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Deux accidents dont un mortel, une vidéo virale, la signalisation en question… Que s’est-il passé sur le périphérique parisien en marge de la victoire du PSG ?

Une motocross et un scooter se sont encastrés dans une glissière en béton placée sur le périphérique pour en bloquer une sortie, dans la nuit de samedi à dimanche. Franceinfo a recueilli les témoignages des deux jeunes qui étaient sur le scooter, qui annoncent leur volonté de déposer une plainte.

En quelques secondes, leur soirée est passée du rêve au cauchemar. Au soir de la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions, samedi 30 mai, deux accidents, dont un mortel, ont eu lieu sur le boulevard périphérique parisien, à hauteur de la porte Maillot. Deux véhicules – un scooter avec deux personnes à son bord, ainsi qu’une motocross et son pilote – sont venus s’encastrer à une heure d’intervalle dans une glissière en béton placée sous un pont par la municipalité pour fermer l’accès à une bretelle de sortie.

La mort du conducteur de la moto, un homme né en 2002, a été constatée à 2h20 du matin, selon le parquet de Paris, qui a annoncé lundi l’ouverture d’une enquête en recherche des causes de la mort. Les deux passagers du scooter, eux, ont eu davantage de chance et s’en sont sortis avec de multiples fractures. Les deux jeunes hommes, qui sont sortis lundi de l’hôpital, dénoncent le manque de signalisation de ce barrage routier. Ils font le récit de leur soirée auprès de franceinfo et annoncent leur volonté de déposer une plainte contre la municipalité.

Un accident filmé en direct

Il est près de 23h30, samedi soir, lorsque Charles* et Diego* s’engagent sur le boulevard périphérique. Les deux amis de 23 et 22 ans, originaires du Val-d’Oise et membres du collectif Ultras Paris, viennent de passer la majorité de leur soirée au Parc des Princes, où ils ont assisté à “la magnifique victoire” de leur club de cœur. “A la fin du match, on a décidé d’aller fêter ça dehors, un peu comme tout le monde. Tout se passait très bien, mais on a préféré rentrer lorsque la police a commencé à balancer du gaz lacrymogène”, raconte Charles.

Les deux jeunes hommes enfourchent alors son scooter, un 125 Yamaha, et prennent le boulevard circulaire en direction de la porte de la Chapelle. L’ambiance y est festive. “Il y avait beaucoup de motos, des personnes qui descendaient de leur véhicule pour faire la fête. Je n’ai pas vu de débordements, mais forcément, ça a créé des ralentissements”, poursuit cet ouvrier dans le bâtiment.

Ils se retrouvent finalement bloqués quelques kilomètres plus loin, à hauteur de la porte Maillot. “Nous étions rangés sur le côté gauche de la route, avec tous les motards. Les CRS étaient un peu plus loin, sur un pont, avec d’autres supporters”, narre Charles. Pour disperser la foule qui leur fait face, les forces de l’ordre recourent à plusieurs jets de grenade lacrymogène. Le gaz se disperse sur le boulevard et enfume les motards. “A ce moment-là, je me dis qu’il vaut mieux sortir du périphérique, alors je m’engage sur la bretelle de sortie”, explique-t-il.

Deux accidents dont un mortel, une vidéo virale, la signalisation en  question… Que s'est-il passé sur le périphérique parisien en marge de la  victoire du PSG ? – franceinfo

Les yeux en pleurs et la gorge en feu à cause du gaz, le jeune homme s’élance, suivi de loin par plusieurs autres deux-roues. Au bout d’une centaine de mètres, il heurte finalement de plein fouet la rangée de blocs de béton, d’environ un mètre de hauteur. Leur accident, filmé en direct sur la chaîne d’info LCI, a été largement diffusé par les médias et sur les réseaux sociaux.

Cette vidéo correspond bien à l’accident des deux amis, et non pas à celui survenu une heure plus tard au même endroit. On y aperçoit les blocs de béton, à peine visibles, dans l’ombre du pont et la fumée des lacrymos. “Il n’y avait aucune signalisation. Ni plots, ni cônes, ni panneaux lumineux indiquant ce barrage sous le pont, rien. C’est une chance qu’il ne soit pas arrivé la même chose aux motards qui nous suivaient”, affirme le conducteur.

“J’étais sobre et équipé correctement, je n’ai commis aucun délit”

Les deux hommes ne roulent pas très vite, “50 km/h, peut-être 60 km/h”, mais le choc est “très violent”“Je n’ai vu les blocs à aucun moment, donc je n’ai pas freiné. Je me souviens avoir fait un vol plané, puis c’est le trou noir”, explique-t-il. Il reprend conscience à “15 ou 20 mètres” de là. Diego, qui a atterri à côté de lui, a la jambe “ouverte” sur une quinzaine de centimètres. “Il y avait du sang partout”, témoigne un motard qui passait par là au même moment et qui assure également ne pas avoir vu “de signalisation” en amont du barrage de béton.

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Des automobilistes leur viennent rapidement en aide et sollicitent l’aide des pompiers et des CRS, stationnés à quelques centaines de mètres, au bout de la bretelle de sortie. “Alors des gens ont mis mon ami sur une barrière et l’ont porté jusqu’aux pompiers. Moi, quelqu’un m’a pris sur son scooter”, se souvient Charles, encore “choqué” de sa prise en charge par les CRS. “Je leur ai dit ce n’était pas malin d’envoyer du gaz lacrymogène sur des motards et ils m’ont dit que si j’en avais reçu, c’est que je l’avais mérité, rapporte-t-il. Je sais que leur métier est difficile, mais on ne peut pas traiter une personne en état de choc comme ça. J’étais sobre et équipé correctement, je n’ai commis aucun délit.”

Des cônes “enlevés par des piétons”, selon le parquet

Diego, puis Charles, sont finalement conduits à l’hôpital par les pompiers. Le premier souffre de plusieurs fractures aux orteils, d’une fissure de la hanche et de multiples contusions aux jambes. “Pour l’instant, je ne peux pas poser les pieds par terre, je me déplace en fauteuil roulant”, raconte-t-il. Il s’est vu prescrire, pour ces blessures, quarante-cinq jours d’Incapacité totale de travail. Diego, lui, a dû être opéré pour une triple fracture ouverte du tibia. Son arrêt de travail court jusqu’au mois d’août.

Une heure plus tard, aux alentours d’1h10 du matin, un deuxième motard, au guidon de sa motocross, vient lui aussi s’encastrer dans les mêmes blocs de béton. “Il se vidait de son sang par la tête”, raconte un témoin, qui a assisté malgré lui au massage cardiaque prodigué par les secours. Il décédera finalement une heure plus tard.

Selon le parquet de Paris, “des éléments de vidéosurveillance” permettent de confirmer que “des cônes de Lübeck signalant le barrage avaient été enlevés par des piétons en amont de l’accident”. La municipalité, qui a fait installer cette glissière en béton, assure quant à elle que le dispositif “faisait l’objet d’une présignalisation adaptée, comprenant notamment des annonces sur les panneaux à message variable ainsi que des cônes de balisage en amont”. Elle tient “à exprimer sa profonde émotion” et rappelle qu’il appartient “aux autorités compétentes d’établir les faits et les éventuelles responsabilités”.

* Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat des personnes.