Posted in

André Santini Mort du maire historique d’Issy les Moulineaux à 85 ans

Une page monumentale de l’histoire politique française vient de se tourner avec une solennité toute particulière. André Santini, figure indéboulonnable du centre droit, ancien ministre et maire emblématique d’Issy-les-Moulineaux, s’est éteint à l’âge de 85 ans. Avec sa disparition, c’est un pan entier de la vie républicaine, caractérisé par un style de terrain inimitable et une longévité devenue rarissime, qui s’en va définitivement. Pendant près d’un demi-siècle, cet homme hors norme aura incarné sa commune au point de confondre son propre destin avec celui de ses administrés, laissant derrière lui un héritage urbain, économique et humain absolument colossal.

Un ultime combat mené depuis un lit d’hôpital

Jusqu’au bout de son existence terrestre, André Santini aura fait preuve d’une détermination farouche, presque surréaliste, qui force le respect de ses alliés comme de ses opposants les plus acharnés. En mars dernier, il accomplissait un ultime exploit électoral qui restera gravé à jamais dans les annales de la politique française : remporter la mairie d’Issy-les-Moulineaux pour la huitième fois consécutive.

André Santini, 85 ans et hospitalisé, est candidat aux municipales à  Issy-les-Moulineaux

Cette dernière campagne, qui a duré de longs mois éprouvants, s’est déroulée dans des conditions dramatiques puisque le maire sortant l’a menée, par la force des choses, directement depuis sa chambre d’hôpital. Ce dernier combat politique, remporté haut la main face aux urnes, témoigne d’un attachement viscéral à sa commune et d’un pacte de confiance indéfectible tissé au fil des décennies avec la population locale. Rien, pas même la maladie, ne pouvait éloigner ce lion de son territoire.

De la banlieue ouvrière au joyau technologique

Pour comprendre pleinement l’onde de choc provoquée par sa disparition, il faut impérativement remonter en 1980, l’année charnière où ce jeune loup de la politique prend les rênes d’Issy-les-Moulineaux. À l’époque, la commune des Hauts-de-Seine n’est qu’une banlieue ouvrière périphérique en déclin, marquée par la désindustrialisation, la fermeture des usines et l’shadow écrasante de la capitale voisine.

En quarante-six ans de mandat ininterrompu, André Santini va opérer une métamorphose urbaine et économique radicale, s’imposant comme l’un des plus grands bâtisseurs locaux de la Ve République. Grâce à une vision audacieuse et un sens aiguisé du développement, il transforme ce territoire industriel en un pôle technologique majeur et un centre d’affaires d’envergure internationale. Il réussit le tour de force d’attirer les sièges sociaux des plus grandes multinationales des télécommunications et du numérique. Reconnu par ses pairs comme un maire ultra-visionnaire et un pionnier absolu, il a été l’un des tout premiers en France à anticiper l’impact sociétal de l’intégration des nouvelles technologies dans l’espace urbain quotidien, faisant de sa commune un modèle mondial de “smart city”.

L’extinction d’un style politique de proximité

Mais réduire la trajectoire d’André Santini à ses seuls succès locaux serait une grave erreur de jugement. Sa stature nationale s’est forgée durablement sur les bancs de l’Assemblée nationale où il a siégé pendant de nombreuses législatures, portant haut la voix des collectivités territoriales. Homme de dossiers complexes et fin tacticien politique, il a également occupé des portefeuilles ministériels clés sous plusieurs gouvernements successifs, apportant sa rigueur administrative au sommet de l’État.

Hauts-de-Seine : André Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux depuis 1980 et  ancien ministre, est décédé à l'âge de 85 ans

Au-delà de son impressionnant bilan technique, la classe politique tout entière pleure aujourd’hui la disparition d’une personnalité flamboyante, charismatique et haute en couleur, une espèce en voie de disparition dans un univers contemporain parfois jugé trop lisse. André Santini était avant tout un homme d’esprit libre, célèbre pour son sens de la répartie foudroyant, son humour corrosif et son franc-parler légendaire. Ses bons mots, parfois grinçants mais toujours d’une finesse remarquable, faisaient le bonheur des plateaux de télévision et la terreur respectueuse de ses contradicteurs.

Depuis l’annonce officielle de son décès, les hommages nationaux se multiplient à travers tout l’échiquier politique. De la gauche d’opposition la plus critique aux alliés naturels du centre et de la droite, tous s’accordent à saluer la mémoire d’un élu d’exception, un travailleur infatigable qui n’a jamais rompu le cordon ombilical avec le terrain. C’est précisément cette politique de proximité et d’écoute, faite de poignées de mains sincères sur les marchés et d’une fidélité sans faille, qui s’éteint aujourd’hui avec lui. Pour les habitants, le réveil est particulièrement douloureux et l’avenir institutionnel semble soudainement teinté d’une profonde incertitude. Le temps du recueillement est venu, mais l’histoire retiendra la mémoire d’un homme qui aura dédié sa vie entière à la grandeur de sa patrie et au bien-être de ses administrés.