OBSÉDÉ PAR ELLE… IL ÉTAIT PRÊT À TOUT POUR LA GARDER
Madison et Spencer semblaient être le couple parfait de leur lycée, deux adolescents populaires, sportifs et entourés d’amis. Mais cette histoire d’amour adolescente va peu à peu se transformer en obsession jusqu’à virer au cauchemar. Dans certaines relations, la jalousie ou le besoin de contrôle peuvent s’installer progressivement. Au départ, ces comportements peuvent paraître anodins, mais lorsqu’ils prennent de l’ampleur, ils peuvent conduire à des situations bien plus dangereuses.
C’est à Ponte Vedra Beach, une petite ville côtière paisible du comté de Saint Johns en Floride, que Madison Schmidt voit le jour le 10 mai 2006. Elle est la troisième d’une fratrie de six enfants. Sa mère, Jacqueline Rogers, appelée Jackie par ses proches, a déjà deux enfants, Tatiana et Roby, issus d’une précédente relation lorsqu’elle rencontre Christopher Schmidt, le père de Madison. Malheureusement, comme c’est souvent le cas après plusieurs années de vie commune, le couple finit par se séparer. Jackie, une femme forte et profondément attachée à ses enfants, se retrouve alors seule à élever une famille nombreuse. Cette séparation laisse des traces, mais cela n’empêche pas Madison et ses frères et sœurs de grandir entourés d’amour et de bienveillance. Malgré les difficultés, la famille reste soudée. C’est dans ce cadre familial solide et aimant que Madison passe l’essentiel de son enfance et de son adolescence.
Dans la famille, les études et le sport occupent une place importante. Tous les enfants pratiquent plusieurs activités sportives et Madison ne fait pas exception. À seulement 4 ans, elle commence le softball, la version féminine du baseball. Elle se lance également dans le taekwondo, l’art martial emblématique de Corée du Sud. Souriante et assidue, Madison se montre rapidement très à l’aise dans ces disciplines, mais ses performances ne se limitent pas au sport. Très bonne élève, elle suit une scolarité sans difficulté et obtient d’excellentes notes. Appréciée de ses camarades comme de ses professeurs, elle s’implique dans de nombreuses activités scolaires, notamment au sein de différents clubs. Très tôt, Madison développe aussi un sens de l’humour marqué et un caractère déterminé. Elle sait ce qu’elle veut et se donne les moyens d’y parvenir. Ses proches la décrivent comme une jeune fille intelligente, dynamique, fiable et profondément gentille. Très sociable, elle se lie facilement d’amitié et entretient un cercle d’amis important, dont certains la connaissent depuis l’école maternelle.
Arrivée au lycée, Madison est déjà une athlète accomplie. Elle joue dans l’équipe de softball de son lycée avec laquelle elle remporte plusieurs distinctions sportives. Populaire et très appréciée, elle est connue pour son esprit compétitif et son énergie. Pour elle, le sport n’est pas simplement une activité extrascolaire, c’est une véritable vocation qui forge sa discipline et sa persévérance. À l’automne 2022, elle fait la rencontre de Spencer Pearson, un élève discret qui joue dans l’équipe de football américain du lycée. Le courant passe rapidement entre eux. Le 4 octobre 2022, les deux adolescents commencent une relation.
De son côté, Spencer est né en 2005 et a grandi à Keller au Texas avec ses parents, Daniel et Tonia, ainsi que ses deux frères et sa sœur. Ses proches le décrivent comme un garçon calme et réservé, mais qui peut parfois se montrer anxieux dans certaines situations. Timide mais curieux, Spencer réussit également à l’école. Cependant, c’est surtout le sport qui occupe une place centrale dans sa vie. Malgré son caractère plutôt solitaire, il développe une vie sociale grâce à sa passion pour le football américain. Il pratique ce sport depuis l’âge de 6 ans et se montre particulièrement doué. Bien intégré dans les équipes dans lesquelles il joue, il se fait au fil des années plusieurs amis. Quelques années plus tard, sa famille déménage en Floride à Ponte Vedra Beach. C’est donc au lycée que Spencer rencontre Madison. Comme beaucoup de jeunes sportifs du même établissement, les deux adolescents sont très populaires, évoluent dans les mêmes cercles et leur relation semble aux yeux de leurs proches presque évidente. Mais comme vous le savez, les amours de jeunesse ne durent pas toujours.
Au départ, la relation entre Madison et Spencer se passe à merveille. Les deux adolescents semblent très proches, presque inséparables. Ils passent tout leur temps libre ensemble. Madison, populaire et pleine d’énergie, et Spencer, discret mais apprécié, forment un duo qui attire les regards au lycée. Ils sont rapidement considérés comme l’un des couples les plus populaires et solides de leur promotion. Spencer est par ailleurs très bien accueilli du côté de Jackie et de la famille de Madison. Il est poli, respectueux et se montre attentif lors des repas familiaux ou des sorties. Jackie l’apprécie sincèrement et voit en lui un garçon calme et bien élevé. De son côté, Madison est également très bien reçue par les parents de Spencer qui la trouvent gentille et positive. Ils trouvent que depuis qu’ils sont en couple, leur fils a l’air heureux. Les deux familles se rencontrent et tout se passe dans une ambiance détendue et chaleureuse.
Pourtant, au bout de quelques mois, les premières tensions commencent à apparaître. Spencer, qui a toujours été de nature assez solitaire, laisse peu à peu apparaître un tout autre aspect de sa personnalité. Derrière son tempérament réservé se dessine en réalité un jeune homme marqué par un profond manque de confiance en lui. Très vite, cette insécurité se transforme en jalousie. Spencer devient de plus en plus attentif au moindre fait et geste de la jeune fille. Progressivement, son comportement devient plus contrôlant et possessif. Il cherche à savoir avec qui elle parle, où elle se trouve, ce qu’elle fait. Madison, dans un premier temps, tente de le rassurer. Elle lui explique qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter, qu’il peut lui faire confiance et qu’elle l’aime sincèrement. Elle met beaucoup d’énergie à apaiser ses peurs, pensant que cela fait simplement partie des insécurités liées à ses précédentes expériences. En effet, Spencer avait déjà vécu quelques histoires d’amour adolescentes avant Madison, mais aucune n’avait été aussi sérieuse. Pour lui, cette relation représente quelque chose de beaucoup plus important et la peur de la perdre semble le ronger de l’intérieur.
