Interview A la suite au décès d’un jeune homosexuel mosellan de 19 ans mardi 2 juin, la coprésidente de SOS Homophobie, Julia Torlet, revient sur la banalisation des violences homophobes, parfois jusqu’à l’extrême.
Un jeune homme gay de 19 ans, Noahm, a été violemment frappé samedi 30 mai à Metz, a relaté Mediapart. Il a été déclaré en état de mort cérébrale mardi 2 juin. Deux suspects ont été mis en examen pour « violences volontaires et tentative d’homicide volontaire aggravé » – ce qui pourrait être requalifié prochainement en « homicide volontaire », précise le média en ligne. Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie, dont le dernier rapport annuel [PDF] alertait sur une augmentation des violences LGBTphobes en France, dénonce leur banalisation.

Le caractère homophobe des faits n’a pas été encore retenu. Que savez-vous de cette affaire ?
Julia Torlet Nous avons nous aussi été informés par la presse et n’avons pas plus d’éléments sur ce qui s’est déroulé. En revanche, les témoignages des amis du jeune homme donnent bien l’impression qu’il a été ciblé pour son expression de genre plutôt féminine. Ces derniers parlent de maquillage et, pour ses agresseurs, cela sous-entendait qu’il était gay. Ses amis parlent aussi d’insultes proférées en même temps que l’agression. Il y a donc manifestement un caractère homophobe dans cet homicide.
Le fait que le procureur, à ce stade, ne retienne pas son caractère homophobe vous étonne-t-il ? C’est parce que nous sommes au début de l’enquête ? Ou est-ce une difficulté habituelle ?
J’espère en effet que cela va évoluer et que le caractère homophobe sera retenu. Mais nous avons l’habitude des arguments de la justice, qui nous explique que c’est parce que l’on n’arrive pas à le prouver avec des éléments matériels tangibles. Typiquement, si personne n’a filmé la scène des insultes. Le risque étant qu’à la fin de l’année, quand le bilan des agressions ou des meurtres homophobes est dressé, il en manque. Ce jeune n’était pas n’importe quel jeune se trouvant au mauvais endroit, au mauvais moment : c’est un jeune qui a perdu la vie parce qu’il était gay.

Dans le Vaucluse, parallèlement, se tient actuellement le procès aux assises de six personnes poursuivies pour un homicide et une séquestration, à la suite de guets-apens par le biais de sites de rencontres comme Coco.gg (fermé depuis les faits). Là encore, le parquet n’a pas reconnu la circonstance aggravante du caractère homophobe…
Pour l’instant, nous ne nous sommes pas constitué partie civile à Avignon, car nous ne le pouvons pas lorsque la circonstance aggravante n’est pas retenue. Mais si elle l’est au cours du procès, vu qu’il dure plusieurs jours, nous le ferons.
Que change cette circonstance aggravante, en termes de peines encourues ?
La peine est plus lourde [pour un meurtre par exemple, perpétuité au lieu de trente ans de réclusion, NDLR]. La reconnaissance du délit ou du crime homophobes, en tant que tels, est très importante, car les victimes agressées ont besoin d’être reconnues pour se reconstruire. Et il faut pouvoir montrer que les agressions homophobes existent bel et bien, car nous entendons souvent : « Ça va, nous sommes en 2026, aujourd’hui vous avez des droits, l’homophobie n’existe plus. » Or nous devons réussir à faire entendre que, dans la société française d’aujourd’hui, une personne LGBTI n’a pas la même vie qu’une personne qui ne l’est pas. C’est vrai dans la rue, dans les lieux publics, au travail, dans la famille… On ne vit pas avec les mêmes dangers. C’est malheureusement une réalité tangible.
Il est ici question de morts d’hommes. Pouvez-vous nous donner les contours de cette violence homophobe en France en 2025 ?
Fort heureusement, les homicides restent des cas ponctuels de violences extrêmes, difficiles à recenser. Mais, en matière de mortalité des personnes LGBTI, il faudrait y ajouter les personnes qui mettent fin à leurs jours à la suite d’un harcèlement, de conflits familiaux, etc. Pour l’année 2025, selon les remontées de nos dispositifs d’écoute, nous recensons 1 771 actes LGBTphobes. Les données gouvernementales, publiées depuis dix ans, avancent une augmentation de 2 % de ces actes entre 2024 et 2025 [après une augmentation de 13 % par an entre 2016 et 2024, selon les services du ministère de l’Intérieur].