Rendez-vous mortel à Sète : la vengeance froide d’un mari
Un rendez-vous mortel à Sète : la vengeance froide d’un mari
Il y a sa femme qui se suicide de manière pour le moins curieuse. Puis cinq ans plus tard, on retrouve le corps de son amant. C’est quand même assez étonnant. Il a été abattu comme un chien et carbonisé derrière. Même les animaux ne sont pas traités comme ça. Ça ressemble à une vengeance. Rémi totalement innocent quoi.
Vous vous rendez compte ? Peindre sa femme c’est quand même un truc… Non c’est un truc de fou. Cette instruction est un fiasco. De preuve il n’y en a pas. Rien, rien, rien, rien. Voilà. Pour moi il n’y a aucun doute. Il a voulu tuer mon frère. Il l’a tué. 7. Dans le département de l’Hérault.
Nous sommes le 5 juillet 2009. Rémi Chen, un coiffeur à domicile de 40 ans, appelle la police en panique pour signaler la mort de son épouse, Nadège. Rémi Chen va expliquer qu’il vient de découvrir sa femme pendue dans le garage. Lorsque la police arrive, elle découvre le corps de Nadège, inanimé. A priori, il s’agit d’un suicide.
Nadège Chen laisse derrière elle son mari, mais aussi leur fille, Laurine. A l’époque, elle n’est qu’une enfant. Jamais elle n’oubliera ce jour où elle a perdu sa maman. J’avais 11 ans et demi. J’allais faire mes 12 ans dans deux mois. Du jour au lendemain, se lever et se dire ma maman est décédée, ça a été un choc pour toute la famille, on s’y attendait pas.
J’arrive pas à y croire. A première vue, ce geste désespéré pourrait paraître incompréhensible. Mariée depuis 15 ans, Nadège Chen semblait avoir tout pour être heureuse. Elle venait d’être titularisée dans son emploi de femme de ménage à l’hôpital de Sète. À cette époque-là, je travaillais sur l’hôpital.
Nadège, c’est quelqu’un de très gentil, discrète, souriante. Elle était très douce. Ma maman fait des horaires très tôt le matin, et après l’après-midi, elle s’occupe de moi. Elle était très carrée, assez stricte, surtout au niveau de l’école. Elle voulait que je réussisse. Elle avait une fille qu’elle aimait par-dessus tout.
En tout cas, en apparence, elle n’a aucune raison de se suicider. Alors, pourquoi la jeune maman de 33 ans se serait-elle donné la mort ? Interrogé, son mari va livrer une étrange explication. Deux jours plus tôt, Nadège lui aurait avoué l’avoir trompée. Voici ce que le mari déclare. Mon épouse est sortie avec ses collègues.
Elle a reconnu avoir consommé de l’alcool plus que de raison et m’a dit qu’il y avait eu des dérapages avec un collègue à elle. Elle lui a confessé avoir eu une relation très brève avec un collègue de travail. A l’occasion d’une soirée, ils se sont rapprochés. Il dit qu’elle a eu juste une relation intime.
Sa femme avait certainement bu ce jour-là, sinon, bien entendu, elle ne l’aurait jamais fait. Selon Rémi Chen, le mari, ce sont les remords qui auraient poussé sa femme au suicide. Depuis cette soirée, elle semblait déçue d’elle. Elle était vraiment déstabilisée. Elle a trompé son mari et donc elle culpabilise.
Elle s’est retrouvée complètement paumée, perdue, et à ce moment-là, elle a eu ce geste dramatique. Tout de même, les policiers sont dubitatifs, et la suite des investigations laisse à penser que derrière ce suicide se cacherait peut-être un crime. Les policiers se mettent à la recherche de l’homme qui aurait eu une relation d’un soir avec la victime.
Deux jours avant sa mort, il s’appelle Patrick Izoard. Il a une quarantaine d’années. Divorcé et père d’une petite fille, c’est son côté authentique qui aurait séduit sa collègue de travail. C’est quelqu’un qui aimait la musique, c’était un bon vivant, il aimait faire l’apéro, la pétanque.
