Elle a quitté le club et a disparu. La vérité s’est avérée pire que tout le monde ne l’imaginait.
Une disparition mystérieuse à la sortie d’une discothèque et la vérité terrifiante derrière l’affaire Karen Buckley
Une étudiante, venue en discothèque avec ses amies, s’éloigne d’elles pour quelques minutes seulement et disparaît sans laisser de trace. Lorsque la police commence ses recherches, elle reconstitue pas à pas ses derniers instants, menant à un dénouement si terrible que l’affaire dépasse rapidement les frontières du pays.
Karen Buckley naît le 21 août 1991 en Irlande. Elle grandit dans une ferme, benjamine d’une fratrie de quatre enfants. Elle aime la nature et se passionne pour le football durant ses années d’école, soutenant activement un club local et une équipe féminine. Après ses études secondaires, elle entre à l’université et obtient son diplôme d’infirmière. Désireuse d’aider les autres, elle choisit la médecine, mais peine à trouver sa spécialité. Elle s’installe d’abord en Grande-Bretagne pour exercer, avant de se tourner vers l’ergothérapie. Elle décide alors de déménager en Écosse pour suivre un master à l’Université de Glasgow. Elle débute ses cours en janvier 2015, à l’âge de 24 ans. Elle loue un petit appartement près de l’université et se lie rapidement d’amitié avec d’autres étudiants.
Le samedi 11 avril 2015, Karen et ses amies décident de sortir en boîte de nuit pour décompresser après une semaine de cours. Elles choisissent l’un des établissements les plus populaires de la ville et patientent environ 20 minutes pour entrer. Les amies passent un bon moment et, vers une heure du matin, Karen indique qu’elle se rend aux toilettes. Elle laisse sa veste sur leur table et s’en va. Cependant, elle ne revient jamais. Ses amies trouvent cela étrange, mais supposent que, fatiguée, elle a décidé de rentrer chez elle en oubliant son vêtement. Elles l’emportent avec elles et rentrent, pensant retrouver Karen le lendemain matin, puisqu’elles logent dans le même immeuble.
Pourtant, au réveil, Karen n’est pas dans son appartement et n’a contacté personne. Leurs tentatives pour la joindre échouent et elle n’apparaît plus sur les réseaux sociaux depuis la veille, ce qui est inhabituel pour cette jeune femme qui reste constamment en contact avec ses proches. Inquiètes, ses amies préviennent la police vers midi. Les officiers enregistrent la disparition, interrogent l’entourage et se rendent à la discothèque. En visionnant les caméras de surveillance, ils repèrent la jeune femme sortant de l’établissement vers une heure du matin, visiblement décidée à rentrer. Les images montrent un homme s’approcher d’elle. Ils discutent quelques minutes, sans sembler se connaître au préalable, puis Karen le suit vers un parking où ils montent à bord d’une Ford Focus. La qualité de la vidéo ne permet pas de distinguer la plaque d’immatriculation ni le visage de l’individu.
L’homme ne montre aucun signe de contrainte physique et Karen ne semble pas menacée. Les enquêteurs envisagent alors deux hypothèses : soit il a proposé de la reconduire, soit elle a accepté de le suivre chez lui. Pour identifier le conducteur, la police diffuse des images de surveillance dans les médias. Rapidement, un témoin appelle pour signaler que l’homme sur la vidéo ressemble à son ami, Alexander Pacteau, âgé de 21 ans. Les policiers obtiennent son adresse et se rendent chez lui, espérant retrouver Karen saine et sauve. Personne ne répond à leur arrivée. Ils contactent le propriétaire de l’appartement qui, face à l’urgence, leur fournit un double des clés. Alors qu’ils s’apprêtent à ouvrir, Alexander ouvre la porte de l’intérieur.
Dès le début de l’entretien, il déclare qu’il s’apprêtait à contacter la police au sujet de Karen, bien que les officiers n’aient pas encore énoncé le motif de leur venue. Il confirme que la jeune femme est repartie avec lui, qu’ils ont eu une relation intime et qu’elle a quitté son logement vers quatre heures du matin. En inspectant l’appartement avec son accord, les policiers remarquent une forte odeur d’eau de Javel et de produits de nettoyage, ainsi qu’une boîte d’outils et du ruban adhésif sur le sol de la chambre. De plus, le matelas, trop petit, ne correspond manifestement pas au lit. Ces éléments laissent suspecter une tentative de dissimulation de preuves, près de deux jours après la disparition. Faute d’éléments formels, ils demandent à Alexander de les suivre au poste pour une déposition officielle, pendant qu’un mandat de perquisition pour son logement et sa voiture est préparé.
Entre-temps, un habitant signale la découverte d’un sac à main et d’un téléphone près d’un conteneur à poubelles à l’entrée d’un parc situé à quelques minutes à pied de chez le suspect. Le sac contient le passeport de Karen et le smartphone lui appartient. Cette découverte à proximité du domicile d’Alexander renforce les soupçons et fait craindre le pire pour la vie de la jeune femme. Les experts découvrent ensuite des traces de sang dans la voiture du suspect (sur le siège passager et dans le coffre) ainsi que des micro-traces lavées dans sa chambre et sa salle de bain. Les analyses de laboratoire confirment rapidement que ce sang appartient à Karen.
Confronté à ces découvertes lors d’un nouvel interrogatoire, Alexander modifie sa version. Il maintient que Karen est venue chez lui de son plein gré, mais ajoute qu’elle s’est accidentellement cogné la tête contre la tête de lit, provoquant un saignement. Pris de panique en voyant les avis de recherche le lendemain, il aurait transporté le matelas taché et les vêtements oubliés de la jeune femme dans une forêt pour les brûler. Cette explication paraît peu crédible aux enquêteurs, qui continuent d’analyser les caméras de surveillance pour reconstituer le parcours du véhicule la nuit des faits.
