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Le crépuscule du “Grand Israël” : Une ambition en péril

Le crépuscule du “Grand Israël” : Une ambition en péril

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Le projet du “Grand Israël”, longtemps envisagé par certains cercles dirigeants israéliens comme le garant ultime d’une sécurité stratégique profonde, semble aujourd’hui atteindre un point de rupture critique. Cette ambition, nourrie par une vision nationaliste religieuse radicale et soutenue pendant des décennies par des puissances extérieures, principalement les États-Unis, vacille face à une réalité géopolitique devenue impitoyable. Dans une analyse approfondie, l’ambassadeur Chas Freeman, ancien secrétaire adjoint à la défense des États-Unis, met en lumière un basculement majeur : l’isolement croissant d’Israël et l’effritement rapide de sa réputation internationale.

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Au cœur de ce tournant, le constat est sans appel : personne, en dehors de certains courants sionistes radicaux — souvent religieux, interprétant les textes sacrés pour justifier une expansion territoriale — ne soutient plus cette vision. L’idée que Dieu aurait promis ces terres aux fils d’Abraham, en négligeant d’autres héritages historiques, relève d’une interprétation nationaliste dont l’irréalisme est désormais frappant sans un soutien inconditionnel de Washington. Or, ce réservoir de soutien s’épuise à une vitesse fulgurante.

Le paysage diplomatique mondial a changé. Si le soutien interne au sein de la société israélienne demeure solide et ancré dans des dynamiques politiques qui ignorent les atrocités commises, le reste du monde, lui, détourne le regard ou condamne. Des nations autrefois proches, voire alliées indéfectibles, commencent à envisager des mesures concrètes, telles que des sanctions contre les éléments les plus radicaux du gouvernement israélien. Israël est de plus en plus perçu comme un paria. À titre d’exemple, le rejet quasi unanime de son existence par la population turque montre que la question n’est plus seulement celle d’une expansion territoriale, mais celle de la légitimité même de l’État dans son comportement actuel.

Chas Freeman compare cette situation à la disparition des royaumes croisés au Moyen Âge, qui s’effondrèrent dès lors qu’ils perdirent le soutien extérieur indispensable à leur survie. Aujourd’hui, Israël semble prisonnier d’une “sécurité absolue” qu’il recherche pour lui-même, ce qui, paradoxalement, génère une insécurité totale pour l’ensemble de ses voisins. Cette logique militaire, dépourvue de toute stratégie diplomatique réelle depuis près de 80 ans, le conduit dans une impasse structurelle.

La Turquie occupe une place centrale dans cette configuration. Membre de l’OTAN, partenaire historique des États-Unis, elle est devenue une force influente qui revendique une identité d’Asie de l’Ouest et islamique. Son rapprochement avec d’autres acteurs régionaux comme l’Arabie Saoudite, l’Égypte et le Pakistan dessine les contours d’une nouvelle architecture de sécurité autonome, visant à gérer le Golfe sans interférence de puissances extérieures. Pour Israël, cette Turquie puissante et affirmée est perçue comme une menace existentielle, poussant certains dirigeants israéliens à envisager, après l’Iran, une confrontation avec Ankara.

Le cas de l’Iran illustre également cette impasse. Israël, en tentant de sous-traiter aux États-Unis la destruction de ce qu’il nomme la “tête du serpent”, a épuisé ses capacités militaires et celles de son allié principal. Washington semble incapable de conclure des accords diplomatiques durables, piégé par des dynamiques internes où chaque concession est perçue comme une faiblesse et où la diplomatie est devenue le théâtre de manœuvres erratiques. Le rêve de Benjamin Netanyahou de redessiner la carte régionale en soumettant ses voisins se heurte désormais à un mur.

Au-delà des acteurs étatiques, la fragmentation de la stabilité politique en Israël constitue un risque majeur. Certains observateurs s’inquiètent même d’une polarisation extrême pouvant mener à une situation de crise interne profonde. Le pays semble s’enfermer dans un système d’apartheid intérieur doublé d’une oppression militaire extérieure, une trajectoire que de nombreux citoyens, pilier de la société, pourraient choisir de quitter.

En somme, nous assistons au crépuscule d’une doctrine géopolitique. Le “Grand Israël” n’est plus un projet réalisable, mais une ambition qui s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. L’avenir de la région se dessine désormais autour d’une coopération régionale entre voisins, loin de l’hégémonie de puissances extérieures, forçant Israël à faire face à une réalité qu’il a trop longtemps cherché à nier : la nécessité d’une coexistence pacifique construite sur des frontières définies et reconnues, plutôt que sur la force militaire. La diplomatie, délaissée au profit de l’agression, est pourtant le seul chemin possible vers une survie durable, un chemin qu’Israël n’a, jusqu’ici, jamais osé emprunter sérieusement.