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Emmanuel Chain : merci aux films érotiques !

Emmanuel Chain : merci aux films érotiques !

Dans l’histoire de la télévision française, certaines anecdotes possèdent la double vertu d’éclairer le passé sous un jour radicalement nouveau et de décrocher un sourire complice à ceux qui ont vécu cette époque. Parmi les figures incontournables de cette épopée médiatique, Emmanuel Chain occupe une place de choix. Animateur rigoureux, producteur visionnaire et visage indissociable du

Documentaire choc sur l'affaire OM/Valenciennes, suite de la Stagiaire en  cours d'écriture… Les révélations d'Emmanuel Chain sur ses projets magazine économique « Capital » sur M6, l’homme a marqué des générations de téléspectateurs par son style incisif, ses vestes impeccables et son sens inné de la vulgarisation financière. Pourtant, derrière le sérieux des courbes de croissance, des enquêtes sur la grande distribution et des secrets de fabrication des multinationales, se cache une réalité économique beaucoup plus charnelle, amusante et délicieusement transgressive. Récemment, avec la franchise et le recul qui le caractérisent, Emmanuel Chain a jeté un pavé dans la mare de la nostalgie télévisuelle en adressant un immense et vibrant remerciement aux films érotiques du dimanche soir. Une déclaration qui sonne comme un aveu de complicité envers une époque révolue, mais surtout comme une brillante leçon de réalisme sur les coulisses du financement des médias.

Pour comprendre la portée de cette déclaration, il faut impérativement remonter le temps et se replacer dans le contexte de la fin des années 1980 et du début des années 1990. À cette époque, M6 est encore une jeune chaîne généraliste qui cherche désespérément son identité et, plus encore, son public. Face aux géants de l’époque qu’étaient TF1 et Antenne 2, la « petite chaîne qui monte » doit redoubler d’ingéniosité pour capter l’attention et, par extension, les précieux deniers des annonceurs publicitaires. C’est dans ce laboratoire à ciel ouvert que naissent des concepts audacieux, mais aussi des grilles de programmes parfois hétéroclites. Le dimanche soir devient alors le théâtre d’un contraste saisissant, presque surréaliste avec le recul contemporain. En première partie de soirée, Emmanuel Chain décortique les rouages du capitalisme mondial avec une précision d’horloger dans « Capital ». Puis, une fois la nuit tombée et les enfants couchés, le sérieux journalistique cède la place à une programmation beaucoup plus légère, incarnée par le traditionnel film érotique de fin de soirée. Un rendez-vous nocturne qui, sous des dehors légers, allait s’avérer être la véritable poule aux œufs d’or de la chaîne.

Emmanuel Chain ne s’en cache pas et l’évoque aujourd’hui avec une gratitude non feinte : ce sont ces productions coquines, souvent méprisées par la haute critique culturelle, qui ont assuré la survie économique de la chaîne et permis de donner vie aux plus grandes ambitions journalistiques de la rédaction. Les chiffres d’audience de ces films de fin de nuit étaient en effet astronomiques, attirant une foule de curieux et générant des revenus publicitaires colossaux au millimètre carré d’écran. En termes de stratégie de programmation, le calcul était aussi simple qu’efficace. Les bénéfices engendrés par les frissons nocturnes servaient directement à renflouer les caisses de la chaîne et à financer des enquêtes au long cours, des reportages à l’autre bout du monde et des innovations techniques pour les magazines d’information. Sans le public fidèle et noctambule de ces longs-métrages décomplexés, le budget de « Capital » n’aurait probablement jamais atteint les sommets nécessaires pour asseoir sa crédibilité et sa longévité. C’est l’un des paradoxes les plus savoureux du paysage audiovisuel français : la rigueur de l’information économique a été, en grande partie, portée à bout de bras par la légèreté du cinéma de charme.

Un retour à l'antenne ? "Ce n'est pas du tout un sujet" Emmanuel Chain sur  RTL

Cette révélation met également en lumière l’évolution sociétale et la transformation profonde de notre rapport aux images et à la télévision. À l’époque, regarder le film érotique du dimanche soir sur M6 ou Canal+ faisait partie d’un rituel presque collectif, une transgression partagée à une heure où l’offre médiatique était limitée et Internet encore inexistant. Aujourd’hui, à l’ère de la surabondance numérique et de l’accès instantané à tous les types de contenus en un clic, cette époque de la télévision hertzienne revêt un charme désuet, presque innocent. La démarche d’Emmanuel Chain, en rappelant ce fait historique avec autant de bienveillance, témoigne d’une honnêteté intellectuelle rare dans un milieu parfois enclin à réécrire son histoire pour la rendre plus politiquement correcte. Au lieu de masquer cet aspect plus trivial des débuts de M6, le producteur star choisit de l’assumer pleinement, y voyant une preuve de l’audace et du pragmatisme qui animaient les pionniers de la chaîne. C’était l’époque où la télévision osait tout, expérimentait sans cesse et ne s’embarrassait pas de barrières morales excessives tant que le public était au rendez-vous.

Au-delà de l’anecdote amusante, le témoignage d’Emmanuel Chain offre une véritable réflexion sur la nature même de l’économie des médias. Faire de l’information de qualité, mener des investigations rigoureuses et envoyer des journalistes sur le terrain coûte cher, très cher. Pour garantir l’indépendance et la viabilité d’une rédaction, il faut des fondations financières solides, et ces fondations proviennent parfois de programmes populaires ou de divertissements jugés moins nobles. En rendant ainsi hommage à ce pan de l’histoire de M6, Emmanuel Chain lève le voile sur le grand compromis de la télévision commerciale : utiliser le divertissement de masse, sous toutes ses formes, pour offrir les moyens de l’excellence éditoriale. Cette synergie improbable entre le charme de minuit et le décryptage économique de prime time restera comme l’une des plus belles réussites stratégiques de la télévision des années quatre-vingt-dix, une aventure humaine et industrielle où l’audace commerciale a servi la rigueur de l’esprit critique, pour le plus grand bonheur des téléspectateurs qui s’en souviennent encore avec émotion.