La chronologie établie montre que l’homme a dirigé sa voiture vers le domicile de Karen, mais s’est arrêté peu avant l’arrivée dans une rue déserte traversant un parc, sans trafic nocturne. La voiture y est restée stationnée durant 12 minutes et 46 secondes, avant de repartir vers le domicile du suspect. Il s’est également arrêté près du parc où les affaires de la victime ont été retrouvées, y passant 26 minutes. Pour la police, le scénario se précise : Alexander a probablement tué la jeune femme dans sa voiture durant l’arrêt dans la rue sombre. Il est alors placé en état d’arrestation. Dans ses poches, les policiers découvrent un ticket de caisse indiquant l’achat, le matin suivant la disparition à 09h42, de six litres de soude caustique, d’un masque de protection et de gants. D’autres vérifications révèlent l’achat ultérieur de soude supplémentaire, de déboucheur de canalisations, d’un grand baril en plastique et de deux cadenas. L’examen de son téléphone montre des recherches internet sur les propriétés de la soude caustique, confirmant une tentative de dissolution du corps.
Cependant, la soude caustique ne suffit pas à dissoudre entièrement un corps humain dans des conditions domestiques, ce qui implique que les restes doivent se trouver ailleurs. Après la médiatisation de l’arrestation, une connaissance d’Alexander contacte la police pour indiquer que le suspect louait autrefois un hangar dans une ferme rurale pour y stocker des affaires. Les policiers s’y rendent et le propriétaire confirme qu’Alexander est revenu louer le local quelques jours auparavant. En forçant le nouveau cadenas installé, les détectives découvrent un grand baril en plastique contenant le corps de Karen, recouvert de soude caustique et de déboucheur. Les produits chimiques n’ont causé que des dommages superficiels. L’autopsie révèle que la victime a reçu plus de dix coups à la tête avec un objet lourd, et que la cause de la mort est la strangulation. Des incisions profondes ont également été pratiquées après le décès.
Ramené en interrogatoire, Alexander change à nouveau ses déclarations. Il admet que la jeune femme est morte chez lui, mais évoque un accident. Selon lui, après s’être cogné la tête, la victime se serait mise en colère et l’aurait frappé au visage. Pris de rage, il aurait saisi une clé à molette et lui aurait asséné environ 13 coups avant de paniquer et de chercher à se débarrasser du corps. Cette version contredit les constatations physiques, notamment la strangulation, mais les preuves accumulées (vidéos, géolocalisation, témoignages) s’avèrent suffisantes pour le renvoyer devant la justice sans nécessiter ses aveux.
La version finale établie par les enquêteurs indique qu’Alexander a abordé Karen près du club alors qu’elle cherchait un taxi, lui proposant de la raccompagner. Sa théorie d’un accord pour aller chez lui est démentie par le trajet initial de la voiture en direction de l’appartement de la jeune femme. Il s’est ensuite arrêté dans la rue isolée pour la frapper avec une clé à molette et l’étrangler. Il a jeté ses affaires près du parc, a enveloppé le corps dans un drap pour l’apporter dans sa chambre, puis s’est endormi. Le lendemain matin, après ses recherches sur la soude, il a acheté les produits chimiques, placé le corps dans sa baignoire et pratiqué des incisions pour accélérer le processus. Son colocataire devant rentrer sous peu, et constatant l’inefficacité du produit, il a modifié son plan en achetant le baril et de nouveaux cadenas pour y transférer le corps et le transporter jusqu’au hangar de la ferme. Il a ensuite brûlé le matelas et le reste des affaires à proximité, fait nettoyer son véhicule et nettoyé son appartement.
Le mobile exact demeure inconnu, le suspect ne connaissant pas la victime et les experts n’ayant pas trouvé de traces d’agression sexuelle, ce qui suggère une volonté gratuite de tuer. Les investigations sur le passé d’Alexander révèlent qu’il est issu d’une famille aisée, mais que la faillite de l’entreprise paternelle durant son adolescence a dégradé son comportement. Devenu agressif, il quitte l’école à 17 ans et commet des délits, dont la falsification de billets de banque un an avant le meurtre. Plus grave encore, à l’âge de 17 ans en 2011, il avait été arrêté pour une tentative de viol sur une jeune femme de 24 ans à la sortie d’un club, selon un mode opératoire similaire. Il s’était proposé pour partager les frais de taxi avant de l’entraîner dans une ruelle sombre. Au tribunal, il avait soutenu que la jeune femme s’était montrée agressive envers lui, et les jurés l’avaient acquitté.
Les caméras de surveillance révèlent également que 30 minutes avant d’aborder Karen, Alexander suivait une autre femme en robe rose, se cachant derrière les voitures. Effrayée, celle-ci avait réussi à monter à temps dans un taxi, évitant ainsi de devenir sa victime. Ces éléments dépeignent le profil d’un agresseur compulsif qui aurait probablement continué ses actes s’il n’avait pas été arrêté.
Le procès débute en août 2015. Face aux preuves accablantes, Alexander Pacteau plaide coupable de meurtre, espérant une réduction de peine. Il indique aux enquêteurs avoir jeté la clé à molette dans un canal, sans exprimer de remords durant les audiences. Il est condamné à la prison à perpétuité, avec une période de sûreté minimale de 23 ans. L’université de Glasgow a décerné à titre posthume le diplôme d’ergothérapeute à Karen, remis à son père. En 2026, ce dernier confie aux journalistes qu’après une décennie, il a pardonné au meurtrier de sa fille et ne garde plus d’animosité envers lui.
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