Allié de Trump, le nouveau président colombien promet une ruée vers les énergies fossiles
La Colombie se trouve à un tournant historique, marqué par une rupture politique profonde qui inquiète la communauté internationale et les défenseurs de la nature. Avec l’élection d’Abelardo de la Espriella, un avocat aux positions marquées et aux affinités revendiquées avec Donald Trump, Javier Milei ou Nayib Bukele, le pays s’apprête à abandonner la trajectoire environnementale ambitieuse portée par son prédécesseur, Gustavo Petro. Ce changement de cap annonce une « ruée vers les énergies fossiles » qui risque de bouleverser durablement les écosystèmes colombiens et de contrecarrer les efforts mondiaux contre le réchauffement climatique.
Un virage à 180 degrés
Durant les quatre dernières années, la Colombie s’était imposée comme un leader mondial dans la transition énergétique. Sous l’administration de Gustavo Petro, aucun nouveau contrat d’exploitation d’hydrocarbures n’avait été signé, plaçant la préservation du climat au cœur de l’agenda politique. Cette vision, portée par une volonté de sortir de la dépendance extractiviste, est aujourd’hui remise en cause par Abelardo de la Espriella. Le nouveau président élu ne cache pas son intention de relancer massivement le secteur des hydrocarbures, incluant l’extension de l’exploration pétrolière et gazière, et le développement de gisements non conventionnels.
Pour de nombreux experts et citoyens engagés, cette promesse sonne comme une régression dangereuse. July Mendez, ingénieure environnementale, exprime une amertume partagée par beaucoup : « Nous allons revenir à un modèle de dépendance totale à l’extractivisme, au moment précis où le monde vit une crise climatique critique. » Pour elle, l’absence de propositions concrètes en faveur de la biodiversité et de la gestion de l’eau confirme la crainte d’un retour aux politiques de droite dure, où les intérêts économiques priment sur la préservation des écosystèmes.
L’ombre du fracking
L’une des inquiétudes les plus vives concerne la potentielle légalisation de la fracturation hydraulique, plus connue sous le nom de « fracking ». Bien que le sujet soit controversé, les déclarations du futur président durant la campagne laissent présager un recours à cette technique d’extraction, malgré ses conséquences dévastatrices sur les sols et les ressources hydriques. George Shapiro, membre du collectif Gardiens Amazonie, souligne l’ironie tragique du terme « fracking durable » utilisé par les partisans du nouveau gouvernement : « Nous savons, à travers les exemples d’autres pays, que ça n’existe pas. Le fracking va surtout détruire le territoire et les sources hydriques. »

Dans des régions sensibles comme le département du Caquetá, ces perspectives font naître une angoisse palpable. La protection de la forêt amazonienne et la lutte contre la déforestation illégale, qui avaient enregistré des avancées significatives sous le gouvernement précédent, risquent d’être reléguées au second plan. La peur que ces pratiques destructrices reviennent en force et s’amplifient est devenue le quotidien des militants locaux.
Des défenseurs en danger
La menace ne pèse pas uniquement sur l’environnement, mais aussi sur celles et ceux qui le défendent. La Colombie est tristement célèbre pour être le pays le plus dangereux au monde pour les activistes écologistes. Avec des dizaines d’assassinats recensés chaque année, la situation est critique. Les militants craignent que le démantèlement potentiel du ministère de l’Environnement et la réduction des dépenses publiques de 40 %, souhaités par M. de la Espriella, n’affaiblissent davantage les mécanismes de protection des défenseurs de la Terre Mère.
Gustavo Valencia, militant environnemental, confie sa peur, non seulement pour le futur de son pays, mais aussi pour sa propre sécurité : « J’ai peur, très peur, y compris pour ma propre vie. » Il est rejoint par d’autres voix qui rappellent les périodes sombres des gouvernements passés, où l’engagement en faveur de l’écologie était synonyme d’exil ou de menaces constantes. La mise en œuvre de l’accord d’Escazú, essentiel pour garantir les droits des défenseurs environnementaux en Amérique latine, semble plus que jamais compromise dans ce nouveau contexte politique.
Vers un avenir incertain
La polarisation du pays est totale. Avec 49,70 % des voix, Abelardo de la Espriella a su convaincre une partie de l’électorat en surfant sur des thématiques conservatrices et une promesse de redressement économique axé sur l’exploitation des ressources. Mais ce choix, selon les observateurs, risque de coûter cher à la Colombie sur le plan international et environnemental. La question n’est plus seulement celle du pétrole ou du gaz, mais celle de la définition même du développement et de la place que la Colombie souhaite occuper dans un monde qui, pourtant, cherche désespérément à sortir de l’ère des fossiles.
À l’heure où les vagues de chaleur se multiplient et où les indicateurs climatiques virent au rouge, le choix de la Colombie résonne comme un signal inquiétant. La société civile reste en alerte, déterminée à défendre les acquis des dernières années face à une administration qui semble vouloir sacrifier l’avenir au profit d’un extractivisme débridé. Le combat pour la préservation de la Colombie ne fait que commencer, et les mois à venir seront décisifs pour l’avenir de l’Amazonie et de la stabilité écologique de la région. Dans ce contexte de tempête, la nécessité de maintenir un débat public éclairé et fondé sur des faits est plus cruciale que jamais.