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Liban-Sud : l’offensive israélienne qui fait craindre un nouvel embrasement régional

Liban-Sud : l’offensive israélienne qui fait craindre un nouvel embrasement régional

Le conflit au Moyen-Orient est entré dans une nouvelle phase de tension après l’annonce par Israël de l’extension de ses opérations militaires au Liban, dans un contexte déjà marqué par la guerre à Gaza, l’implication du Hezbollah et les crispations autour de l’Iran. Au cœur de cette escalade, une zone concentre désormais toutes les inquiétudes : le sud du Liban, où l’armée israélienne affirme avoir renforcé son emprise militaire et où des habitants ont été appelés à évacuer des secteurs entiers situés au sud du fleuve Zahrani. Cette évolution intervient alors que les combats entre Israël et le Hezbollah prennent une ampleur nouvelle, faisant craindre un élargissement durable du conflit.

Selon les éléments rapportés, l’armée israélienne a annoncé s’être emparée de la forteresse médiévale de Beaufort, un site hautement stratégique et symbolique dans le sud du Liban. Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a présenté cette prise comme un « tournant décisif » dans l’offensive, affirmant que les forces israéliennes avaient traversé le Litani, pris le contrôle de territoires et occupé la crête de Beaufort. Il a également déclaré avoir ordonné à l’armée d’approfondir et d’étendre son emprise sur les lieux qui étaient sous contrôle du Hezbollah.

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Cette annonce a immédiatement provoqué une vive réaction diplomatique. En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a estimé que la prolongation des opérations israéliennes au Liban constituait une « faute majeure » et qu’elle était contraire aux engagements pris dans le cadre du cessez-le-feu, au droit international, ainsi qu’aux intérêts de sécurité d’Israël lui-même. Pour Paris, chaque village bombardé, chaque village occupé et chaque civil tué risque de renforcer le Hezbollah dans la durée au lieu de l’affaiblir.

La situation sur le terrain illustre la rapidité de l’escalade. Des frappes israéliennes ont visé plusieurs localités du sud du Liban, notamment dans le district de Zahrani, autour de Tyr et dans des villages tels que Zrariyé, Marwaniyé, Kawthariyat Al-Ruz, Khartoum et Tefahta. Des attaques ont également été rapportées près de l’hôpital Hiram à Tyr, ainsi que dans d’autres secteurs sensibles du Liban-Sud. L’armée israélienne affirme viser les infrastructures du Hezbollah, tandis que les autorités libanaises et plusieurs sources locales font état de destructions importantes.

Face à ces opérations, le Hezbollah a revendiqué des tirs contre des positions israéliennes dans le nord d’Israël, notamment à Nahariya et dans la région des Krayot, au nord de Haïfa. Le mouvement chiite affirme agir en riposte aux attaques menées contre les villages du sud du Liban. L’armée israélienne a de son côté signalé plusieurs tirs en provenance du Liban, certains ayant été interceptés par ses systèmes de défense, tandis que d’autres seraient tombés en zone ouverte. Pour l’instant, ces échanges de tirs confirment surtout que le front libanais est devenu l’un des points les plus inflammables de la crise régionale.

L’appel à l’évacuation des zones situées au sud du fleuve Zahrani accentue encore la gravité de la situation. D’après les informations disponibles, Israël a déclaré que cette zone, située à environ 40 kilomètres de la frontière israélienne, était désormais considérée comme une cible potentielle pour des opérations militaires. Les habitants ont été exhortés à se déplacer vers le nord, dans ce qui apparaît comme l’un des ordres d’évacuation les plus importants depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 17 avril.

Pour les civils libanais, cette nouvelle phase militaire signifie une chose très concrète : quitter son village, abandonner sa maison, partir sans savoir quand le retour sera possible. Dans les conflits modernes, les cartes militaires ont souvent l’air froides et abstraites, mais derrière chaque ligne d’évacuation se trouvent des familles, des personnes âgées, des enfants, des commerces fermés à la hâte et des quartiers vidés par la peur. La guerre ne se mesure pas seulement en positions prises ou en communiqués officiels ; elle se mesure aussi au silence soudain des rues, aux valises improvisées et à l’angoisse de ceux qui cherchent un abri plus au nord.

