La Coupe du Monde de la FIFA 2026 n’a pas encore officiellement débuté, mais elle détient déjà son équipe la plus surveillée, la plus controversée et, sans conteste, la plus politisée de l’histoire moderne du sport. C’est au milieu de la nuit, sous une température lourde et une tension palpable, que la sélection nationale d’Iran a atterri à Tijuana, au Mexique. Loin de la tranquillité et des standards d’organisation des autres nations qualifiées, les joueurs perses ont débarqué sur la frontière la plus surveillée de la planète, entourés d’un dispositif de sécurité militaire impressionnant et d’un imbroglio diplomatique qui menace de faire basculer le tournoi dans une crise internationale majeure.
Initialement, la fédération iranienne avait planifié d’établir ses quartiers à Tucson, dans l’Arizona. Cependant, la réalité de la géopolitique et la guerre au Proche-Orient ont rapidement rattrapé le rectangle vert. Face au refus systématique des autorités américaines d’accorder des visas aux membres du staff technique et logistique soupçonnés d’avoir servi dans le corps des Gardiens de la révolution islamique, le président de la fédération, Mehdi Taj, a dû orchestrer un plan de repli d’urgence. Après des réunions de crise à Istanbul et d’intenses négociations par visioconférence avec la secrétaire générale de la FIFA, l’autorisation a été donnée de transférer le camp de base au Mexique, à quelques kilomètres seulement de la frontière américaine.

Le climat s’est définitivement envenimé lorsque Donald Trump est intervenu publiquement sur son réseau Truth Social, affirmant qu’il ne considérait pas comme approprié, pour des raisons de sécurité, que l’équipe d’Iran participe à cette Coupe du Monde sur le sol américain. La réplique de Téhéran ne s’est pas fait attendre, rappelant qu’aucune nation ne disposait du droit d’exclure un pays d’une compétition régie par la FIFA, ajoutant avec virulence que le seul pays à bannir devrait être celui incapable de garantir la sécurité des délégations étrangères. Face aux rumeurs persistantes de boycott ou d’exclusion, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a dû intervenir personnellement lors du congrès annuel de Vancouver pour confirmer de manière officielle que l’Iran jouerait bien ses matchs aux États-Unis.
Sur le plan strictement sportif, cette sélection iranienne n’a pourtant rien d’une intruse. Les hommes dirigés par Amir Ghalenoei ont validé leur ticket pour le Mondial avec une autorité incontestable lors des éliminatoires de la zone Asie. Dominant le premier tour avec quatre victoires et deux nuls, notamment grâce à des cartons face à Hong Kong et au Turkménistan, l’Iran a ensuite survolé le tour de qualification décisif. Le match charnière s’est joué au stade Azadi de Téhéran face à l’Ouzbékistan. Menés deux buts à zéro, les Iraniens ont fait preuve d’une résilience héroïque pour arracher le match nul grâce à un doublé magistral de l’attaquant vedette de l’Inter Milan, Mehdi Taremi, validant ainsi une invincibilité remarquable de neuf victoires et trois nuls.
Cependant, la préparation technique relève du miracle. En raison du conflit armé, le championnat local a été totalement paralysé pendant de longs mois, privant dix-sept des vingt-six joueurs sélectionnés de toute compétition officielle avec leurs clubs respectifs. À Tijuana, logés dans la discrétion de l’hôtel Marriott et s’entraînant sur les installations des Xolos de Tijuana, les joueurs tressent un lien unique avec la diaspora iranienne venue de Californie pour les soutenir. L’équipe prévoit d’utiliser des vols charters de la compagnie Iran Air pour effectuer des aller-retours directs le jour des matchs vers Inglewood, en Californie, afin d’esquiver la bureaucratie américaine et les contrôles migratoires excessifs.
Placé dans un groupe G particulièrement relevé aux côtés de la Belgique, de la Nouvelle-Zélande et de l’Égypte de Mohamed Salah, l’Iran court après une qualification historique pour les huitièmes de finale, un stade de la compétition jamais atteint en six participations. Les observateurs retiennent déjà leur souffle : si la logique sportive est respectée, un affrontement fratricide en huitièmes de finale pourrait avoir lieu le 3 juillet à Arlington, au Texas, entre l’Iran et les États-Unis. Un scénario qui transformerait un simple match de football en un sommet géopolitique à haute tension, prouvant une nouvelle fois que le sport le plus populaire de la planète reste le miroir indissociable des fractures de notre monde.