Peu à peu, la pression qu’il exerce sur elle devient de plus en plus pesante. L’adolescente commence à se sentir oppressée. Elle a l’impression de devoir constamment se justifier, de devoir le rassurer et d’être surveillée dans toutes ses relations et dans ses choix. Au fil du temps, ce climat devient difficile à supporter. La situation est tellement tendue qu’en mars, Jackie, très proche de ses enfants et au courant des tensions que vit sa fille, rencontre la mère de Spencer, Tonia, dans un café loin de leur domicile par crainte d’une réaction violente du jeune homme qui a désormais 18 ans. Elle lui fait part du comportement contrôlant et oppressant de son fils envers sa fille. Malheureusement, dans les jours qui suivent, rien ne change. Au début du mois d’avril 2023, après six mois de relation et plusieurs disputes difficiles, Madison prend la décision de mettre fin à la relation. Pour elle, c’est un moyen de retrouver sa liberté et son indépendance. Elle veut simplement pouvoir vivre sa vie de lycéenne normalement, profiter de ses amis, de ses activités et de ses derniers mois au lycée sans se sentir constamment sous pression. Malheureusement, Spencer n’accepte pas cette rupture et c’est à partir de ce moment-là que la situation va virer au cauchemar.
La rupture est un choc pour Spencer. Depuis plusieurs mois, Madison occupait une place centrale dans sa vie. Leur relation lui donnait un sentiment de stabilité, presque un objectif. Il dira plus tard que le couple lui donnait envie de prendre soin de lui, de faire des efforts, d’aller au lycée, de se sentir quelqu’un. Mais une fois la relation terminée, tout semble s’effondrer. Dans les heures qui suivent la rupture, il tente d’abord de reprendre contact. Il envoie des messages, cherche à discuter, à obtenir une explication, puis à convaincre Madison de lui laisser une chance. Mais Madison reste ferme. Elle lui répète que c’est fini et qu’ils ne se remettront pas ensemble. Moins de 24 heures après, le ton change. Les messages deviennent insistants. Spencer ne cherche plus seulement à parler, il veut savoir où elle est, avec qui et ce qu’elle fait. La jeune fille de bientôt 17 ans commence à comprendre que la séparation ne va pas se dérouler normalement. Cette rupture a aussi un autre effet inattendu : elle provoque une fracture dans le cercle social de Spencer. Une partie de leurs amis communs prennent leurs distances avec lui. Certains lui reprochent ouvertement son comportement envers Madison. Un ancien ami lui lance même au téléphone qu’il a gâché le bal de promo de tout le monde.
Le 4 avril 2023, un premier épisode inquiétant survient. Ce soir-là, Madison vient de terminer un match de softball. Elle passe un moment sur le parking avec des amis puis monte dans sa voiture. À ce moment-là, elle remarque Spencer. Il n’a aucune raison d’être présent, il n’est pas là par hasard. Elle comprend immédiatement qu’il la surveille. La jeune fille panique, elle se sent vulnérable, d’autant qu’il est tard. Sur le moment, elle tente d’éviter une confrontation directe. Elle baisse la vitre et lui demande si elle peut l’appeler en rentrant chez elle, comme pour apaiser la situation. Mais dès qu’elle repart, elle constate qu’il la suit. Madison change alors d’itinéraire, se gare sur un autre parking et lui envoie un message clair : il lui fait peur. Cependant, Spencer ne s’arrête pas. Au contraire, lorsqu’elle reprend la route, il accélère vers elle de façon intentionnellement intimidante, comme s’il allait la percuter. Terrifiée, Madison appelle une amie. Elles mettent rapidement au point un plan : Madison se rendra chez elle où ses parents sont présents, un endroit sûr avec des adultes. Elle prévient donc Spencer qu’elle doit passer déposer quelque chose là-bas, mais cette décision ne lui convient pas. Il lui demande aussitôt de rentrer directement chez elle. La lycéenne n’obéit pas et maintient son plan. Elle se rend donc chez son amie, tandis que Spencer, lui, reste dans les environs. Il se gare dans une station-service à proximité et attend. Il sait qu’elle devra repartir et il veut être là à ce moment-là. Lorsqu’elle reprend enfin la route vers chez elle, il recommence à la suivre exactement comme plus tôt dans la soirée.
Ce soir-là, il finit par abandonner. Plus tard, il essaiera de justifier son comportement en disant : « Je voulais simplement m’assurer que tu rentres bien. » Mais pour l’adolescente, un seuil vient d’être franchi. Cette relation est finie, mais lui refuse de la laisser partir. Elle raconte l’épisode à sa mère Jackie, qui est profondément alarmée. À partir de là, Jackie commence à l’accompagner davantage, à la récupérer plus souvent et renforce les précautions. Jackie contacte également les parents de Spencer pour leur faire part de ses inquiétudes. De leur côté, les parents tentent d’intervenir, seulement la communication avec leur fils devient de plus en plus difficile. Spencer se renferme. Il passe de longues heures chez lui, souvent sur les réseaux sociaux, et semble obsédé par Madison. Les messages qu’il lui envoie deviennent de plus en plus fréquents. Face à cette situation, son père décide à un moment de lui retirer son téléphone afin de mettre un terme au harcèlement et de limiter le temps qu’il passe en ligne. Mais l’état émotionnel de Spencer ne s’améliore pas. Au contraire, ses parents remarquent qu’il broie du noir. Il devient nerveux, méfiant, parfois persuadé que les gens parlent dans son dos ou se liguent contre lui. À la maison, les tensions s’accumulent et les discussions tournent souvent court. Inquiets, Daniel et Tonia cherchent de l’aide. Ils prennent contact avec Here Tomorrow, une organisation locale spécialisée dans la prévention des situations de détresse, afin que leur fils puisse échanger avec des conseillers, des personnes extérieures, et se confier sur ce qu’il traverse.