C’est un garçon attachant, donc il avait beaucoup de copains, Patrick. Il était très très apprécié. Mon frère travaille à l’hôpital. Il livrait toutes les maisons de retraite qu’il y a aux alentours de Sète. C’est lui qui portait les médicaments. Et il fait la connaissance de Nadège. Et puis voilà, ils se sont un peu rapprochés.
Contrairement aux dires du mari, Patrick Izoard racontait qu’entre lui et Nadège, c’était en réalité beaucoup plus qu’une histoire sans lendemain. Il m’en parlait, il m’a dit qu’il avait un faible pour Nadège. Nadège lui a confié qu’elle était malheureuse en amour, qu’elle ne s’entendait plus avec son mari.
Elle a rencontré Patrick, elle est tombée amoureuse de Patrick. Avec son mari, c’est terminé. Entendu au commissariat de Sète, voici ce que l’amant de Nadège déclare. Au départ, je ne voulais pas être celui qui briserait son couple. Mais lors de la soirée… Elle m’a dit qu’avec son mari, elle voulait rompre et qu’elle se sentait bien avec moi.
Nous nous aimions. Patrick, c’est quelqu’un de très, très, très respectueux. Ça devait pas aller trop bien dans le couple de Nadège pour qu’il puisse se permettre d’avoir des relations intimes avec elle. Alors évidemment, lorsque l’amant apprend le suicide de Nadège, l’homme tombe des nues.
Pire, il trouve qu’il y a quelque chose de louche. C’est ce qu’il confie aux policiers de Sète. Pour lui, le suicide était plus que bizarre. Il n’y croyait pas. Elle avait pris la décision de quitter son mari parce qu’elle avait rencontré un homme dont elle était tombée amoureuse. Et c’est à ce moment-là qu’elle décide de s’enlever la vie.
Il y a vraiment quelque chose qui ne colle pas. Tous les regards se tournent vers Rémi Chen. Le mari bafoué aurait-il pu éliminer sa femme ? Elle lui a dit qu’elle avait rencontré quelqu’un, qu’elle avait une relation avec lui, il n’a pas supporté, il l’a tuée. Il a maquillé son meurtre en suicide.
Pour mon frère, c’est lui qui l’a tuée, c’est ce qui s’est passé. L’hypothèse semble séduisante, seulement elle ne va pas faire long feu. D’abord, Rémi Chen n’a pas du tout le profil d’un criminel. Rémi Chen, c’est l’homme le plus normal de la Terre. Il est coiffeur, il se déplace à domicile.
Quand les enquêteurs l’interrogent sur sa vie, ça dure quelques minutes tellement sa vie est lisse. C’est un petit bonhomme, physiquement c’est pas quelqu’un d’imposant. Il fait un peu petite chose, un peu fragile. C’est vraiment monsieur tout le monde. C’est absolument pas possible de soupçonner qu’il ait tué sa femme.
Et puis, Rémi Chen possède une alliée de taille, sa propre fille. Pour Laurine, s’il est difficile d’accepter que sa maman l’ait abandonnée, son suicide reste la seule explication possible. Je pense qu’elle s’en est voulue. J’ai que cette conclusion. Lors du suicide de ma maman, j’étais en train de dormir.
Mais s’il y avait eu une dispute ou autre chose, je l’aurais entendue. Et mon père dormait également. Donc elle a agi seule. Et d’ailleurs, les policiers vont retrouver près du corps de la mère de famille un document qui prouverait qu’elle a bien mis fin à ses jours. Ils découvrent sur un établi du garage une lettre manuscrite.
Voici ce que Nadège Chen aurait écrit à son mari juste avant de mourir. Rémi, j’ai vraiment de profonds regrets de ce qui s’est passé, car je t’ai trompé. Tu connais mes idées en matière de fidélité et cela me fait du mal de savoir que j’ai franchi cet interdit. Cela me met dans une situation particulièrement difficile.
Le mot qu’elle laisse, effectivement, laisse entendre qu’elle nourrit un sentiment de culpabilité au moment où elle va mettre fin à ses… C’est une lettre qui est de la main de Nadège Chen, des vérifications ont été faites. Ainsi, après six jours d’enquête, l’affaire est finalement classée sans suite.
