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“Il nous prive de réponses” : le combat de la mère de Caroline, t*ée par son propriétaire

C’est un récit qui glace le sang et soulève une vague d’indignation légitime. Huit ans après le drame, Marie-Christine Leninen porte toujours la même plaie béante : celle de la perte de sa fille, Caroline, abattue froidement le 21 août 2018 par son propriétaire dans un corps de ferme de l’Oise. Aujourd’hui, elle ne se contente plus de pleurer ; elle crie sa colère contre un système judiciaire qu’elle juge défaillant, opaque, et profondément insensible à la souffrance des familles de victimes.

Caroline était une jeune femme pleine de vie, passionnée d’équitation, solaire et dotée d’une énergie communicative. Son emménagement dans cette ferme d’Amblainville devait être une nouvelle étape, un cadre propice à sa passion. C’était sans compter sur la personnalité sombre et tyrannique de son propriétaire, un homme de 67 ans se comportant en véritable despote au sein de sa propriété. Dès les premiers jours, les tensions s’accumulent : règles absurdes, abus de pouvoir, harcèlement quotidien. Caroline, loin de se laisser intimider, tente de se défendre, allant jusqu’à porter plainte. La veille du drame, les gendarmes interviennent, mais le couperet ne tarde pas à tomber. Le lendemain matin, Caroline est abattue à bout portant, en pleine cour, alors qu’elle s’apprêtait à se rendre à la gendarmerie pour déposer plainte.

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Le meurtrier se suicide en prison quelques jours plus tard, emportant avec lui les réponses qu’attendait Marie-Christine. Pour cette mère, ce n’était que le début d’un parcours du combattant kafkaïen. Sans procès, aucune possibilité de confrontation, aucune vérité publique. Mais ce qui fait le plus mal à Marie-Christine, ce n’est pas seulement le geste fatal de l’assassin ; c’est la succession de défaillances qui ont suivi. De l’omission criminelle sur la fiche de mise sous écrou indiquant le risque suicidaire du détenu, aux lenteurs administratives inexpliquées, en passant par des expertises bâclées, tout semble avoir été fait pour décourager les proches.

Le dossier est marqué par des zones d’ombre persistantes, notamment ces “quatre minutes” fatidiques durant lesquelles le propriétaire a agi seul, nettoyant la scène et dissimulant le corps, un laps de temps jugé incohérent par Marie-Christine qui attend toujours une reconstitution des faits digne de ce nom. À chaque étape, elle se heurte à une forme d’omerta, une justice qui protège ses propres rouages plutôt que de servir la vérité. Elle a dû mener seule, avec son avocate, une lutte acharnée pour obtenir l’accès aux dossiers, pour faire valoir ses droits, allant jusqu’à affronter le refus absurde d’incinérer sa propre fille pendant quatre longues années.

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Pour Marie-Christine, il ne s’agit plus seulement de faire son deuil. Il s’agit de donner un sens à cette mort. Elle dénonce une déresponsabilisation généralisée : celle des gendarmes qui n’ont pas toujours su protéger Caroline malgré les alertes, celle du centre pénitentiaire qui a laissé le suspect mettre fin à ses jours, et celle des magistrats qui n’ont pas su mener l’enquête avec la diligence requise. Elle réclame que les responsables assument leurs erreurs, que les fonctionnaires soient comptables de leurs négligences, et que la justice ne soit plus ce système distant où le droit des victimes semble secondaire.

Huit ans plus tard, l’instruction est toujours pendante. Marie-Christine ne veut plus de promesses, elle veut des preuves, elle veut comprendre comment un homme connu pour sa dangerosité a pu agir en toute impunité si longtemps. Son témoignage, bouleversant et nécessaire, est un appel au secours lancé à une institution qui doit se remettre en question. En attendant, Caroline reste figée dans la mémoire de sa mère avec cette expression d’effroi sur le visage, une image terrible qui justifie à elle seule ce combat sans fin pour la vérité. Pour Marie-Christine, la résilience n’est pas possible sans réponses. Le silence de la justice, après tant d’années, est devenu une forme de torture morale. Il est temps que cette omerta soit brisée et que Caroline obtienne, enfin, le respect et la vérité qu’elle mérite.