Pendant un court moment, ils espèrent que cette démarche permettra d’apaiser les tensions et surtout d’améliorer l’état mental de leur fils. Mais la situation va brusquement basculer le 14 avril 2023. Spencer envoie un message à son frère de 13 ans ainsi qu’à Madison sur Snapchat. Le message est court mais inquiétant : « Au revoir, je t’aime. » Madison, inquiète, prévient tout de suite les parents de Spencer. Lorsqu’ils sont alertés par ce message, ils montent précipitamment à l’étage dans sa chambre. Ils le découvrent dans son placard, une cravate serrée autour du cou. Son père intervient immédiatement et parvient à le détacher. Plus tard, il racontera l’avoir trouvé le visage déjà bleu, haletant pour reprendre de l’air. Daniel et Tonia, conscients de la gravité de la situation, l’emmènent alors en urgence à l’hôpital où il est admis pour quatre jours. Durant son séjour, les médecins lui prescrivent de la fluoxétine, plus connue sous le nom de Prozac. Mais une fois de retour chez lui, il cesse rapidement de prendre le traitement, affirmant qu’il lui provoque de violents maux de tête. Dans les semaines qui suivent, son état se détériore. Il ne retourne plus au lycée. Il reste la plupart du temps sur le canapé du salon, parle très peu, ne mange plus et dort mal. Il perd du poids rapidement au point d’inquiéter profondément ses parents qui lui trouvent le regard creusé. Et malgré cet effondrement, une chose ne semble jamais quitter son esprit : Madison.
Elle, de son côté, vit désormais avec la sensation constante d’être surveillée. Spencer continue de tenter de la contacter. Il laisse parfois même des notes sur sa voiture, crée de nouveaux comptes pour contourner les blocages et réapparaître sur les réseaux sociaux. Ses messages deviennent de plus en plus menaçants. À la fin du mois de mai, Madison, qui vient de fêter ses 17 ans, et Jackie commencent à faire les démarches pour obtenir une ordonnance restrictive. Mais malgré les signaux d’alerte et les inquiétudes exprimées à plusieurs reprises, rien ne semble réellement stopper la spirale car, pendant que l’entourage espère encore que Spencer finira par se calmer, lui continue de sombrer. La rupture n’est plus seulement une blessure, elle devient une obsession. Ce qui se prépare alors n’a plus rien d’une simple histoire d’adolescent et, dans les jours qui viennent, cette obsession va prendre une forme que personne n’imagine encore.
Le 3 juin 2023 commence comme une journée tout à fait ordinaire pour Madison. La veille au soir, l’une de ses amies et partenaire de l’équipe de softball, Chloé, est venue dormir chez elle. Les deux adolescentes se lèvent tôt ce samedi matin avec un programme simple en tête : profiter du début de l’été et passer quelques heures à la plage. Mais une fois sur place, le temps n’est pas au rendez-vous. Le vent souffle fort, l’air est frais et l’ambiance n’est pas vraiment propice à une journée au bord de l’eau. Après quelques heures seulement, elles décident finalement de changer de plan. Les deux jeunes filles réfléchissent alors à une autre idée pour occuper leur journée. Ce week-end-là se joue la grande finale du championnat universitaire de softball aux États-Unis, un événement que Madison suit avec beaucoup d’attention. Elles se disent qu’elles pourraient aller manger quelque part et regarder le match à la télévision. Sur le chemin, Madison a une idée. Elle envoie un message à sa mère Jackie, qui se trouve alors avec la mère de Chloé, pour leur proposer de les rejoindre au restaurant. Jackie lui répond d’abord en plaisantant qu’elle veut sûrement simplement qu’elle vienne payer l’addition, mais Madison insiste. Finalement, les deux mères acceptent. Les quatre femmes conviennent de se retrouver au restaurant Mr. Chubby’s Wings, un établissement populaire de Ponte Vedra Beach où les matchs sont souvent diffusés. Avant d’y aller, les deux amies repassent rapidement chez Madison pour se changer. Vers 14h50, elles prennent la route. Dans la voiture, l’ambiance est légère, les deux adolescentes chantent, rient et profitent pleinement de cette journée ensemble. Rien ne laisse imaginer que dans moins de deux heures, tout va basculer.
Lorsqu’elles arrivent au restaurant, Madison jette rapidement un coup d’œil autour d’elle. Depuis plusieurs semaines, elle a pris cette habitude presque automatiquement : vérifier si Spencer se trouve dans les environs. Ce jour-là, elle ne le voit pas. Soulagée, elle s’installe à table avec Chloé, bientôt rejointe par Jackie et la mère de Chloé. Les quatre discutent, commandent à manger et se préparent à regarder le match. Mais à 15h50, Spencer franchit la porte du restaurant. Les caméras de surveillance montrent qu’il ne se dirige pas immédiatement vers leur table. Il reste un moment dans le restaurant, observant la salle, puis vers 16h15, il se lève et passe volontairement devant la table de Madison. Sur les images de vidéosurveillance, on voit clairement la réaction de la jeune fille : elle est surprise, presque figée en le voyant. Instantanément, l’atmosphère jusque-là détendue se glace. Les quatre femmes se regardent et décident rapidement qu’il vaut mieux partir. Elles préviennent le personnel du restaurant que le jeune homme représente une menace pour Madison, règlent l’addition et quittent l’établissement.
Les images de vidéosurveillance montrent Madison, Jackie, Chloé et sa mère sortir du restaurant et se diriger vers le parking. Madison marche vers sa voiture lorsque soudain elle entend sa mère crier. En se retournant, elle voit Spencer courir vers elle à toute vitesse. Avant qu’elle ne puisse réagir, il la rattrape et la saisit. L’attaque est brutale. Spencer sort un couteau et commence à frapper. Madison tente de se défendre, de s’échapper, elle lui crie d’arrêter mais les coups s’enchaînent. La jeune fille est poignardée à 17 reprises au cours de l’agression. Un coup de couteau sectionne sa moelle épinière. Elle s’effondre au sol, paralysée. Jackie, qui accourt vers la scène, assiste à l’attaque de sa fille. Sans réfléchir, elle se jette sur Spencer et tente de l’arrêter. Dans la lutte, elle est elle-même poignardée au bras, au visage et à la main.
À cet instant, alors que tout semble perdu, un jeune homme présent sur le parking entend les cris. Il s’appelle Kennedy Armstrong, âgé de 22 ans. Il vient d’arriver au restaurant avec un ami lorsqu’ils comprennent qu’une agression est en cours. Sans hésiter, Kennedy court vers Spencer et se jette sur lui en le plaquant pour le maîtriser. Son ami intervient également pour l’aider. Dans la lutte, Kennedy est gravement blessé à la main et au bras par le couteau, mais grâce à sa courageuse intervention, Spencer est finalement maîtrisé. Comprenant que son attaque est stoppée, il tente alors de se trancher la gorge avec son arme. Autour d’eux, plusieurs témoins appellent immédiatement le 911. Les secours arrivent rapidement sur les lieux. Madison est grièvement blessée et perd beaucoup de sang. Elle est transportée d’urgence vers un centre de traumatologie, évacuée par hélicoptère. Jackie et Kennedy sont également conduits à l’hôpital. Quant à Spencer, lui aussi touché lors de l’attaque après avoir tenté de s’en prendre à lui-même, il est également transporté aux urgences. Pendant plusieurs jours, il reste hospitalisé sous surveillance policière. Mais lorsque son état le permet, les autorités passent à l’action. À sa sortie de l’hôpital, Spencer Pearson est immédiatement arrêté et placé en détention. Il est inculpé de deux chefs de tentative de meurtre au premier degré et d’agression aggravée avec arme blanche.