On va clôturer cette enquête malgré ses étrangetés et on va conclure effectivement au suicide. Moi avec mon papa, on s’est soudés tous les deux. On a essayé de se reconstruire au mieux qu’on a pu. Quant à Patrick Izoard, l’amant de Nadège, il doit lui aussi se faire une raison. Patrick était triste, il était très contrarié.
Il a été très affecté, il voulait pas me parler parce que ça l’a touché personnellement. L’affaire aurait pu en rester là. Mais aussi fou que cela puisse paraître, des années plus tard, un incroyable rebondissement va tout changer. Nous sommes le mardi 24 juin 2014, 5 ans après la mort de Nadège. Marc Izoard s’affaire dans son parc à huîtres, près de Sète.
Il ne le sait pas encore, mais il ne reverra plus jamais son frère Patrick, l’amant de la victime. Pour nous, il a accepté de répéter les gestes qu’il a faits ce matin-là. Moi, je suis sur mon lieu de travail, je travaille. Et là, c’est ma mère qui m’appelle pour me dire où est Patrick. Et elle me dit je me fais du mauvais sang parce qu’il n’est pas rentré dormir.
En fait, Patrick habite chez elle. Et depuis la veille au soir, il n’est pas rentré. Et surtout, il n’a pas prévenu. Elle est inquiète parce que ce n’est pas dans ses habitudes. Alors moi, je lui dis, tu as appelé son collègue ? Et elle me dit, je l’ai appelé et il m’a dit qu’il n’a pas été travailler.
Pas très normal, ça. Il manquait jamais le travail. Il commençait à 8h, il y était à 7h du matin pour boire le café avec ses collègues et tout. Aussitôt, Marc tente d’appeler son frère en vain. Et ça répondait pas à son téléphone. Donc à partir de là, même moi, j’étais inquiet, quoi. Pire, c’est depuis la veille au soir que plus personne n’a revu Patrick Izoard.
A cette époque-là, on regardait les matchs de la Coupe du Monde chez un ami qui avait un bar de plage sur Frontignan. Et Patrick, ce soir-là, il n’est pas venu. Bizarre de la part de Patrick. On était très étonnés. On a commencé un petit peu à s’inquiéter parce que c’était pas une attitude normale. Personne n’avait des nouvelles, ni au travail, ni ses amis, ni sa famille.
Mais surtout, la veille, le père de famille n’est pas allé à un spectacle qu’il n’aurait pourtant manqué pour rien au monde. La veille au soir, sa fille avait un spectacle de danse. Il avait parlé de ce gala à son entourage en disant « Je vais voir ma fille au gala » . Il était évident qu’il ne pouvait pas rater ce gala de danse.
Sa fille, c’était tout pour lui. Rater le gala de sa fille, c’est pas possible. Et elle a commencé à s’affoler. C’est l’angoisse qui grandit de plus en plus. Je me dis, il y a quelque chose de grave. Là, je savais qu’il y avait quelque chose, c’était pas possible. Et ce n’est pas tout.
Alors que ses proches le cherchent aux quatre coins de la ville de Sète, un collègue de travail de Patrick Izoard va faire une découverte très alarmante. Son collègue de l’hôpital m’a appelé pour me dire, viens, on a trouvé le scooter de ton frère devant le cimetière. Ce scooter est là, pas très loin de l’hôpital d’ailleurs, à une centaine de mètres de l’hôpital, garé.
Patrick, il n’est pas là. On est arrivé à ouvrir la selle. C’est là qu’on a trouvé dans la selle son blouson, son paquet de cigarettes, son téléphone. Son téléphone, il l’avait toujours sur lui, son paquet de cigarettes aussi. Patrick Izoard, il s’est volatilisé, il a disparu littéralement. C’est difficile à vivre.
C’est difficile, très difficile, on y pense du matin au soir. Ça tourne là-dedans. Moi je me dis qu’on ne le reverra plus. Alors, où est passé Patrick Izoard ? Et pourquoi ne donne-t-il plus aucun signe de vie ? C’est en fouillant dans son téléphone portable que son frère va avoir un début de réponse.
