Posted in

Pédocriminalité dans l’Église : obtenir réparation malgré la mort de son agresseur, le combat de Marine

Victime d’abus sexuels de la part d’un abbé dans son enfance, Marine a longtemps occulté ce qui lui était arrivé. À la mort de son agresseur, les souvenirs commencent à refaire surface et avec, le besoin de réparation.

Comment restaurer les personnes victimes au sein de l’Église quand la justice ne peut plus rien ? Quand les victimes se signalent après la mort d’un agresseur, des dispositifs de reconnaissance et de réparation peuvent être mis en place. C’est par exemple le cas de la cérémonie mémorielle qui s’est tenue à la cathédrale d’Angers ce samedi 30 mai, en hommage aux victimes de l’abbé Hyacinthe-Marie Houard, disparu en 2012.

Pédocriminalité dans l'Église : un phénomène d'ampleur | TF1 Info

On estime aujourd’hui qu’il a abusé de dizaines de mineurs entre la fin des années 1960 et les années 2000. À ce jour, 25 victimes se sont manifestées. Parmi elles, Marine, 39 ans. Quand le prêtre l’a agressée sexuellement et violée, elle en avait 7. Elle qui travaille désormais dans les relations internationales a entamé différentes démarches de réparation pour tenter de se défaire d’un mal-être qui la ronge depuis son enfance.

“Aujourd’hui, je sais ce qui m’est arrivé”

Pendant longtemps, Marine n’a aucun souvenir. Elle fait une amnésie traumatique. Puis, à la mort de l’abbé, la parole de victimes se libère. Peu à peu, elle prend conscience des sévices qu’elle a elle aussi subis. Mais les souvenirs restent bloqués, à tel point qu’elle évoque un “rideau noir” dans son esprit : “Aujourd’hui, je sais ce qui m’est arrivé, même si je n’ai pas l’image. Mais j’avais un vrai manque de légitimité pendant longtemps.

Marine fait partie du collectif de survivants "La vérité vous rendra libres".
Marine fait partie du collectif de survivants “La vérité vous rendra libres”. ©Radio France – Lou Momège

Elle qui défendait l’abbé qui l’a baptisée “bec et ongles” lorsque des rumeurs couraient de son vivant va jusqu’à penser qu’elle “invente des choses“. “Ça m’a pris du temps pour pouvoir en parler dans ma famille, bien un an, un an et demi, explique-t-elle. Tout prend du temps et je pense que c’est important de l’avoir en tête, aussi parce que Houard, mon agresseur, m’a clairement fait une injonction très forte au silence, contre laquelle je continue de me battre encore aujourd’hui.

Malgré sa mémoire floue, qui résulte d’un mécanisme de protection, les conséquences de ces abus sont bien réelles. “Ça a eu un impact sur ma vie sentimentale, évidemment, que je sens encore aujourd’hui. C’est dur pour moi de me laisser approcher, de me laisser aimer, expose-t-elle. Globalement, ça fait quatre ans que je suis sous antidépresseurs.” Sans oublier “toute la charge mentale que ça prend, qui empêche de vivre parfois“.