Pour Madison, en revanche, l’épreuve ne fait que commencer. Le cauchemar ne s’arrête malheureusement pas sur le parking. Lorsque les secours parviennent à la transporter à l’hôpital, la jeune fille est entre la vie et la mort. Les médecins se battent pour la stabiliser, mais très vite une autre réalité s’impose. Spencer ne l’a pas seulement laissée grièvement blessée : l’un des coups de couteau a sectionné sa moelle épinière. Lorsque Madison reprend connaissance, elle ne sent plus ses jambes. Elle est paralysée de la poitrine vers le bas. À 17 ans, en pleine fin de lycée pour une jeune fille passionnée de sport qui a toujours grandi en faisant de l’activité physique, le choc est immense. En quelques minutes, tout ce qu’elle croyait acquis, tout ce qui semblait évident dans sa vie s’effondre autour d’elle. Chacun tente de tenir. Jackie est elle aussi blessée, profondément marquée physiquement et psychologiquement après cette violente attaque. Kennedy Armstrong, le jeune homme qui a entendu les cris et s’est interposé sans la moindre hésitation, est pris en charge de son côté pour de sérieuses blessures à la main et au bras. Tous les trois ont survécu, mais aucun ne ressort de cette journée indemne.
Et pourtant, presque immédiatement, Madison surprend tout le monde. Ses proches racontent qu’à l’hôpital, alors qu’elle vient à peine de reprendre ses esprits, elle plaisante déjà. En voyant sa mère à son chevet, elle lui lance avec l’humour qui la caractérise : « Maman, tu as l’air d’un vrai désastre. » À un moment où tout semble s’écrouler, cette capacité à sourire frappe profondément son entourage. Puis arrive un premier signe. Le 20 juin, soit un peu plus de deux semaines après l’agression, Madison passe un examen destiné à évaluer l’étendue de sa lésion médullaire. Les médecins lui demandent une nouvelle fois d’essayer de bouger son pied gauche et cette fois, presque comme un coup de pouce du destin, il bouge. À peine, mais pour Madison c’est un miracle. C’est la preuve que tout n’est peut-être pas perdu, la preuve que son corps n’a pas totalement renoncé. Quelques semaines plus tard, grâce à une volonté de fer et à des efforts acharnés, elle parvient déjà à se tenir debout avec assistance. À partir de ce moment-là, Madison se fixe un objectif que beaucoup jugeraient irréaliste dans une telle situation : elle veut remarcher, et elle le veut le jour de sa remise de diplôme.
C’est dans cet état d’esprit qu’elle est transférée dans un centre spécialisé en rééducation où commence un long processus à la fois douloureux et éprouvant. Chaque jour, elle doit réapprendre des gestes que le corps accomplissait autrefois sans réfléchir : se redresser, trouver son équilibre, supporter son propre poids, coordonner ses mouvements. Encore et encore, elle répète les mêmes exercices. Mais Madison s’accroche avec une discipline qui impressionne tout le monde. Ses thérapeutes diront plus tard qu’elle fait partie des patientes les plus déterminées qu’ils aient accompagnées. Elle ne refuse jamais l’effort, elle demande même parfois des séances supplémentaires dès qu’une opportunité se présente. Elle avance, même lorsque la fatigue, la douleur et le découragement auraient pu briser bien des adultes.
Pendant ce temps, autour d’elle, la communauté se mobilise. Des proches, des amis, des anonymes, des camarades de lycée, des parents d’élèves, des enseignants, tout un réseau se met en mouvement pour soutenir Madison et sa mère. Une cagnotte est lancée afin d’aider la famille à faire face à l’énormité des frais médicaux et à la perte de revenus provoquée par l’attaque. Et au milieu de cet élan de solidarité, Kennedy Armstrong, le héros de ce drame, ne disparaît pas. Au contraire, il prend régulièrement des nouvelles, reste présent et peu à peu il devient, selon les propres mots de Jackie et Madison, un membre de la famille. De son côté, Jackie tente de tenir comme elle peut, mais on comprend rapidement que l’attaque du 3 juin ne l’a pas seulement blessée au bras, au visage et à la main. Les blessures psychologiques sont tout aussi profondes. Plus tard au procès, elle parlera des nuits sans sommeil, de la peur constante, de cette angoisse permanente de perdre l’un de ses enfants ou de ne plus être là pour les protéger si un danger devait réapparaître.
Le 7 juillet, un peu plus d’un mois après l’agression, Madison prend publiquement la parole en pleine rééducation. Elle s’adresse à la presse et à sa communauté. Elle remercie les secouristes, les médecins, les thérapeutes, les personnes qui l’ont soutenue, sa mère et bien sûr Kennedy qu’elle désigne très clairement comme son héros. Mais elle annonce également quelque chose d’autre : elle explique vouloir s’engager dans One Love, une organisation qui sensibilise les jeunes aux violences dans les relations amoureuses. Jalousie excessive, contrôle, manipulation, isolement, possessivité : Madison comprend déjà que son histoire peut servir à d’autres. Elle ne veut pas que ce drame soit simplement une affaire de plus. Elle veut que d’autres filles, d’autres garçons aussi, apprennent à reconnaître plus tôt ce que trop souvent on ne voit qu’une fois qu’il est déjà trop tard.
Les mois passent et Madison poursuit sa rééducation avec persévérance. Puis arrive enfin mai 2024, le jour de la remise des diplômes. Ce jour-là, onze mois après le drame, devant sa promotion, les enseignants, les familles et toute une communauté qui a suivi son combat presque jour après jour, Madison accomplit ce qu’elle s’était jurée de faire lorsqu’elle était encore alitée à l’hôpital : elle marche. Sous les regards de centaines de personnes, la jeune fille traverse la scène et reçoit son diplôme. La salle se lève immédiatement pour l’applaudir. Ce moment dépasse largement la simple cérémonie scolaire. Pour Madison, c’est une victoire immense, la preuve que malgré l’attaque, malgré la paralysie et malgré les mois de rééducation, elle continue d’avancer. Mais pendant ce temps-là, la justice poursuit son travail et l’heure du jugement de Spencer est arrivée.