Moi je prends le téléphone et je vois des numéros. Marc Izoard découvre dans ce téléphone le listing des derniers appels qui ont été passés par son frère. Et il va voir que Patrick avait rendez-vous avec une jeune femme. Cette jeune femme s’appelle Audrey Louvet. Et pour les proches de Patrick, ce n’est pas une inconnue.
C’est une fille avec qui il a eu une aventure il y a des années. Mais bon, cette relation n’a pas duré très longtemps. Et il ne l’avait plus revue. Visiblement, 15 jours plus tôt, la jeune femme en question a repris contact avec Patrick Izoard. Il avait d’ailleurs mis ses plus proches amis dans la confidence.
Après la partie de cartes, il m’a pris le bras et il m’a dit il faut que je te parle. Et il m’a fait écouter un enregistrement téléphonique qu’il avait. C’était la voix d’une femme douce, mielleuse. Et elle lui disait je pense toujours beaucoup à toi. J’aimerais te revoir pour boire un café, pour discuter.
Et la voix qu’elle avait au téléphone, je pense que c’était vraiment pour autre chose. En fait elle lui faisait un peu du rentre-dedans. Il m’a repris le téléphone, il m’a dit tu en penses quoi ? Je lui ai dit écoute-moi, je sais pas, pour le café, je pense qu’il y a autre chose en dessous. Il a souri, il m’a dit c’est bien ce que je pensais mais j’attendais que tu me donnes une confirmation.
Patrick Izoard dit à ses collègues qu’il est étonné mais que bon, pourquoi pas. Il dit à son avis je vais la rencontrer. Une ex qui ressurgit soudainement du passé et qui avait rendez-vous avec Patrick au moment même où l’homme disparaît. Pour ses proches, voilà une drôle de coïncidence. C’est quand même bizarre, parce que ça fait des années qu’il ne la revoit plus.
Et du jour au lendemain, elle lui a donné rendez-vous. Cette jeune femme est la dernière personne à avoir vu Patrick ce jour-là. On se dit que ce n’est pas un hasard. Ça laisse à penser qu’il y a un truc qui n’est pas clean, un truc qui n’est pas net. Elle lui donne un rendez-vous au cimetière, à 16h30 après son travail.
Il a disparu, on le voit pas, on n’a plus de nouvelles, et le scooter est devant le cimetière, bon, il y a quelque chose qui va pas, là. Aussitôt, Marc Izoard, le frère de Patrick, contacte la fameuse Audrey. Et ce qu’elle va lui raconter ne va pas le rassurer, bien au contraire. Je la rappelle, elle, et je lui dis, c’est toi qui as eu rendez-vous avec mon frère ? Elle me dit, oui, oui.
Et je lui ai dit, où est Patrick ? Elle me dit, je sais pas. Je sais rien moi, c’est tout. De suite je me dis que c’est louche quand même là. Sans plus tarder, Marc décide d’aller signaler la disparition de son frère à la police et aussi de leur faire part de ses soupçons. J’explique que voilà, depuis lundi on n’a plus revu mon frère, il a eu un rendez-vous avec une certaine Audrey et voilà.
L’affaire est prise au sérieux. Les policiers convoquent immédiatement la jeune femme pour qu’elle s’explique. Ils ne le savent pas encore, mais ce qu’elle va leur raconter va faire basculer l’enquête. Deux jours après la disparition de Patrick Izoard, Audrey Louvet se présente au commissariat de Sète.
Les enquêteurs ont face à eux une mère de famille de 33 ans qui paraît inoffensive. Audrey Louvet, c’est une personne qui physiquement est assez petite, frêle. C’est une femme sans emploi, sans ressources financières, qui vit dans un petit appartement. Elle a ses deux enfants dont elle s’occupe, sans papa.
Elle est dans une vie qui est une vie de débrouille en fait. Pour survivre, elle fait des petits boulots à droite à gauche au black. Une femme qui est un peu dans la galère comme on dit. D’ailleurs, c’est parce que sa vie était difficile que la jeune maman aurait recontacté Patrick. Voici ce qu’elle déclare aux enquêteurs.
