Elle laisse son mari pourrir 30 mois au fond d’un ravin avant d’avouer au procès
Le Secret Mortel du Cap Canaille : 30 Mois de Silence Avant les Aveux
Jean-Pierre est maçon, il travaille dans l’entreprise de son père, mais au fil du temps, les relations entre Béatrice et Jean-Pierre se dégradent. C’est un homme qui part au quart de tour, qui se bat, il est très caractériel. J’ai passé 30 ans de ma vie avec lui, donc je peux me permettre d’en parler.
Le couple va mal. Béatrice et Jean-Pierre restent ensemble, mais ils ont des liaisons, chacun de leur côté. Pour la famille Faure, si le ménage a des problèmes, c’est la faute de Béatrice. Elle aurait eu notamment une liaison avec cet homme, Jean-Claude Doulieri. Doulieri est un ami de la famille Faure et plus particulièrement de René, le petit frère de Jean-Pierre.
J’ai connu Jean-Claude Doulieri, je devais avoir environ 14 ans. On s’est connus à Château-Gombert puisqu’on était du même quartier et je l’ai fait rentrer dans l’entreprise de mon père. Doulieri travaille pendant 10 ans comme maçon dans l’entreprise de bâtiment de la famille Faure à Marseille. À l’époque, il fait partie de la famille. On voit bien Jean-Claude ici. Il était à mon mariage, il était au baptême, on a passé même un jour de l’an ensemble. Et d’ailleurs, sur la vidéo du mariage de René, Doulieri est aux premières loges. Doulieri n’est pas seulement l’ami de René, mais aussi celui de Jean-Pierre Faure.
L’été 2004, les deux hommes ne se quittent plus. Doulieri vient quasiment tous les jours rendre visite à Jean-Pierre et Béatrice. Il n’arrive jamais les mains vides, mais toujours avec des bouteilles d’alcool. Moi, qui ne connaissais pas du tout l’alcool, il m’a fait connaître de force ou de gré l’alcool. Il faut goûter, il faut goûter. Il essayait de m’habituer à ça. Mais en fait, mon mari, lui, connaissait l’alcool. Il disait qu’il ne demandait pas mieux que de trinquer avec lui, amicalement. Angélique, la fille de Jean-Pierre et de Béatrice, comprend vite que si Doulieri fait boire ses parents, c’est parce qu’il a une idée derrière la tête. Quand il faisait boire mon père, il passait les journées avec lui là. Mais il lui disait que ma mère, elle passait tellement de temps au boulot qu’elle devait se taper son patron. C’est-à-dire qu’il les a montés l’un contre l’autre. Et après, devant ma mère, il a fait dire à mon père qu’elle avait été cocue.
Des propos qui aggravent les tensions dans le couple, Jean-Pierre et Béatrice sont en instance de divorce. C’est alors que Doulieri console Béatrice et devient son amant. Monsieur Doulieri m’a consolée. Il m’a apporté quelque chose que je n’avais pas connu, cette gentillesse et ce soutien. Et pendant une semaine, quand je l’ai fréquenté intimement, après avoir demandé le divorce, bien entendu, je me suis un petit peu attachée à lui au début. Je me suis dit, il est gentil, il est plein d’attentions, il est merveilleux. Voilà, il arrive à la charmer, il fait des cadeaux à tout le monde, il en fait à la famille, à mes grands-parents, à ma grand-mère, même à mon père, il fait des cadeaux à tout le monde. Et moi, au moment où elle me porte mon cadeau d’anniversaire, il y a Jean-Claude qui vient avec elle. Ils s’embrassent devant moi, chez moi. Ça m’a fait drôle. À l’époque, Doulieri vient même dormir de temps en temps dans la chambre du bas de l’appartement de Sanary-sur-Mer. Pour tout le monde, Béatrice, Jean-Pierre et Doulieri forment un étrange ménage à trois.
Jusqu’au jour où Jean-Pierre disparaît dans la nuit du 15 au 16 mars 2005. Mais alors, où est Jean-Pierre Faure ? Aucune trace et pas de cadavre. Il ne peut pas partir sans sa voiture. Il ne prend pas les transports en commun. Un élément intrigue aussitôt les enquêteurs. Doulieri a acheté une voiture le jour de la disparition de Jean-Pierre Faure. Une voiture qui a été retrouvée brûlée dans le sous-sol d’une maison en construction. Dans le coffre, les gendarmes retrouvent une serviette maculée de sang. Les analyses sont formelles, c’est le sang de Jean-Pierre Faure. L’enquête est officiellement ouverte. Les deux amants, Béatrice et Doulieri, sont mis sur écoute téléphonique, ils parlent tous les deux de Jean-Pierre au passé. Le 6 avril 2005, ils sont arrêtés et placés en garde à vue.