Deux mois après cette cérémonie, en juillet 2024, Spencer Pearson plaide finalement coupable de deux chefs d’accusation de tentative de meurtre au premier degré et d’un chef d’accusation d’agression aggravée avec arme. À partir de ce moment, la question n’est plus de savoir s’il est responsable de l’attaque, il l’a reconnu lui-même. Il reste désormais à déterminer la peine qu’il devra purger. L’audience de condamnation est fixée au 22 novembre 2024 devant le juge Smith. Dans les semaines qui précèdent, le tribunal reçoit 69 pages de lettres d’impact rédigées par 46 personnes : des amis, des enseignants, des entraîneurs, du personnel médical, des proches de la famille. Tous racontent la même chose : l’attaque du 3 juin n’a pas seulement détruit la santé de Madison, elle a bouleversé des dizaines de vies.
Le jour de l’audience, Jackie se retrouve face à Spencer pour la première fois depuis l’attaque et ses mots sont d’une froideur qui reflète l’ampleur de ce qu’elle a vu et vécu. Elle déclare : « Je dois regarder ma fille lutter chaque nuit et chaque jour à cause de toi. Lutter pour respirer parce que ses poumons ont été perforés à cause de toi. Lutter pour maintenir son oxygène après deux énormes pneumothorax dans sa poitrine à cause de toi. Lutter pour s’asseoir à cause de toi. Lutter pour se brosser les dents à cause de toi. Puis lutter pour regagner de la mobilité après avoir été poignardée dans la moelle épinière provoquant une paralysie à cause de toi. Se battre chaque jour pour retrouver l’indépendance qu’elle a perdue à cause de toi. » Puis elle ajoute : « Je n’arrive pas à croire que je t’ai un jour aimé et que je me suis inquiétée pour toi. Je pensais sincèrement que tu étais un bon garçon, quelle idiote j’ai été. Tu ne mérites pas de respirer le même air que quelqu’un d’aussi incroyable que Madison. Tu ne mérites jamais d’être libre. Tu es un monstre, tu es le mal et c’est tout. » À la fin de sa déclaration, Jackie prononce une phrase qui marque toute la salle d’audience : « Tu as donné à Madison une condamnation à vie le 3 juin 2023. Il semble seulement juste que tu reçoives la même. »
Après elle, d’autres membres de la famille prennent la parole. Tatiana, la sœur aînée de Madison, explique que l’attaque a brisé leur famille d’une manière qu’elle ne parvient toujours pas à accepter. Elle raconte qu’en apprenant ce qui était arrivé à sa sœur, elle est restée enfermée chez elle pendant deux semaines, incapable de sortir. Elle parle d’un traumatisme qui ne s’efface jamais. Tatiana rappelle ensuite que Madison, malgré ses progrès miraculeux, devra toute sa vie composer avec les séquelles physiques et émotionnelles de cette attaque. Son message est clair : selon elle, aucune pitié ne doit être accordée à son agresseur. Le frère de Madison, Christopher, prend lui aussi la parole. Il décrit une maison qui n’est plus la même, une maison autrefois remplie de rires, de bruits, de vie, et qui est désormais traversée par la peur, les réveils nocturnes et une vigilance constante. Il explique que leur mère vit désormais avec une douleur chronique et des cicatrices invisibles, et que Madison, au lieu de profiter de sa jeunesse, doit composer avec des cauchemars, des crises d’angoisse et un sentiment d’insécurité permanent.
L’assemblée semble profondément touchée par ces différents témoignages. Puis vient le tour de Kennedy Armstrong. Le jeune homme commence par expliquer qu’il ne dira pas tout ce qu’il ressent par respect pour la cour, pour Madison et pour Miss Jackie, comme il l’appelle. Mais les mots qu’il prononce ensuite suffisent à faire comprendre la colère qui l’habite. Il déclare : « Ce garçon n’a pas supporté une rupture et a entrepris de tuer Madison. » Puis, en se tournant vers lui, il ajoute : « Tu as planifié cela, tu savais ce que tu faisais et grâce à Dieu tu as échoué. » Il conclut d’une phrase tout aussi directe : « Tu as échoué dans tes tentatives de meurtre planifiées et tu as aussi échoué dans ta propre tentative. » Kennedy rappelle également très concrètement ce que cette intervention lui a coûté : les blessures subies à la main ont mis fin à sa carrière de charpentier. Son geste héroïque a sauvé des vies, mais il a aussi changé durablement la sienne.
Vient alors le moment le plus attendu de l’audience. Madison s’avance à son tour avec sa canne, aidée par moments pour rejoindre la barre. Toute la salle retient son souffle. Sa déclaration est longue, précise et bouleversante. Elle commence par ces mots : « J’ai pensé à ce jour, à ce moment, à cette déclaration chaque jour depuis 538 jours. 538 jours à vivre dans le tourment et la peur. 538 jours avec ce nuage sombre qui plane constamment au-dessus de moi. 538 jours à revivre sans cesse le traumatisme que l’accusé m’a infligé. » Elle poursuit en rappelant la date de l’attaque : « Votre Honneur, je parle de 538 jours parce que c’est le nombre de jours qui se sont écoulés depuis le 3 juin 2023. » Elle marque une pause et ajoute : « Le 3 juin 2023 a été sans aucun doute le pire jour, le plus traumatisant de ma vie, et je m’en souviens à chaque seconde. » Pendant toute sa prise de parole, Madison ne prononce jamais le nom de Spencer. Elle se réfère à lui uniquement comme l’accusé. Elle poursuit alors en s’adressant directement au juge : « Votre Honneur, une jeune fille de 17 ans ne devrait jamais avoir à connaître la sensation d’être poignardée. Je ne devrais pas avoir à me souvenir de mon corps ressentant chaque coup de couteau encore et encore. Je me souviens du moment où j’ai réalisé que j’étais paralysée. Je me souviens avoir lutté pour respirer et pour trouver les mots. » Puis elle conclut cette partie de son témoignage par une demande claire : « Votre Honneur, le 3 juin 2023 j’ai reçu ma propre condamnation à perpétuité de la part de l’accusé. Je vous demande que l’accusé reçoive la même peine, une peine juste et méritée. »
Mais Madison ne s’arrête pas là. Elle bascule ensuite vers ce qu’elle a réussi à reconstruire depuis ce jour-là. Elle évoque sa dernière année de lycée, sa remise de diplôme, ses prises de parole publiques, son engagement auprès de l’organisation One Love, ses études et même le simple fait d’être là, debout dans cette salle d’audience, face à celui qui a tenté de la tuer. Enfin, elle prononce une phrase qui résume tout son parcours : « Je mentionne toutes mes réussites parce que j’en suis fière. Je suis fière de l’être humain que je suis devenue, de l’impact que j’ai eu et de la façon dont je me suis comportée ces 538 derniers jours. Je dis cela pour rappeler que je me suis transformée, passant de victime à survivante. » À la fin de sa déclaration, la salle entière lui fait une ovation debout spontanée. Le juge est obligé d’interrompre rapidement les applaudissements pour rétablir l’ordre de l’audience.