Je l’avais croisé une fois en ville, je voulais savoir ce qu’il était devenu. Et comme j’ai des difficultés, j’avais besoin d’un ami avec qui parler. Je savais que je pouvais me confier à lui sans problème. Cette jeune femme explique qu’elle cherche une oreille attentive, qu’elle se souvient de la gentillesse légendaire de Patrick.
Et qu’elle a envie de renouer des liens. À entendre la jeune femme isolée, elle n’aurait rien à se reprocher. Et ce lundi 23 juin, les retrouvailles avec Patrick se seraient d’ailleurs parfaitement déroulées. Ils ont marché le long de la route. Là, ils ont marché ensemble peut-être 5-10 minutes.
Ils ont discuté, ils se sont promenés. Après avoir discuté quelques instants, ils se sont quittés parce que chacun allait vaquer à ses occupations. Elle est partie et il allait très bien. Point barre. Seulement voilà, Audrey Louvet va rajouter un petit détail qui va interpeller les policiers. Elle explique qu’elle a été déposée par un ami à proximité des lieux du rendez-vous.
Et ensuite elle rejoint Patrick Izoard, voilà. C’est ce qu’elle explique tout simplement. Cet ami, on lui demande qui il est. Au départ elle ne veut pas dire le nom. Mais face à l’insistance des enquêteurs, la jeune femme va finir par révéler son identité. Et cet ami, c’est précisément Rémi Chen.
Rémi Chen, le mari de Nadège, retrouvée pendue dans le garage du domicile conjugal. Incroyable. Que fait le mari trompé et désormais veuf sur les lieux de la disparition de Patrick Izoard, qui n’était autre que l’amant de sa femme ? Et là, ça change tout. On retrouve qui au lieu de rendez-vous ? Rémi Chen.
On se dit naturellement qu’il y a un lien. Il n’avait rien à faire là. Le scénario dans la tête des enquêteurs, il est simple. Ça ressemble à une vengeance, ni plus ni moins, cinq ans après. Soit il poursuit une vengeance par rapport à cette trahison, soit il se venge de Patrick Izoard qui a provoqué le suicide de sa femme.
En tous les cas, les enquêteurs en sont convaincus, les deux affaires sont liées. Dès lors, les enquêteurs vont émettre une hypothèse. Patrick Izoard serait tombé dans un guet-apens, savamment orchestré par le mari rancunier et Audrey Louvet. Audrey Louvet a servi d’appât et avec la complicité de Rémi Chen, ils ont contribué à la disparition de Patrick Izoard.
On ne sait pas à ce moment-là s’il est décédé, s’il n’est pas décédé, s’il est enlevé, s’il est séquestré quelque part. Mais en tout cas, voilà le scénario qui se dessine. L’appât, la vengeance. Pour les proches de Patrick Izoard, cette présence du mari met fin à tout espoir. Il y a tout qui s’imbrique.
Parce qu’il disparaît, puis après on sait que c’est Rémi qui amène la femme. Je vais me servir d’Audrey pour me venger de lui. On s’est dit, ben voilà, c’est lui qui a fait un truc, il veut se venger. Je pense qu’il n’a pas supporté que sa femme ait une relation intime avec Patrick.
Il en est arrivé à la finalité à se dire qu’il fallait que lui aussi disparaisse. C’est lui, c’est sûr. Pour moi, il n’y a aucun doute. Je crois que c’est sûr et certain. Il a voulu tuer mon frère. Il l’a tué. Désormais, l’affaire est confiée au service régional de police judiciaire de Montpellier.
Et la suite de leur enquête viendrait confirmer le scénario diabolique. En effet, depuis le suicide de sa femme, Rémi Chen le mari semblait vouer une rancune très tenace envers son rival. Il menaçait mon frère. Il lui avait dit toi un jour je t’aurai. Chaque fois qu’il le croisait il disait toi un jour je t’aurai.
