Mort de Lyhanna : “Il y a eu des SMS, des demandes de photos”, un professeur de taekwondo témoigne de l’attitude de Jérôme Barella
L’ombre portée sur le club de taekwondo ne cesse de s’allonger. Alors que l’onde de choc provoquée par le décès de la jeune Lyhanna continue de secouer la communauté, un nouveau pan du dossier judiciaire concernant Jérôme Barella vient d’être mis en lumière. Dans un témoignage exclusif, recueilli après des mois de silence pesant, un professeur de sport, qui encadrait notamment Rosa, l’une des victimes présumées, a accepté de briser l’omertà. Ses déclarations brossent le portrait d’un homme méthodique, ayant réussi à infiltrer la confiance des familles tout en tissant une toile d’emprise psychologique autour des jeunes adhérentes.

Le récit de ce témoin est sans appel : il ne s’agissait pas de dérapages isolés, mais d’une stratégie de prédation bien rodée. « Il y a eu des SMS, des demandes de photos, des comportements qui, avec le recul, apparaissent comme autant de signaux d’alerte que nous n’avons pas su interpréter à temps », confie-t-il, la voix chargée d’émotion. Ces échanges, souvent anodins en apparence pour un œil extérieur, constituaient en réalité les premiers maillons d’une chaîne d’emprise visant à isoler les victimes. Au sein du club, Jérôme Barella s’était rendu indispensable, utilisant les exercices de combat pour se rapprocher systématiquement des plus jeunes, et plus particulièrement de la petite Rosa, alors âgée de dix ans.
Le témoignage met également en exergue une faille systémique : celle de l’écoute des victimes. La mère de Rosa, Audrey, a déposé plainte pour viol dès le mois d’août 2025. Pourtant, malgré ses démarches répétées auprès des services de gendarmerie pour que sa plainte soit instruite avec la diligence nécessaire, Jérôme Barella n’a jamais été placé en garde à vue dans ce cadre spécifique. Ce sentiment d’impuissance, couplé à l’absence de réponse institutionnelle rapide, a nourri un profond sentiment d’injustice chez les proches des victimes. Comment, dans une structure censée être un lieu de discipline et de respect, de tels agissements ont-ils pu perdurer malgré les alertes ?
Une autre adolescente du même club aurait été approchée selon des méthodes similaires. Terrifiée par la peur de ne pas être crue, ou pire, d’être tenue pour responsable de ce qu’elle subissait, elle avait choisi de garder le silence. « Elle n’a jamais osé m’en parler », poursuit le professeur. « Elle pensait que les adultes se retourneraient contre elle ». Ce silence, caractéristique des dossiers de violences sexuelles sur mineurs, est aujourd’hui brisé par le courage de ceux qui refusent que la vérité soit enterrée.

Le rôle du professeur, désormais, est celui d’un soutien actif. Il ne se contente plus de raconter ; il agit. Pour aider Audrey à financer les frais d’avocat, indispensables dans une procédure judiciaire complexe et éprouvante, il a lancé une cagnotte solidaire. Il espère ainsi que la mobilisation citoyenne permettra de pallier les défaillances du système. « Les choses doivent changer, clame-t-il. Nous ne pouvons plus accepter que le silence soit la norme lorsque des enfants sont en danger ».
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la gestion des clubs de sport et la protection des mineurs. Si la présomption d’innocence reste un pilier du droit, le témoignage recueilli pose la question de la vigilance accrue au sein des associations. Le parcours de Jérôme Barella, tel qu’il est décrit par ceux qui ont croisé son chemin, montre une capacité à endormir la méfiance, tant celle des adhérents que celle des parents. En se rendant indispensable, en jouant sur la fibre pédagogique, il aurait créé un écran de fumée derrière lequel les abus auraient pu s’installer durablement.
Le décès de Lyhanna a tragiquement braqué les projecteurs sur une réalité qui ne pouvait plus être ignorée. Aujourd’hui, la parole se libère, mais le chemin est long. Les familles des victimes attendent des réponses claires de la part de la justice. Pourquoi les alertes n’ont-elles pas été traitées avec plus de réactivité ? Quelles mesures de contrôle sont mises en place pour éviter qu’un individu au profil similaire puisse à nouveau évoluer au contact de mineurs ? Autant d’interrogations qui restent, pour l’heure, sans réponses satisfaisantes.
Au-delà de la dimension pénale, c’est tout un pan de la vie associative locale qui se trouve fragilisé. La confiance est le socle sur lequel reposent ces organisations. Lorsque ce socle s’effondre, c’est l’ensemble de la communauté qui se sent trahie. Le témoignage de ce professeur de taekwondo est un appel à la responsabilité collective. Il nous rappelle que la protection des plus vulnérables ne peut reposer uniquement sur les institutions, mais nécessite une vigilance constante de la part de chacun.
La bataille juridique s’annonce longue et difficile. Mais la détermination des familles, soutenue par des témoins qui acceptent enfin de parler, témoigne d’une volonté farouche de faire éclater la vérité. L’affaire Barella est devenue le symbole d’une lutte contre l’impunité et d’une demande de réforme en profondeur du traitement des violences sexuelles. Chaque parole recueillie, chaque détail apporté au dossier, rapproche un peu plus les victimes de la reconnaissance de leur souffrance.

Alors que l’instruction se poursuit, le rappel des faits et la mise en lumière des zones d’ombre demeurent essentiels. La société civile, par sa mobilisation, joue un rôle de garde-fou. Il ne s’agit pas seulement de juger un homme, mais de comprendre comment une telle tragédie a pu se nouer au cœur d’un club de sport, loin des regards, dans le silence d’une salle d’entraînement. La lumière sera faite, non seulement pour Lyhanna, Rosa, et les autres, mais pour que les enfants de demain puissent évoluer dans des structures où leur sécurité est la seule priorité. En attendant, c’est l’union et la solidarité qui priment, dans l’espoir qu’aucun autre drame ne vienne endeuiller de nouvelles familles. La justice est un long processus, mais pour les proches, elle est devenue une nécessité vitale, une forme de résilience face à l’indicible.