En face, la défense tente malgré tout de limiter les dégâts. Les avocats de Spencer demandent une peine beaucoup plus légère : 12 ans de prison suivis de 15 ans de probation avec un suivi psychiatrique obligatoire. Selon eux, le jeune homme souffrirait de dépression majeure, d’anxiété sociale et pourrait même présenter des atteintes neurologiques liées aux nombreux chocs reçus en jouant au football américain depuis l’enfance. Un neurologue est entendu pour soutenir cette thèse. En clair, la défense tente de faire valoir que son cerveau aurait été altéré et que cela aurait contribué à son passage à l’acte. Dans la même logique, Spencer affirme lui-même qu’il ne serait pas venu ce jour-là pour attaquer Madison de manière préméditée. Selon sa version, il aurait simplement voulu manger une dernière fois dans ce restaurant, un lieu où il venait souvent avec sa famille, avant d’aller mettre fin à ses jours près de la mer. Toujours selon lui, c’est la vue de Madison sur place qui aurait tout fait basculer. Cette version permet évidemment à la défense d’atténuer l’idée de préméditation, mais replacées dans l’ensemble du dossier, le harcèlement, les filatures, les messages répétés, l’obsession, l’escalade progressive et même l’arme utilisée — un couteau portant son propre nom gravé dessus — ces explications peinent à convaincre. Elles ressemblent surtout à une tentative de réécrire l’histoire.
Son père Daniel témoigne lui aussi à la barre. Il revient notamment sur la tentative de son fils quelques semaines avant l’attaque. Il raconte avoir découvert Spencer pendu dans son placard et explique que cet épisode a profondément marqué la famille. Puis, visiblement submergé par l’émotion, il s’adresse directement aux victimes : « Je suis vraiment désolé pour tout ce qui est arrivé. Madison, tu étais toujours si gentille quand tu venais à la maison. Tu étais une si belle personne à côtoyer, tu étais si bonne pour notre famille. Je suis désolé que cela t’ait arrivée. Je pense à toi tous les jours, je prie pour toi tous les jours. Tu es une âme douce et une magnifique personne. » Puis il se tourne vers Jackie : « Je suis désolée Jackie, je suis vraiment désolée. Je sais que tu as dû traverser un monde de douleur, tu ne mérites pas ça. » Daniel se tourne ensuite vers Kennedy Armstrong : « Kennedy, merci d’avoir sauvé plusieurs vies. Tu es un héros et je crois que même si ce n’était pas ton intention, tu as aussi sauvé mon fils. » Il termine en demandant la clémence pour Spencer : « Spencer mérite une chance d’avoir une vie. Il a besoin d’aide, j’en suis convaincu. Il a beaucoup de problèmes, beaucoup de problèmes mentaux et je m’inquiète de ses blessures à la tête. Spencer n’a jamais été violent, c’était un bon garçon. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je crois qu’il peut être réhabilité et qu’il mérite cette chance. »
Ensuite vient le tour de Tonia, la mère de Spencer. Elle explique qu’elle attendait depuis longtemps l’occasion de s’adresser directement aux victimes pour leur présenter ses excuses. La voix brisée, elle commence par se tourner vers Kennedy : « Kennedy, merci. Vous avez non seulement sauvé la vie de Madison et celle de sa mère, mais aussi celle de mon fils. Merci. » Puis elle s’adresse à Madison : « Je suis vraiment désolée que tu aies dû traverser cela. Je prie pour que tu guérisses et que tu te rétablisses complètement. » Enfin, elle regarde Jackie : « Mon cœur de mère pleure pour toi. J’ai pensé à toi et à la manière dont tu as essayé de sauver ta fille. Tu es une bonne mère, aucun d’entre nous ne méritait cela. Je prie Dieu de vous apporter une guérison complète et, au nom de toute notre famille, nous sommes désolés. »
À la fin de l’audience, Spencer lui-même prend la parole et s’adresse au juge : « Plus important encore, je suis ici pour présenter mes sincères excuses à Madison, à Madame Rogers et à Monsieur Armstrong. Je suis sûr que le 3 juin a été le pire jour de leur vie. C’est aussi le pire jour de la mienne et il le restera toujours. Ce jour-là, j’ai blessé trois personnes innocentes. Je pense à mes crimes chaque seconde de chaque jour, c’est constamment dans mon esprit et cela ne changera jamais. » Il poursuit : « Je ne peux même pas imaginer ce que je leur ai fait subir ni les conséquences que mes actes ont eu sur toutes les personnes impliquées. Je comprends la colère et la haine qu’ils ressentent envers moi. » Mais il ajoute aussi qu’il ne comprend pas les critiques adressées à sa famille : « Ils n’ont rien fait, c’est moi qui l’ai fait. Mes parents ont fait de leur mieux pour m’aider avec les connaissances et le temps qu’ils avaient. » Enfin, il conclut : « Votre Honneur, j’essaie de vivre avec moi-même après ce que j’ai fait mais je ne sais pas comment. J’ai besoin d’aide sérieuse. Je suis vraiment désolé pour ce que j’ai fait. Je demande pardon et je demande la miséricorde. »
Mais au bout du compte, c’est le juge qui tranche. Il reconnaît d’abord que Spencer a probablement besoin d’un suivi en santé mentale, puis il déclare : « Le 3 juin 2023, les événements qui se sont déroulés cet après-midi-là étaient horribles. L’accusé a lancé une attaque vicieuse contre une jeune fille de 17 ans, une jeune fille qui, quelques semaines auparavant, avait fait sa part pour tenter de lui sauver la vie lorsqu’il a essayé de mettre fin à la sienne. La même personne qui avait essayé de le sauver a été violemment et brutalement attaquée par lui. » Il conclut ensuite : « Ce tribunal n’impose pas de peine basée sur la vengeance, mais le crime qui a été commis et l’impact qu’il a eu sur Madison, Jacqueline et Kennedy l’emportent de loin sur les circonstances atténuantes que ce tribunal a examinées. Il y a certains crimes qui méritent la peine maximale possible et ce tribunal conclut que celui-ci en fait partie. » La sentence tombe : prison à vie. Spencer reste immobile lorsque la peine est prononcée. Ses parents, eux, s’effondrent. Ils pleurent, le prennent une dernière fois dans leurs bras. Spencer embrasse sa mère, serre son père, puis il est emmené hors de la salle.
