanna, du nom de cette fillette de 11 ans dont le destin tragique a bouleversé la nation entière, a agi comme un révélateur brutal des dysfonctionnements profonds de l’appareil d’État. L’onde de choc, loin de s’apaiser, a pris une tournure éminemment politique. À Paris, la place Vendôme, épicentre symbolique du pouvoir judiciaire où siège le ministère de la Justice, est devenue le théâtre d’une colère populaire incandescente. Des milliers de manifestants, rejoints par des collectifs féministes et des figures publiques, y réclament désormais sans équivoque la démission du garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Ce rassemblement d’une rare intensité s’inscrit dans un mouvement de contestation global qui a vu plus de 160 villes françaises se soulever pour crier leur rejet d’un système jugé défaillant, aveugle et coupable d’inertie criminelle.
La place Vendôme en état de siège : Un cri de révolte sous les fenêtres du pouvoir
L’atmosphère était électrique au cœur de la capitale. Initialement interdit par la préfecture de police de Paris pour de prétendus “risques de troubles à l’ordre public” et officiellement délocalisé vers l’île de la Cité, le rassemblement a finalement convergé de force vers la place Vendôme. Bravant les dispositifs de sécurité initiaux et l’encerclement des forces de l’ordre, les manifestants ont réussi à investir le parvis du ministère de la Justice. Pour les organisateurs, cette interdiction administrative représentait une énième tentative d’étouffer la parole des femmes et la détresse des familles. “De quoi ont-ils peur ? De la colère légitime des mères et des enfants ?”, s’est indignée Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, présente dans le cortège.
Le paroxysme de la tension a été atteint lorsque des militantes du mouvement Femen, couronnes de fleurs sur la tête et inscriptions accusatrices peintes sur leurs corps, ont forcé un barrage policier qui venait tout juste de s’ouvrir pour laisser circuler une partie du cortège. Brandissant les poings face aux fenêtres closes de la Chancellerie, elles ont scandé des slogans glaçants : “Justice pour Lyhanna ! Vous enterrez nos plaintes, vous tuez nos enfants !”. Autour d’elles, une foule compacte, composée de citoyens de tous âges, brandissait des pancartes affichant des messages sans concession : “Justice moribonde”, “Protégez nos filles, pas leurs bourreaux” et, de manière de plus en plus unanime, “Darmanin démission”. La présence de l’actrice engagée Coline Berry a accentué la portée médiatique de l’événement. Au micro des télévisions d’information en continu, elle a fustigé l’existence d’un véritable “système d’impunité” au sein du monde judiciaire, estimant que ce sont ces négligences à répétition qui ont permis au suspect principal, Jérôme B., de perpétrer des viols successifs jusqu’au crime ultime.
L’affaire Lyhanna : La chronologie d’un fiasco judiciaire annoncé

Pour comprendre l’ampleur d’une telle fureur collective, il faut plonger dans les détails révoltants de l’historique judiciaire de cette affaire. Le principal suspect dans le meurtre et le viol de la jeune Lyhanna n’était pas un inconnu pour les services de l’État. Bien au contraire. Huit plaintes distinctes et signalements circonstanciés avaient été déposés à son encontre par le passé pour des faits d’agressions sexuelles et de viols sur des mineurs. Pourtant, l’homme n’a jamais été sérieusement inquiété, ni même auditionné par les magistrats ou les enquêteurs compétents dans le cadre de ces dossiers. Cette accumulation de classements sans suite et de lenteurs administratives a laissé le prédateur présumé totalement libre de poursuivre ses agissements, jusqu’au jour où la trajectoire de la petite Lyhanna a croisé la sienne, entraînant la mort de l’enfant dans des conditions effroyables.
La mère de la victime et ses proches, aujourd’hui soutenus par une opinion publique révoltée, dénoncent une déconnexion totale de l’institution face à l’urgence de la protection de l’enfance. Une action en responsabilité contre l’État a d’ores et déjà été engagée devant le tribunal judiciaire pour dénoncer ces fautes lourdes du service public de la justice. Parallèlement à la procédure pénale qui devra juger le criminel, c’est le procès de l’inertie bureaucratique qui est instruit chaque jour dans la rue.