Le 14 novembre 2007, le procès des deux amants s’ouvre devant la cour d’assises de Draguignan. Béatrice, en larmes, est assise à côté de son avocate, maître Virginie Pin. En face d’elle, la famille de son ex-mari. Le clan Faure, au grand complet, réuni autour du patriarche. C’est la première fois depuis la disparition de son mari que Béatrice se retrouve face à eux. Et là, à la stupeur générale, elle fait une révélation qui va tout remettre en question. Elle dit tout de go : « Je знаю où est le corps de mon mari, je peux vous le dire, je peux vous y amener ». Béatrice savait donc où se trouvait le corps de son mari. La famille de Jean-Pierre est sous le choc. Moi personnellement j’ai été écœuré. Surpris, surpris et écœuré. Laisser son propre mari pendant 30 mois pourrir, 32 mois pourrir en bas d’une falaise, en sachant où il est, pour moi, c’est un monstre.
Le lendemain, les gendarmes se rendent à l’endroit désigné par Béatrice, le Cap Canaille, sur les hauteurs de Cassis. Un endroit que tout le monde dans la région surnomme le triangle des Bermudes. C’est ici que l’on vient se débarrasser des cadavres encombrants. Et Béatrice avait dit vrai. Les enquêteurs découvrent des restes humains et le jogging bleu que portait Jean-Pierre le jour de sa disparition.
Elle raconte la scène du crime et accuse Doulieri du meurtre de son mari. Là, j’ai vu la scène, je me suis approchée, j’ai vu mon mari par terre, j’ai vu du sang, il y avait un petit peu de casse, il y avait des morceaux de verre, il y avait du sang un peu partout. C’était le fait de voir Jean. Je me suis retenue et j’ai compris qu’il s’était passé quelque chose de grave puisque M. Doulieri était devant la cuisine carrément. Il se tenait debout, droit, devant le corps, avec l’arme à la main. Il avait le couteau à la main. Il avait du sang partout sur lui. Il était blessé au cou. Il saignait. Et il avait l’arme à la main. Il m’a regardée avec des yeux vraiment lamentables. Je ne l’ai même pas reconnu tellement. Meurtrier. Je lui ai posé la question de ce qui s’est passé. Il m’a dit : « Moins tu poseras de questions, mieux tu te porteras ». Alors je lui ai dit : « Mais il faut appeler la police. Appelle la police et tu expliques ce qui s’est passé ». Il voulait me rire et me dire : « Tu es folle ? Ça ne va pas ? » Mais toujours hargneux et puis il venait vers moi avec le couteau. Il m’a dit : « Si tu veux terminer comme Jean ». Mon mari avait la tête ici, il avait le corps par là, comme ça, il était allongé, les yeux ouverts. Bon, M. Doulieri, rapidement, a mis une serviette éponge sur sa tête, il a enroulé sa tête dans la serviette éponge, et il l’a enroulée dans une couverture, et il a sorti le corps, il s’est dirigé en direction du véhicule. Tout seul, donc il avait la… Tout seul, mais il m’a obligée à le suivre, il n’a pas voulu. Je voulais rester ici à la maison, il n’a pas voulu. Il m’a demandé juste, dans les grands escaliers, de soulever les pieds, je l’ai fait. Là et dans la voiture quand il a mis le corps à l’arrière.
Après avoir hissé le corps sur le siège arrière de la voiture, Doulieri et Béatrice auraient pris la direction du Cap Canaille. Arrivé sur un petit chemin, Doulieri aurait obligé Béatrice à descendre du véhicule. Il aurait alors jeté le corps de Jean-Pierre du haut de la falaise, sous les yeux de Béatrice. Quand il a jeté le corps par la falaise, bon je ne me suis pas approchée, je n’ai rien vu, mais j’ai entendu le bruit quand ça a fait toc, et là je l’ai vu venir vers moi, je me suis dit ça y est, c’est mon tour, c’est fini. Et puis il m’a empoignée et il m’a dit : « Allez, qu’est-ce que tu fais ? » et puis il m’a tirée méchamment jusqu’au véhicule, à quelques mètres du véhicule, il m’a dit : « Allez, tu crois quoi ? » et puis il m’a secouée méchamment, violemment. Et là, je me suis dit, mais qu’est-ce qu’il va me faire ? Où il va m’amener ? Qu’est-ce qu’on va devenir ? J’ai fait my signe de croix, je savais que j’allais mourir ce soir-là. Pour moi, c’était fini.
Pour lui, Béatrice est une menteuse. L’avocat de la famille Faure, présent lui aussi à cette reconstitution, met en doute, lui aussi, la version de Béatrice. On ne sait toujours pas exactement comment les choses se sont déroulées, on ne sait toujours pas qui a fait quoi. La seule chose que l’on sache, c’est qu’il y a un homme qui est enfermé dans un mutisme total, qui n’exprime rien, qui reste cohérent avec lui-même du début à la fin. Par contre, il y a une femme qui manipule, il y a une femme qui se joue de la vérité et qui piétine littéralement la douleur de la famille.
Alors Béatrice est-elle innocente comme elle le prétend ? Ou est-elle complice, voire même instigatrice, de la mort de son mari ? Les deux amants se déchirent. Pour essayer de savoir comment est mort Jean-Pierre Faure, le président interroge le médecin légiste. Celui-ci sort alors le crâne de Jean-Pierre et explique les circonstances de sa mort. Les constatations ont été réduites au minimum puisque nous n’avons eu à examiner que le crâne de la victime, lequel portait trois impacts d’armes blanches relativement violents, qui traduisaient la violence des coups. C’est tout ce que nous avons comme blessures. À quel niveau ? Alors c’était au niveau frontal et au niveau pariétal, c’est-à-dire un petit peu en avant et un petit peu sur l’arrière.