Pour Madison, Jackie et leurs proches, cette décision apporte un certain soulagement. Elle n’efface ni les cicatrices, ni les cauchemars, ni les traumatismes, mais elle donne le sentiment que la justice a été rendue. Dans la foulée intervient un autre moment beaucoup plus lumineux. À l’issue de l’audience, Jackie Rogers et Kennedy Armstrong reçoivent officiellement la Médaille Carnegie, une distinction civile majeure qui récompense les personnes ayant risqué leur vie pour sauver celle d’autrui. Et un détail rend ce moment encore plus fort : c’est Madison elle-même, qui les considère comme ses héros, qui leur remet leur médaille.
Cette histoire rappelle peut-être à certains d’entre vous une autre affaire que nous avons déjà abordée, celle des Stella Murders. Dans cette affaire aussi, un jeune homme au comportement contrôlant et possessif n’avait pas supporté une rupture. Mais contrairement à l’histoire d’aujourd’hui qui, malgré la violence extrême de l’attaque, s’est terminée par le sauvetage héroïque de Madison, l’affaire Stella s’est conclue de manière totalement tragique. Dans l’affaire que l’on traite aujourd’hui, on retrouve un schéma malheureusement très similaire : celui d’un jeune homme qui ne supporte pas la perte de contrôle sur la personne qu’il disait aimer. Spencer n’a pas accepté la rupture, il n’a pas accepté que Madison reprenne sa liberté et, très vite, ce sentiment d’abandon s’est transformé en obsession. Dans son esprit, Madison n’était plus simplement une ancienne petite amie, elle devenait la responsable de son mal-être, celle qui l’aurait trahi, abandonné, humilié. Et dans cette logique profondément destructrice, il a fini par tenter de la tuer comme dans une forme de vengeance, une vengeance contre celle qui, quelques semaines auparavant encore, avait pourtant tenté de l’aider lorsqu’il a tenté d’en finir.
Au premier regard, Spencer pouvait apparaître comme un adolescent discret, réservé, presque timide. Mais derrière cette façade se cachait en réalité un profond manque de confiance en lui. Lorsque Madison est entrée dans sa vie, cette relation a en partie comblé ce vide. Peu à peu, il est devenu émotionnellement dépendant de la jeune fille. Or, lorsqu’une relation repose sur ce type de dépendance, elle devient rapidement étouffante. Spencer avait besoin de contrôler, de vérifier, de surveiller, et chaque tentative de Madison pour conserver son indépendance nourrissait davantage ses insécurités. Ce comportement possessif qui, dans son esprit, devait préserver leur relation, a au contraire produit l’effet inverse : chaque jour, Madison s’éloignait un peu plus de lui. Lorsqu’elle décide finalement de rompre, Spencer tente d’abord de la reconquérir, il essaie de la convaincre, de la faire revenir, mais lorsqu’il comprend que Madison ne changera pas d’avis, il ne suit pas le chemin classique du deuil d’une relation, il refuse d’accepter la réalité.
Au procès, ses parents ont suscité beaucoup d’émotion dans la salle d’audience. Ils ont reconnu que leur fils avait commis l’irréparable et ont présenté des excuses qui semblaient sincères aux trois victimes. Mais en même temps, la défense a tenté d’atténuer la responsabilité de Spencer en évoquant les nombreuses commotions cérébrales qu’il aurait subies en pratiquant le football américain depuis l’enfance. Selon cette thèse, ces chocs répétés auraient pu altérer certaines fonctions neurologiques et expliquer en partie son passage à l’acte, un argument que l’on retrouve parfois dans certains dossiers impliquant des sportifs. Mais si l’on suivait ce raisonnement jusqu’au bout, cela voudrait dire que toutes les personnes qui subissent des commotions dans des sports de combat ou de contact, que ce soit en boxe, dans les arts martiaux, au rugby ou dans d’autres disciplines, deviendraient des agresseurs potentiels. Or, bien évidemment, ce n’est pas le cas. La justice a d’ailleurs estimé que cet argument ne suffisait pas à expliquer un acte d’une telle violence.
Il est évidemment compréhensible que des parents cherchent à défendre leur enfant ou que des avocats tentent d’obtenir la peine la plus clémente possible pour leur client. Mais dans cette affaire, ces arguments n’ont pas convaincu le tribunal. Le juge a été particulièrement clair dans sa décision : malgré son jeune âge (Spencer n’avait que 18 ans au moment des faits) et malgré l’absence d’antécédents judiciaires, il a estimé que la gravité du crime justifiait la peine maximale. Spencer Pearson a donc été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle, une décision qui a mis fin au volet judiciaire de cette affaire mais qui n’efface évidemment pas les conséquences de ce drame. Car si Madison est aujourd’hui en vie, son existence a été profondément bouleversée. Avant l’attaque, elle était une jeune fille rayonnante, passionnée de sport, très compétitive et qui rêvait de poursuivre une carrière sportive. Mais la violence d’un ex-petit ami n’acceptant pas la rupture a brisé ses projets. Aujourd’hui, de nombreux gestes du quotidien — se lever, marcher, se déplacer — représentent pour elle un effort immense. Chaque mouvement, chaque habitude de vie qui nous paraît anodine est devenue un défi.
