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Présidentielle 2027 : qui les Français jugent-ils capable de diriger la France en cas de guerre ?

 

Présidentielle 2027 : qui les Français jugent-ils capable de diriger la France en cas de guerre ?

 Les tensions internationales favorisent les candidats à la présidentielle les plus solides sur les questions militaires, comme Edouard Philippe. Jordan Bardella, lui, profite à plein des intentions de vote en faveur du RN.
A un an de l’élection présidentielle pourtant c’est Jordan Bardella qui apparaît comme le meilleur chef de guerre, avec l’ex-Premier ministre Edouard Philippe, aux yeux des Français dans notre baromètre Odoxa.

Inattendue, la sortie a foudroyé l’entourage de Jordan Bardella. Invitée de BFMTV le 22 mai dernier, Marine Le Pen prend sans le prévenir le contre-pied de son poulain et réaffirme sa volonté de voir la France quitter le commandement intégré de l’Otan. Au sein du Rassemblement national, l’intervention provoque un petit séisme. Depuis plusieurs mois, l’eurodéputé et candidat pressenti à l’élection présidentielle s’employait en effet à rassurer ses interlocuteurs, en indiquant qu’il ne sortirait pas du commandement de l’Otan tant que la guerre en Ukraine sera « toujours en cours ».

Patatras, Jordan Bardella voit ses efforts réduits à néant. « Ils sont entrés dans une guerre des clans qui rend leur position totalement illisible et les fragilise en vue de 2027 », écorne le député Jean-Louis Thiériot (LR)A laquelle s’ajoute l’inexpérience du numéro deux du RN. « Dans ma circonscription, j’entends beaucoup dire, notamment chez les personnes âgées, qu’il ne faut pas laisser le bouton nucléaire à un gamin », souffle l’élu.

A un an de l’élection présidentielle pourtant, et au grand désarroi de Jean-Louis Thiériot, c’est bien Jordan Bardella qui apparaît comme le meilleur chef de guerre, avec l’ex-Premier ministre Edouard Philippe, aux yeux des Français dans notre baromètre Odoxa. Malgré son jeune âge et son absence d’expérience diplomatique, le président du RN devance Marine Le Pen, Bruno Retailleau et Gabriel Attal.

À moins d’un an de l’échéance présidentielle de 2027, le paysage politique français traverse une phase de repolarisation intense, marquée par des crises multiples tant sur le plan socio-économique que géopolitique. Dans un contexte international lourdement impacté par le prolongement du conflit en Ukraine et les poussées de tensions au Proche-Orient, la stature régalienne des aspirants à l’Élysée s’impose comme un axe d’évaluation incontournable. Une enquête d’opinion exclusive apporte un éclairage inédit sur une interrogation autrefois théorique, désormais devenue concrète : quelles personnalités politiques les Français jugent-ils capables de diriger le pays en cas de conflit armé ? Les résultats de ce sondage bousculent les certitudes établies, redéfinissent la notion de “chef de guerre” et dessinent une hiérarchie électorale inédite, dominée par un duel serré entre la nouvelle génération du Rassemblement national et les figures d’autorité du bloc central.

Le choc des chiffres : Jordan Bardella et Édouard Philippe au coude-à-coude

Le verdict des 1 005 Français interrogés dans le cadre de ce baromètre révèle une compétition extrêmement resserrée en tête du classement. Invités à s’exprimer sur la capacité des différents leaders politiques à assumer les fonctions de chef de l’État en période de guerre, les sondés ont placé Jordan Bardella en première position. Le président du Rassemblement national recueille 32% d’opinions positives (contre 50% de réponses négatives et 18% d’incertitude). Cette performance confirme la dynamique ascendante du jeune eurodéputé, qui parvient à capitaliser sur un désir d’ordre et de renouvellement, s’imposant désormais comme la figure de proue de son camp, y compris sur les thématiques traditionnelles de Défense et de sécurité nationale.