La forteresse de Beaufort, au centre de cette séquence, n’est pas un simple point sur une carte. Construite il y a environ 900 ans, elle domine une zone stratégique proche du Litani et a déjà joué un rôle symbolique dans l’histoire militaire du sud du Liban. Elle avait notamment servi de base aux forces israéliennes durant les années d’occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000. En 2024, elle avait obtenu une protection renforcée de l’Unesco, ce qui renforce encore la portée symbolique de sa prise dans le conflit actuel.

C’est précisément cette dimension symbolique qui rend l’épisode si sensible. Pour Israël, Beaufort peut être présenté comme une avancée stratégique contre le Hezbollah. Pour le Liban, il s’agit d’un lieu chargé d’histoire, désormais exposé aux destructions d’une offensive militaire. Pour les observateurs internationaux, sa prise marque surtout un changement de rythme : l’armée israélienne ne se contente plus de frappes ponctuelles ou de réponses ciblées, elle semble inscrire son action dans une logique d’occupation plus profonde de certains secteurs du territoire libanais.

Cette dynamique inquiète d’autant plus que le conflit régional ne se limite pas au Liban. À Gaza, l’armée israélienne affirme avoir frappé et détruit trois dépôts d’armes du Hamas au cours de la semaine écoulée, malgré l’existence d’un accord de trêve. Les autorités israéliennes disent avoir agi contre des menaces immédiates, en assurant avoir pris des mesures pour limiter les risques pour les civils. Cette multiplication des fronts renforce l’impression d’une guerre fragmentée mais connectée, où chaque théâtre peut influencer l’autre.

L’Iran reste également au cœur de l’équation. Le négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a affirmé que Téhéran n’approuverait aucun accord avec Washington sans garanties sur les droits du peuple iranien. Dans un contexte où les Etats-Unis, Israël, l’Iran, le Hezbollah et le Hamas sont directement ou indirectement impliqués dans la crise, chaque déclaration diplomatique peut être lue comme un signal stratégique. Le risque est celui d’un conflit où la logique militaire prend progressivement le dessus sur les efforts de désescalade.

La France tente donc de replacer le débat sur le terrain diplomatique. En demandant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, Paris cherche à internationaliser la réponse et à empêcher que l’avancée israélienne au Liban ne devienne un fait accompli. Mais l’efficacité d’une telle démarche dépendra de la capacité des puissances internationales à parler d’une voix suffisamment forte, dans un Conseil de sécurité souvent paralysé par les divisions entre grandes puissances.

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Le dilemme est profond. Israël affirme agir pour protéger ses populations du nord et réduire la menace du Hezbollah. Mais plus l’offensive s’étend en territoire libanais, plus elle risque de provoquer une riposte durable, de déplacer des civils et de créer un ressentiment exploitable par les groupes armés. C’est l’avertissement central formulé par la diplomatie française : une stratégie militaire peut produire l’effet inverse de celui recherché si elle alimente la colère, la peur et le sentiment d’humiliation des populations locales.

Pour le Liban, déjà fragilisé par des années de crise politique, économique et sociale, cette nouvelle escalade représente un danger considérable. Le pays n’a ni la stabilité institutionnelle, ni les moyens économiques, ni l’espace humanitaire nécessaires pour absorber une guerre prolongée. Une extension des combats pourrait raviver les fractures internes, aggraver l’exode des populations et pousser davantage de régions dans l’urgence humanitaire.

Le moment est donc critique. L’annonce de l’extension des opérations israéliennes au Liban, la prise de Beaufort, les évacuations au sud du Zahrani, les frappes autour de Tyr et les tirs du Hezbollah vers le nord d’Israël composent un tableau d’une extrême tension. Chaque acteur affirme défendre sa sécurité ou ses droits, mais sur le terrain, ce sont les civils qui paient le prix immédiat de cette escalade.

La question centrale est désormais de savoir si la pression diplomatique pourra encore freiner la logique militaire. Si le Conseil de sécurité se réunit, il devra faire face à une urgence claire : empêcher que le sud du Liban ne devienne le prochain front durable d’une guerre régionale déjà dévastatrice. Car au-delà des communiqués, des déclarations et des symboles militaires, une réalité s’impose : plus le conflit s’étend, plus la paix devient difficile à reconstruire.