Et pourtant, malgré les 17 coups de couteau et malgré les séquelles que cette attaque a laissées, Madison n’a jamais renoncé à avancer. Sa force mentale ainsi que le soutien de ses proches lui ont permis de mener un combat extraordinaire pour retrouver une part de mobilité. Elle nous offre aujourd’hui une véritable leçon de courage. Au lieu de s’effondrer, ce qui aurait été parfaitement compréhensible au regard de ce qu’elle a vécu, Madison a choisi de se battre. Cette épreuve l’a rendue plus forte. Aujourd’hui, elle s’engage notamment auprès de One Love, une organisation qui sensibilise les jeunes aux signes des relations toxiques et aux violences dans les couples. L’objectif est simple : apprendre à reconnaître les signaux d’alerte (jalousie excessive, contrôle, manipulation) afin d’éviter que d’autres histoires ne se terminent par une tragédie. Et à travers ce combat, Madison transforme peu à peu son histoire personnelle en un message de prévention pour les autres.
Dans cette affaire, nous assistons aussi à l’amour et au courage exceptionnels d’une mère, Jackie. Elle n’a pas hésité une seule seconde à se jeter au-devant du danger pour protéger sa fille au risque de sa propre vie. Elle reçoit elle aussi plusieurs coups de couteau, dont l’un au front qui aurait pu avoir des conséquences bien plus dramatiques. Habituellement sur cette chaîne, je traite moins souvent d’affaires où les enfants sont les victimes, non pas qu’elles ne méritent pas d’être racontées, mais parce que ce sont souvent des affaires extrêmement dures qui m’impactent beaucoup trop. Dans ces dossiers, on voit parfois des parents qui ferment les yeux sur le danger, qui ne le perçoivent pas, ou pire encore, qui deviennent eux-mêmes les agresseurs de leurs propres enfants. Dans certaines histoires, des adultes sont même prêts à mettre leur enfant en danger pour quelques dollars. Ici, c’est tout l’inverse. Jackie incarne parfaitement l’amour inconditionnel d’une mère, et cela bien avant l’attaque. Après sa séparation avec le père de Madison, elle élève seule six enfants tout en travaillant. Malgré les difficultés que peut connaître n’importe quelle famille, on voit dans ce foyer un véritable attachement entre les membres de la fratrie. Les frères et sœurs restent très proches les uns des autres, même ceux qui sont aujourd’hui adultes, qui ont déménagé et construit leur propre vie, continuent de se retrouver pour les repas de famille, les anniversaires, les fêtes de Noël. Et Jackie apparaît clairement comme le pilier de cette famille. Elle aime profondément ses enfants et, sans son intervention ce jour-là, Madison n’aurait probablement pas survécu.
Mais face à une attaque aussi violente, l’amour d’une mère n’aurait peut-être pas suffi à lui seul à arrêter le drame car, ce 3 juin 2023, une autre personne va intervenir au moment le plus critique : un jeune homme qui n’a aucun lien avec la famille, qui ne connaît ni Madison ni Jackie, mais qui, en entendant les cris, refuse de détourner le regard. Cet homme, c’est Kennedy Armstrong. Âgé de 22 ans, il vient simplement d’arriver sur le parking avec un ami lorsqu’il comprend qu’une attaque est en train de se produire. Sans hésiter une seconde, il court vers la scène, se jette sur l’agresseur, le plaque au sol et parvient à l’immobiliser. Son instinct a sans doute agi avant même qu’il ait eu le temps de réfléchir. Kennedy est un véritable héros. Lors de l’intervention, il est grièvement blessé à la main et au bras. Les séquelles sont lourdes : il ne pourra plus exercer son métier de charpentier, une profession qui était pour lui bien plus qu’un simple travail. Si davantage de personnes avaient ce courage dans nos sociétés, il y aurait sans doute beaucoup moins d’agressions, de violence et de drames. Combien de fois des témoins détournent le regard par peur d’être impliqués ou n’osent même pas appeler la police en se disant que cela ne les concerne pas ? Kennedy, lui, s’est senti concerné et, heureusement, sans son intervention cette affaire aurait très probablement pris une tournure bien plus tragique. Madison et sa mère ne seraient peut-être plus en vie aujourd’hui.
Quant à Spencer, il semble évident qu’il ne s’était jamais véritablement construit comme un individu capable de vivre une relation saine. Malgré une famille présente et aimante, il n’a pas su développer l’équilibre émotionnel nécessaire pour accepter une séparation. À 18 ans, il était incapable de faire le deuil d’une relation qui n’avait pourtant duré que quelques mois. Au lieu d’accepter la rupture, il s’est enfermé dans une spirale d’obsession et de dépression. La vérité, c’est qu’il ne pensait qu’à lui : les sentiments de Madison n’entraient plus en ligne de compte. Beaucoup d’entre nous ont connu des ruptures, des déceptions amoureuses, des relations qui se terminent mal ; cela fait malheureusement partie de la vie. Mais la très grande majorité des gens ne réagit pas en cherchant à tuer l’autre. Certains peuvent ressentir de la colère, de la tristesse ou même de la haine, mais très peu passent à l’acte, et heureusement. Pour ma part, je trouve que la peine prononcée dans cette affaire est exemplaire. Même s’il exprime aujourd’hui des regrets, même s’il peut être suivi ou aidé, certains crimes sont tout simplement impardonnables et méritent les sanctions les plus fermes.
J’ai évidemment une pensée pour Madison et pour Jackie qui porteront toute leur vie les traces de cette terrible journée. J’espère que les cauchemars et la peur finiront peu à peu par s’atténuer et qu’elles pourront continuer à avancer le plus sereinement possible. Elles semblent déjà sur ce chemin. J’espère également que Madison continuera à regagner de la mobilité avec le temps et qu’elle pourra retrouver une vie aussi normale que possible, même si certaines séquelles resteront probablement à jamais. Aujourd’hui, elle semble avoir trouvé une voie : partager son histoire pour prévenir les autres, pour expliquer les signes d’une relation toxique et éviter que de tels drames ne se reproduisent. J’ai aussi une pensée pour Kennedy qui est désormais devenu presque un membre de la famille. Sans son courage, cette histoire se serait terminée de manière bien plus sombre. Ces trois personnes sont profondément inspirantes et je suis heureuse d’avoir pu aujourd’hui vous raconter leur histoire. J’espère que malgré la gravité de cette affaire, vous avez apprécié la façon dont je vous l’ai présentée. Je remercie toutes les personnes encore présentes à la fin de cette vidéo et, si c’est votre cas, vous pouvez inscrire Madison dans les commentaires. Si vous souhaitez soutenir mon travail, n’hésitez pas à liker cette vidéo, à la partager, à vous abonner si ce n’est pas déjà fait. Moi, je vous dis à très vite pour une nouvelle histoire criminelle sur la chaîne et jusque-là, surtout, restons prudents.