Ça c’est mon frère qui le dit à une copine à lui. Il n’avait pas dit je te tuerai, toi un jour je t’aurai. Voilà. Patrick ne prenait pas ça au sérieux, il l’avait dit à ma mère d’ailleurs, quand il en aura marre il s’arrêtera. Il lui faisait pas peur hein. Mais voilà. Dans ce macabre scénario, les policiers vont avoir une preuve qu’Audrey Louvet aurait pu servir d’appât à Rémi Chen.
Car en consultant leurs relevés téléphoniques, ils vont faire une découverte surprenante. À chaque appel d’Audrey vers Patrick, avant ou après, elle appelle Rémi. C’est un petit peu comme si elle le tenait au courant ou comme si elle lui disait tiens je vais l’appeler. Je l’ai eu au téléphone et voilà ce qu’il m’a dit.
Elle lui rend compte ? Pour les enquêteurs, tout désigne Rémi Chen et sa présumée complice. Ils pensent avoir suffisamment d’éléments pour les mettre en cause, seulement ils vont vite déchanter. Deux semaines après la disparition de Patrick Izoard, les policiers procèdent à l’interpellation des deux suspects.
Ils vont devoir s’expliquer dans les locaux de la police judiciaire. Les enquêteurs décident de placer Audrey et Rémi Chen en garde à vue, en se disant, il y en a un des deux qui va craquer. C’est d’abord Rémi Chen qui passe sur le gril. Et d’emblée, il réfute toute participation à un quelconque projet criminel.
Voici ce qu’il déclare. Monsieur Chen, je crois que c’est vous qui avez organisé la disparition de Patrick Izoard en vous servant d’Audrey comme appât. Qu’avez-vous à dire ? Je ne vois pas pourquoi j’aurais organisé sa disparition. Je ne sais pas où il est. Je ne l’ai pas vu. Lui, il crie à l’innocence en disant qu’il n’y est pour rien, qu’il n’a pas de raison.
Il ne comprend pas. Il ne veut pas de mal à cet homme. Confronté aux analyses téléphoniques, le coiffeur explique que cela ne prouve rien, car il entretient une amitié de longue date avec Audrey Louvet. Ils se sont rencontrés de par le métier de Rémi, qui est venu coiffer à domicile les enfants d’Audrey.
Et puis ils ont sympathisé, elle est devenue un peu sa confidente. Il passait la voir, il buvait un café, elle passait le voir, ils se racontaient. Comme il est ami avec Audrey, qu’il la connaît bien, elle appelle ou Rémi l’appelle et puis c’est tout. Quant à sa présence le lundi 23 juin sur les lieux du rendez-vous, Rémi Chen aurait été victime, dit-il, d’un malheureux concours de circonstances.
Il explique que ce jour-là, il devait aller visiter une cave un petit peu plus loin. Il a aperçu tout à fait par hasard Audrey. Il s’est arrêté, il lui a demandé où elle allait, elle lui a dit qu’elle se rendait du côté du cimetière. Moi je vais vers là-bas, je t’accompagne, je te poserai au rond-point.
Donc il l’a déposée parce que c’était sa route. C’est une pure coïncidence. Il ne savait pas qu’Audrey avait rendez-vous avec Patrick. Les enquêteurs sont loin d’être convaincus. Seulement, le veuf a un atout de taille pour prouver son innocence. En effet, depuis 2 ans, il avait retrouvé l’amour.
Voici Céline, sa nouvelle compagne. Avec une sincérité désarmante, la jeune femme explique aux enquêteurs que Rémi avait définitivement tourné la page et qu’il ne peut en aucun cas avoir éliminé Patrick Izoard. Avec Rémi, on est tournés vers l’avenir. On s’est fiancés en juillet 2014 aussi. Donc on avait une longue vie de prévue devant nous.
Et franchement, faire un truc comme ça et nous casser toute notre vie, jamais il n’aurait fait ça. Nous, on était bien ensemble, on était heureux. Jamais il n’aurait fait quelque chose comme ça pour détruire tout ce qu’on était en train de se construire ensemble. Même son de cloche auprès de Laurine, la fille de Nadège et Rémi Chen.