Juste derrière, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe s’installe à la deuxième place avec 30% de “Oui” (47% de “Non” et 23% d’abstention ou d’incertitude). Le maire du Havre bénéficie de son image d’homme d’État sérieux, posé et distant des tumultes quotidiens de la politique parisienne. Sa rhétorique axée sur la rigueur, l’ordre et la préparation des structures publiques face aux crises futures semble résonner auprès d’un électorat en quête de stabilité institutionnelle. Ce score de 30% lui permet de devancer ses concurrents directs au sein de l’espace central et de la droite républicaine, confirmant son statut de recours sérieux pour les électeurs soucieux de la continuité de l’État en période de haute turbulence.

Marine Le Pen complète ce trio de tête en obtenant 29% de jugements favorables. Bien que solide, ce score la place trois points derrière Jordan Bardella, illustrant un glissement interne notable au sein de l’électorat nationaliste. Plus de la moitié des personnes interrogées (55%) estiment cependant qu’elle ne ferait pas un bon chef de guerre, un taux de rejet qui demeure un obstacle structurel à sa quête de présidentialisation absolue.

Le Rassemblement national face au défi de la transition générationnelle

La comparaison des résultats entre les deux figures majeures du Rassemblement national met en lumière une évolution stratégique majeure à l’approche de 2027. Pour la première fois sur une thématique aussi sensible que la direction des armées et la diplomatie de crise, Jordan Bardella surclasse sa mentor Marine Le Pen. Cet écart de trois points se vérifie non seulement auprès de l’ensemble de la population française, mais également au cœur même de la base militante du parti à la flamme, où Jordan Bardella recueille 86% de confiance contre 83% pour la triple candidate à la présidentielle.

Cette mutation s’explique en partie par la stratégie de normalisation et de rajeunissement menée par le parti. Jordan Bardella bénéficie d’une exposition médiatique continue et d’une image moins clivante que celle liée à l’histoire historique du Front national. Cependant, les analystes soulignent le paradoxe de cette situation : le choix d’un leader n’ayant jamais exercé de responsabilités exécutives ou ministérielles pour diriger le pays en temps de guerre démontre que la perception de la stature régalienne repose aujourd’hui davantage sur l’incarnation de l’autorité et la clarté du discours que sur l’expérience concrète des affaires de l’État.

Ce manque d’expérience gouvernementale demeure néanmoins l’angle d’attaque privilégié par ses adversaires politiques. À droite, le président des Républicains, Bruno Retailleau, réalise une performance honorable en s’adjugeant la quatrième place du classement avec 23% d’opinions positives (54% de “Non”). Récemment désigné à la tête de sa formation politique avec plus de 73% des suffrages des adhérents, Bruno Retailleau axe précisément sa stratégie sur la valorisation du fond programmatique et de la culture de gouvernement, des compétences que son camp estime indispensables pour affronter des crises internationales majeures.

L’injustice des bilans : le cas François Hollande et le rejet des figures du passé

L’un des enseignements les plus frappants de cette enquête réside dans le traitement réservé aux anciens dirigeants de l’exécutif, et plus particulièrement à François Hollande. L’ancien président de la République se retrouve relégué dans les profondeurs du classement, subissant un désaveu massif de la part des sondés, qui ne sont qu’une infime minorité à le juger capable de reprendre les rênes du pays en cas de conflit.

Pour les politologues et les experts de l’institut Odoxa, ce résultat s’apparente à une véritable injustice mémorielle et politique. Durant son quinquennat, François Hollande a pourtant été confronté de manière directe et répétée à la gestion de crises armées d’une grande complexité. Il a personnellement ordonné et supervisé des opérations militaires extérieures majeures, à l’instar de l’Opération Serval au Mali en 2013, saluée internationalement pour son efficacité face aux groupes djihadistes, ou encore de l’Opération Chammal en Irak et en Syrie. De plus, il avait fait preuve d’une fermeté diplomatique notable face à Vladimir Poutine lors de l’annexion de la Crimée en 2014 et sur le dossier syrien.

