Élection présidentielle de 2027 : Eric Zemmour soutient la primaire de droite mais pose ses propres conditions – fait-il preuve de mépris envers la France ou que veut-il exactement ?
À l’approche de l’échéance cruciale de l’élection présidentielle de 2027, le paysage politique français traverse une zone de turbulences inédite. Les grandes manœuvres ont déjà commencé au sein d’une droite fragmentée, en quête perpétuelle d’un leader capable de fédérer les courants et de proposer une alternative solide au pouvoir en place ainsi qu’aux extrêmes. C’est dans ce contexte de haute tension qu’Éric Zemmour, président du parti Reconquête !, a choisi de frapper un grand coup. En se déclarant favorable à l’organisation d’une primaire à droite, l’ancien éditorialiste ne se contente pas de répondre aux propositions de ses pairs ; il dicte ses propres règles du jeu, impose des lignes rouges infranchissables et déclenche, par la même occasion, une clarification idéologique aux allures de schisme politique.

L’idée d’une primaire pour départager les prétendants à l’Élysée n’est pas nouvelle, mais elle revient sur le devant de la scène avec une force renouvelée. Cette fois, l’impulsion est venue de figures de la droite républicaine, notamment David Lisnard et Laurent Wauquiez, qui cherchent un mécanisme transparent pour sélectionner un candidat unique et éviter une dispersion fatale des voix au premier tour. Invité à s’exprimer sur cette initiative, Éric Zemmour a surpris bon nombre d’observateurs en feignant l’ouverture. Oui, il est prêt à participer à cet exercice de sélection. Oui, il accepte le principe d’une confrontation démocratique interne. Cependant, cette approbation de façade cache des exigences d’une rigueur absolue, conçues pour redéfinir les contours mêmes de la droite française.
La première condition sine qua non posée par le leader de Reconquête ! concerne l’exclusion définitive et catégorique de toute composante issue du macronisme. Pour Éric Zemmour, il est impensable de bâtir une union avec ceux qu’il considère comme les artisans du déclin national. Des personnalités de premier plan de la majorité actuelle, à l’instar de Gabriel Attal ou d’autres figures de l’aile droite de la macronie, sont ainsi blacklistées d’office. L’homme politique refuse ce qu’il qualifie d’auberge espagnole idéologique, un rassemblement hétéroclite qui diluerait les convictions au profit d’alliances purement électoralistes. Sa préférence va sans ambiguïté à une primaire strictement confinée à une droite authentique, un espace politique bien délimité qui s’étendrait, selon sa propre formule, d’Édouard Philippe jusqu’aux frontières de son propre mouvement, Reconquête !.

Cette délimitation stricte s’accompagne d’une charge d’une violence rare contre une partie des Républicains (LR). Éric Zemmour n’hésite pas à désigner publiquement ceux qu’il nomme les cavaliers de l’apocalypse. Dans cette catégorie, il range sans ménagement des figures historiques telles que Gérard Larcher, le président du Sénat, Valérie Pécresse ou encore Jean-François Copé. Le péché capital de ces responsables politiques ? Leur volonté farouche et persistante de maintenir des ponts avec le centre et de pactiser avec la majorité présidentielle. Pour le président de Reconquête !, ces dirigeants n’appartiennent tout simplement plus à la même famille politique que la sienne. En affirmant haut et fort que le temps du schisme est venu, il acte une rupture définitive avec une droite modérée qu’il juge complice de la dérive du pays.
L’autre positionnement stratégique majeur d’Éric Zemmour réside dans son refus d’inclure le Rassemblement national (RN) dans cette dynamique de primaire, malgré la proximité thématique apparente sur les questions régaliennes ou d’immigration. La justification avancée est subtile mais fondamentale : elle repose sur une analyse purement économique. Le leader d’extrême droite soutient que si les électeurs du RN se considèrent majoritairement ancrés à droite, les dirigeants actuels du parti, à commencer par Marine Le Pen, professent en réalité un programme économique de gauche. Selon lui, cette divergence doctrinale profonde rend impossible toute participation commune à un processus de sélection unifié. En isolant le RN sur l’échiquier économique, Éric Zemmour tente de repositionner Reconquête ! comme le seul et unique point de convergence d’une droite à la fois conservatrice sur le plan culturel et libérale sur le plan économique.
Face à l’urgence apparente de la situation et à l’effervescence qui gagne les différents partis, Éric Zemmour affiche pourtant une sérénité et une patience tactique à toute épreuve. Alors que la pression médiatique s’intensifie pour que les ambitions se déclarent, il assure posément qu’il n’est nullement pressé d’officialiser sa propre candidature pour 2027. J’ai tout mon temps pour déclarer ma candidature, affirme-t-il avec assurance. Cette posture calculée lui permet de s’élever au-dessus de la mêlée des prétendants traditionnels. En retardant l’échéance de sa déclaration officielle, il préserve sa liberté de parole, évite d’enfermer son discours dans la seule posture du candidat en campagne et s’octroie le droit de peser de tout son poids sur le débat d’idées qui doit mener à la reconfiguration de son camp.
L’analyse de cette sortie médiatique fracassante révèle une stratégie politique à double tranchant. D’un côté, en acceptant le principe de la primaire, Éric Zemmour esquive le procès en division systématique que ses détracteurs ne manquent jamais de lui intenter. Il se montre constructif, prêt au dialogue, mais à ses propres conditions. De l’autre côté, en fixant des critères d’exclusion aussi stricts, il pousse ses rivaux de la droite républicaine dans leurs retranchements. Les partisans d’une union large, allant du centre-droit à la droite dure, se retrouvent face à un dilemme cornélien : accepter le rétrécissement idéologique imposé par Reconquête ! ou prendre le risque d’une nouvelle explosion de leur électorat.
Le paysage politique vers 2027 s’annonce donc comme un champ de bataille idéologique d’une rare intensité. La proposition de primaire, loin d’être un havre de paix ou un outil de pacification interne, se transforme sous l’impulsion d’Éric Zemmour en un redoutable instrument de triage politique. En cherchant à provoquer ce schisme qu’il appelle de ses vœux, le président de Reconquête ! espère capitaliser sur la clarification des lignes pour attirer à lui la frange la plus radicale et la plus déterminée des électeurs de droite, déçus par les compromis du macronisme et sceptiques face aux orientations économiques du Rassemblement national. Reste à savoir si cette stratégie de la tension et de l’exclusion parviendra à s’imposer comme le moteur de l’union, ou si elle scellera définitivement l’impuissance d’une droite condamnée à se diviser pour régner sur ses propres ruines.