Malgré le décès de sa mère, la famille s’était enfin recomposée et nageait en plein bonheur. C’était un nouveau départ. On s’entendait très bien, je m’entends encore à l’heure actuelle très bien avec ma belle-mère. Donc à aucun moment il n’aurait fait tout casser au risque de la perdre. Il est heureux, il a refait sa vie, il n’est pas dans la vengeance.
Jamais il n’aurait fait un truc comme on l’accuse, c’est pas possible. D’après ses proches, le scénario échafaudé par les enquêteurs n’est tout simplement pas crédible. Et voici pourquoi. Cinq ans après, une vengeance, ça ne tient pas la route pour moi. Quand on se venge contre quelqu’un, c’est de suite.
Et mon père n’aurait pas agi de cette manière-là. S’il avait eu quelque chose à lui dire, il aurait été le lui dire en face. Et puis voilà, pas plus. Rémi ne m’a jamais parlé de Patrick Izoard. Jusqu’à la garde à vue, je n’avais jamais entendu ça non plus. C’est pas quelqu’un ni d’impulsif, ni de rancunier.
Les personnes qui pensent comme ça, c’est les personnes qui ne le connaissent pas. Entendue à son tour dans une pièce voisine, Audrey Louvet, la présumée complice, va confirmer point par point la version de son ami. Audrey Louvet ne va rien lâcher. Je ne sais pas pourquoi elle est là. Elle confirme ni plus ni moins ce qu’elle dit depuis le début.
Et puis, les enquêteurs ont un autre problème. Sans aveu, sans mobile et surtout sans le corps de Patrick Izoard, ils n’ont rien de concret permettant d’accuser Rémi Chen et Audrey Louvet. Alors au bout de 48 heures de garde à vue, les deux suspects sont relâchés. Rien ne se passe comme les enquêteurs l’avaient prévu.
Et en réalité, ils tombent sur un os. Le magistrat instructeur ordonne la levée de la garde à vue et Audrey et Rémi rentrent à la maison. On est obligés de les remettre en liberté. Pour Rémi Chen et son entourage, évidemment, c’est le soulagement. Quand il est souti de la garde à vue, il n’y avait qu’une chose, c’était de nous retrouver.
Il était content de nous retrouver. Il était épuisé parce que c’était un acharnement contre lui. Seulement, du côté des proches de Patrick Izoard, la libération des deux suspects est inacceptable. Là, il y a de quoi devenir fou. Il y a de quoi devenir fou. Je vais vous dire un truc, on n’a pas essayé de se faire justice nous-mêmes.
Sur le coup de la colère, on aurait pu faire des bêtises, je vous le dis honnêtement. Écoeurés, les proches ne sont pas au bout de leur peine, car en réalité, Patrick Izoard est bel et bien mort. Désormais c’est le corps de Patrick qui espère retrouver ses proches, et en cherchant près de l’endroit où il a disparu, son ami Olivier va avoir comme un mauvais pressentiment. On passe devant la grotte du Vigneraie qui est connue de tous les Sétois, c’est une grotte qui a été creusée à l’époque de la guerre.
C’est pas juste une petite grotte avec une petite cavité, c’est une longue galerie de plusieurs centaines de mètres. Cette grotte est pas très loin du cimetière, pas très loin de l’endroit où on a retrouvé le scooter de Patrick. Ça m’a fait tilt, je me suis dit tiens, là, pour cacher un corps, c’est quand même l’endroit idéal, quoi.
Le 17 juillet 2014, 3 semaines après la disparition de Patrick Izoard, les policiers s’engouffrent dans la grotte du Vigneraie et à environ 50 mètres de l’entrée, ils vont faire une terrible découverte. Ils progressent à l’intérieur de cette grotte. D’un seul coup, ils sont dans un noir absolu.
L’endroit est lugubre et dans un recoin, ils vont découvrir un cadavre en partie calciné. Un tatouage est encore visible sur le corps de la victime et de manière certaine, il s’agit du tatouage de Patrick Izoard. Au même moment, Marc, le frère de la victime, se précipite sur place, accompagné de son ami Olivier.