Le fait que cette expérience concrète du commandement suprême ne se traduise pas par un score élevé dans les sondages démontre que l’image globale dégradée de l’ancien président oblitère totalement son bilan régalien objectif. Les électeurs associent son mandat à des difficultés économiques intérieures et à des crises politiques internes, effaçant ainsi les compétences de “chef de guerre” qu’il a pourtant dû déployer au cours de ses fonctions. Ce phénomène illustre la prépondérance de la perception médiatique actuelle sur la réalité des faits historiques dans la construction de l’opinion publique.

L’anxiété collective face à un risque de guerre jugé probable

Ces intentions de vote et ces jugements de valeur s’inscrivent dans un climat d’inquiétude généralisée au sein de la population française. Les enquêtes récentes menées par les instituts Verian et Ipsos révèlent une prise de conscience brutale et réelle de la possibilité d’un conflit armé à court ou moyen terme. En effet, 58% des Français jugent désormais “probable” qu’un conflit armé touche directement ou indirectement le territoire national au cours des cinq prochaines années.

Cette anxiété est alimentée par le spectre d’une escalade ou d’une importation des tensions internationales. Près de 77% des citoyens se déclarent préoccupés par les répercussions directes de la guerre en Ukraine sur leur vie quotidienne et sur la sécurité du pays. Pour autant, cette inquiétude ne se traduit pas par un désir d’interventionnisme accru. Bien au contraire, l’opinion publique manifeste une grande prudence vis-à-vis de l’engagement militaire :

  • 70% des Français s’opposent fermement à l’envoi de troupes militaires françaises sur le sol ukrainien (dont 42% de manière totale).

  • Seuls 16% des sondés souhaitent une augmentation de l’aide militaire et financière accordée à Kiev, un chiffre en net recul par rapport aux années précédentes.

  • Le désir de stabilité ou de désengagement domine, avec 36% de souhaits de maintien de l’aide à son niveau actuel et 33% de demandes de baisse, une position particulièrement marquée chez les sympathisants du Rassemblement national (61% de souhaits de baisse).

Face à ce positionnement défensif, l’annonce par l’exécutif de la mise en place d’un nouveau service militaire basé sur le volontariat a recueilli une large approbation (près de 80% d’opinions favorables), signe d’un retour en force des valeurs patriotiques et d’un besoin de résilience nationale, même si la proportion de jeunes citoyens prêts à s’engager personnellement en cas de conflit armé a connu une baisse sensible ces derniers mois.

La guerre, un enjeu électoral crucial mais volatil pour 2027

Bien que la question du commandement militaire en temps de crise structure le débat sur la stature présidentielle, elle ne constitue pas, à l’heure actuelle, la préoccupation première des électeurs pour l’échéance de 2027. Interrogés sur leurs priorités, les Français placent massivement les problématiques du quotidien en tête de leurs attentes :

  1. Le pouvoir d’achat reste la priorité absolue, citée par 49% des personnes interrogées.

  2. La santé arrive en deuxième position avec 39% des suffrages.

  3. La lutte contre l’insécurité complète le podium à 37%.

La résurgence des guerres et les enjeux de politique étrangère ne se classent qu’au neuvième rang des préoccupations nationales, n’obtenant que 15% des citations. Il existe donc un décalage apparent entre l’anxiété générale liée au contexte international et les critères immédiats du choix électoral.

Toutefois, les analystes politiques et les directeurs d’instituts de sondage invitent à la plus grande prudence vis-à-vis de cette photographie instantanée de l’opinion. L’histoire électorale française regorge d’exemples où des crises internationales majeures ont brutalement balayé les thématiques économiques pour imposer un agenda régalien. L’invasion de l’Ukraine en février 2022 avait ainsi instantanément modifié les courbes de la dernière élection présidentielle, provoquant un effet de “ralliement autour du drapeau” au bénéfice du président sortant. Une aggravation subite des tensions mondiales d’ici le printemps 2027 pourrait immédiatement replacer la question du “chef de guerre” au centre absolu des débats, transformant ce test de crédibilité en clé de voûte de l’accès au second tour.