Jean-Pierre aurait donc été attaqué par derrière, une version confirmée par Béatrice. Après trois heures de délibération, le verdict tombe. Doulieri est condamné à 30 ans de prison. Et Béatrice à 20 ans. Les jurés ne retiennent pas la préméditation. Un mandat de dépôt est demandé pour Béatrice, qui part en prison le soir même.
Dernier jour du procès. Dans quelques heures, les jurés vont rendre leur verdict. C’est au tour de la famille Faure de témoigner à la barre. Leur avocat prépare avec eux la contre-attaque contre Béatrice. Dans ce qu’on a à dire, il faut qu’on prenne l’essentiel. Si on donne une information et qu’elle n’arrive pas au bon moment, dans leur esprit, l’histoire est un peu cassée. Donc il faut faire attention de ne pas les embrouiller. Parce qu’on pourrait faire une audience qui dure trois ans. On n’a que trois jours. Donc il faut vraiment rester sur l’essentiel.
Face à la cour, Robert Faure accuse sa belle-fille d’avoir organisé le meurtre de son fils. Il rappelle aux jurés que Béatrice, au lendemain du drame, avait dit que Jean-Pierre s’était débattu comme un beau diable. Ce qui, selon lui, prouve bien qu’elle ment et qu’elle était présente au moment de sa mort. Comment se fait-il qu’elle sait qu’il s’est débattu comme un beau diable, si elle n’est pas dans la scène ?
Mireille vient ensuite pour dire que sa bru était une fille ingrate et intéressée. Ses mots font bondir Angélique. Qu’est-ce qu’on entend de ma grand-mère ? Qu’est-ce qu’on entend ? Mais pas de mots gentils sur mon père. J’ai bien mis la table, je l’ai reçue correctement. Béatrice arrivait, mettait les pieds sous la table. Mais qu’est-ce que ça me dit ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? Mais alors, et son fils ? Comment on en parle ? Et mon grand-père qui dit être au courant de tout ? Que mon père n’avait plus bu depuis les années 90, etc. Comment est-ce qu’on peut être au courant de tout en ayant un repas de famille par an ? Il pensait qu’on allait lui faire un petit résumé des 364 jours de l’année ?
Le témoignage que tout le monde attend maintenant, c’est celui de Doulieri. Dans le box, il continue à nier être responsable de la mort de Jean-Pierre. Et il montre du doigt Béatrice comme la seule responsable. Excédée par les propos de Doulieri, Angélique se lève pour lui répondre. Elle est obligée de quitter la salle. On l’écoute tous, je suis sur le banc, je trépigne. Et il n’y a personne qui bronche. Il est en train de me démonter ma famille. Mais je l’aurais eu en face, je l’aurais tué.
Troisième et dernier jour du procès. Le verdict va bientôt être rendu. Dans le box, les deux anciens amants ne se sont jamais adressé la parole et ils se sont rejeté la responsabilité du crime. Dans sa plaidoirie, Victor Gioia, l’avocat de la famille Faure, accable Béatrice. Il demande aux jurés de la condamner à 30 ans de prison.
C’est maintenant l’heure des réquisitions. L’avocat général refait le scénario du drame. Il accuse Doulieri d’avoir acheté une voiture avant le meurtre, avec la complicité de Béatrice, dans le seul but de transporter le corps de Jean-Pierre Faure. Cela prouve, selon l’avocat général, que les deux anciens amants ont bien prémédité le meurtre. Il requiert 30 ans de prison contre Béatrice et Doulieri. Les avocats des accusés sont sous le choc. Je suis extrêmement surprise de comprendre qu’on reste sur un quantum équivalent à celui de l’année dernière. Je m’en serais expliquée, mais qu’on augmente concernant ma seule cliente le quantum à 10 années de plus que ce que les jurés du Var ont prononcé, je trouve ça incompréhensible.
C’est au tour des avocats de Doulieri et de Béatrice de plaider pour essayer d’éviter le pire à leurs clients. Ils défendent tous les deux la thèse d’une bagarre qui aurait mal tourné et d’un cadavre encombrant dont il fallait se débarrasser au plus vite. Les débats sont maintenant terminés et comme dans tous les procès d’assises, le dernier mot revient toujours aux accusés. Béatrice ne dit qu’une seule phrase : « Je ne suis pour rien dans la mort de mon mari ». Quant à Doulieri, il clame son innocence jusqu’au bout. La cour et les jurés se retirent pour délibérer.
Une longue attente commence. Quatre heures plus tard, tous les acteurs du drame sont rappelés dans la salle d’audience. Le verdict va être rendu. Béatrice est condamnée à 20 ans de prison, la même peine qu’il y a un an. Quant à Doulieri, il est condamné à 25 années de réclusion criminelle, soit 5 années de moins que le premier jugement.