Quand j’arrive un peu devant la grotte et je vois au fond qu’il y a des gens qui sont habillés en blanc, ils me disent de ne pas rentrer. Marc est en discussion avec la police, il revient vers moi avec les yeux pleins de larmes et c’est à ce moment-là qu’il me dit ils l’ont cramé, ils l’ont cramé.
C’est compliqué, c’est compliqué. Mais le pire reste à venir. L’autopsie va révéler que Patrick a perdu la vie dans des circonstances atroces. Ils me disent qu’il a pris deux coups de fusil. Les deux coups sont mortels. Les enquêteurs vont noter deux tirs. Un tir dans la tête et un tir dans la clavicule.
Détail particulièrement sordide, il avait un sac plastique sur la tête. On lui a mis du ruban adhésif autour des… Il était lié des pieds, il était lié des mains. Cet homme a été abattu alors qu’il était attaché. C’est une exécution. Et ensuite on l’a brûlé, c’est-à-dire qu’on l’a arrosé d’essence et on l’a car…
Même si les proches de Patrick le redoutaient, un tel crime leur est insupportable. C’est horrible. C’est inimaginable. J’ai vu des amis à moi pleurer comme des enfants. C’est terrible d’apprendre ça. C’est terrible. C’était sauvage ce qui a été fait. Celui-là qui a fait ça, c’est un barbare.
Pour faire ça, il faut être malade, il faut pas être normal. À Sète, la macabre nouvelle fait la une des journaux. Les habitants qui pleurent la mort de l’enfant du pays sont abasourdis. Beaucoup de gens ont été choqués, c’est qu’ils connaissaient mon frère, quoi. D’ailleurs, il fallait voir le monde qu’il y avait à l’enterrement.
Il y avait un monde incroyable. Les amis, on n’en a pas beaucoup, ils connaissent pas rien. Ça fait mal. Les proches sont inconsolables, mais l’enquête progresse. Le cadavre de Patrick Izoard retrouvé près du lieu de rendez-vous, pour les enquêteurs, cela confirme la piste du duo Audrey Louvet et Rémi Chen.
D’autant que, souvenez-vous, après avoir déposé Audrey, le coiffeur de Sète devait visiter une cave. Or, elle ne se situe pas n’importe où. Cette cave se trouve au-dessus de la grotte. Rémi Chen, il est à une dizaine de mètres du lieu du crime. C’est juste à côté, c’est juste au-dessus. C’est évidemment suspect.
L’étau semble se resserrer autour du mari et d’Audrey. Seulement, cela ne suffit pas pour les mettre en cause. Bien qu’on ait retrouvé le corps de Patrick, il n’y a aucun élément matériel qui pourrait être rattaché à Audrey ou à Rémi. Pas d’ADN dans la grotte, ni sur le corps, ni à proximité du corps, ni sur les liens, il n’y a rien.
En l’absence de preuves, l’enquête piétine. Et c’est 20 mois plus tard, à la faveur d’un incroyable coup de théâtre, que le frère de la victime va tout relancer. « Marc Izoard, qui sent bien que les choses sont un peu figées, essaye de provoquer et il a recours un peu à la médiatisation de cette affaire. »
Moi, mon but, c’est de faire avancer l’enquête, donner un coup de main à la SRPJ. Et cela va marcher. Une jeune femme demande à parler aux enquêteurs. C’est une amie d’Audrey Louvet et elle a des révélations à faire. Elle explique qu’un jour, Audrey lui aurait fait une confession, qu’elle aurait attiré Patrick Izoard à la demande du coiffeur.
Il lui a bien dit, c’est bien moi qui l’ai amené à la grotte. Donc là, ça change tout. C’est la première fois qu’on a un élément matériel sous forme d’un témoignage humain, certes. Ce témoignage est comme un coup de pied au cul, disons-le, fait qu’on reprend l’enquête et on va chercher Audrey Louvet et Rémi Chen.
Le 17 mars 2016, les deux suspects sont interpellés et placés en détention provisoire. Et cette fois-ci, l’un des deux va craquer. Après cinq mois passés derrière les barreaux, Audrey Louvet est entendue par le juge d
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