Une France unie dans l’effroi : Des parvis de tribunaux submergés en province
Si Paris concentre l’attention politique, la révolte s’est propagée comme une traînée de poudre sur l’ensemble du territoire national, touchant des localités habituellement paisibles. À Agen, dans le Lot-et-Garonne, dont le parquet gère directement l’enquête criminelle liée au décès de la fillette, au moins un millier de personnes se sont rassemblées dans un silence lourd, brisé par des larmes et des applaudissements revendicateurs. “La parole des enfants n’est pas prise au sérieux par ceux qui ont le pouvoir de les défendre. La justice française met systématiquement plus d’énergie à sanctuariser la présomption d’innocence qu’à écouter la détresse des victimes”, a déploré Lori Bess, l’une des figures de proue de ce rassemblement citoyen, qualifié d’historique par les observateurs locaux pour une ville de cette taille.
À quelques dizaines de kilomètres de là, devant le tribunal judiciaire d’Auch dans le Gers, la mobilisation a pris une tournure similaire. Des centaines de voix ont repris en chœur “Lyhanna, plus jamais ça”, alternant les attaques verbales ciblées contre le ministère et la procureure de la République locale. De Lyon, où près de 800 personnes ont occupé les marches de la cour d’appel du Rhône, jusqu’aux plus petites juridictions de Bretagne ou du Nord, le constat dressé par la société civile reste le même : le pacte républicain de protection des plus vulnérables est rompu. La veille, une marche blanche nationale avait déjà réuni plus de 6 000 personnes à travers le pays, prouvant que le mouvement s’ancre dans la durée et transcende les clivages politiques habituels.
La défense de l’exécutif : Entre aveux d’échecs et refus de céder à la rue
Face à cette déflagration, l’appareil d’État tente tant bien que mal de construire une ligne de défense pour endiguer la crise, oscillant entre des concessions inédites et une fermeté politique rigide. Signe de la gravité de la situation, le plus haut procureur de France, Rémy Heitz, a dû prendre la parole publiquement pour admettre une vérité que le pouvoir ne pouvait plus occulter. Sans détour, il a reconnu que le traitement judiciaire global entourant le profil du meurtrier présumé constituait “un échec” dramatique pour l’institution. Le magistrat a appelé à “tout mettre à plat” afin de repenser intégralement la chaîne de traitement des signalements pour que plus jamais un tel drame ne puisse se reproduire.
De son côté, acculé par les demandes de démission venant de la rue mais aussi de l’opposition politique, notamment par la voix du chef du Rassemblement national Jordan Bardella qui estime que “le chef de l’administration doit assumer la gravité de ce contexte”, Gérald Darmanin a fermement exclu de quitter ses fonctions. Lors d’une conférence de presse très attendue, le garde des Sceaux a tenté de dissocier sa responsabilité politique des erreurs opérationnelles des magistrats. “J’ai pensé que cette défaillance ici n’était pas une défaillance qui tenait aux instructions que le ministère a données”, s’est défendu le ministre, ajoutant qu’une démission immédiate ne serait “pas utile” et ne ferait qu’affaiblir l’autorité de l’État au moment où des réformes doivent être menées. Il a toutefois confessé une blessure plus personnelle : “Étant père d’enfant, je me pose chaque jour la question de savoir si je suis à ma place… Si je n’assumais pas mes responsabilités pour corriger cela, alors oui, la question de ma présence se poserait”.
Pour tenter d’apaiser l’opinion, le ministère de la Justice a ordonné des mesures d’urgence exceptionnelles, qualifiées de “mobilisation générale”. Gérald Darmanin a exigé la revue intégrale et systématique de quelque 70 000 plaintes en cours liées à des violences sexuelles commises sur des mineurs d’ici le 14 juillet, en priorisant les dossiers où les plaignants sont toujours enfants à ce jour. De plus, un rapport d’inspection flash sur les dysfonctionnements spécifiques de l’affaire Lyhanna doit rendre ses premières conclusions très prochainement. Emmanuel Macron lui-même est intervenu pour reconnaître l’existence de “failles” majeures et exiger que les responsabilités individuelles et collectives soient clarifiées au plus vite. Reste à savoir si ces promesses d’inspections et ces chantiers d’envergure suffiront à calmer une rue qui ne croit plus aux discours et exige des actes radicaux ainsi qu’un renouvellement des visages au sommet de l’État.