Il y a des histoires mystérieuses que les montagnes gardent jalousement pour elles, enfouies profondément sous des couches de pierre ancienne et de terre brumeuse. Et puis, il y a ces autres histoires effrayantes, celles que les montagnes laissent échapper seulement lorsque les gens qui s’y trouvaient ont déjà été complètement engloutis. Avant que je ne vous raconte celle-ci dans ses moindres détails, je vous demande de me faire une petite faveur personnelle.
Regardez attentivement tout en bas dans la description de cette vidéo, puis jetez un œil au commentaire épinglé en haut de la page. Vous y trouverez un lien direct vers un document complexe que j’ai minutieusement assemblé et que j’ai nommé le Dossier des Appalaches. C’est une vaste collection de témoignages troublants qui ont été discrètement effacés des registres officiels américains entre les années 1843 et 1891.
Ce sont des rapports authentiques rédigés par des shérifs de comté, par des arpenteurs assidus, par des officiers de l’armée et par des médecins de campagne. Ces documents inestimables ont été brûlés, enfermés à double tour, ou réécrits par des hommes qui ont décidé que le grand public ne devait jamais les lire. Je les ai cherchés pendant des années, je les ai rassemblés avec patience, et maintenant, ils n’attendent plus que vous.
Donc, si ce que je suis sur le point de partager avec vous ce soir vous donne des frissons dans la nuque, n’hésitez pas. Allez visiter ce lien juste après avoir terminé de regarder cette vidéo jusqu’à la toute fin. Lisez attentivement tout ce qu’ils ont désespérément essayé de garder enterré dans l’oubli de l’histoire américaine.
Le lien se trouve dans la description de la vidéo, et je l’ai également placé dans le commentaire épinglé au sommet de la section des commentaires. Ne l’oubliez surtout pas, car ces documents prouvent que ce que je raconte n’est pas une simple fiction inventée pour faire peur. Maintenant, juste avant que nous ne commencions véritablement cette plongée dans les ténèbres, je veux vous demander quelque chose d’important.
Je veux que vous preniez un instant pour me dire dans les commentaires d’où vous écoutez cette histoire en ce moment même. Mentionnez la ville, la région, ou même le pays depuis lequel vous êtes connecté à cette diffusion nocturne. Je prends le temps de lire chacun d’entre eux, car il y a quelque chose de profondément rassurant à connaître la géographie de mon audience.
Savoir d’où viennent les personnes qui choisissent d’entrer dans une histoire aussi sombre avec moi rend la nuit beaucoup moins vide et solitaire. Alors, dites-le-moi dans les commentaires, puis installez-vous confortablement dans votre fauteuil, car la nuit s’annonce particulièrement longue. Ce que vous êtes sur le point d’entendre a été raconté tel quel à un jeune arpenteur au cours de l’automne glacial de 1887.
Ce récit lui a été confié par un vieil homme fatigué qui avait passé quatre-vingt-un ans de sa vie à observer silencieusement ces crêtes montagneuses. Ce vieil homme parlait d’une voix très basse, presque un murmure, craignant de réveiller les ombres environnantes. Il a raconté cette histoire une seule et unique fois, et il n’en a plus jamais reparlé jusqu’à son dernier souffle.
Le jeune arpenteur qui a écouté ce récit terrifiant s’appelait Wendell Crumrine, un homme pragmatique et rationnel. Il avait exactement trente-quatre ans cet automne-là, et c’était un homme de grande taille, avec une posture droite et fière. Il était grand et mince, de cette maigreur caractéristique des hommes qui marchent toute la journée pour gagner leur vie.
Il possédait une mâchoire longue et carrée, ainsi que des yeux d’un gris pâle qui semblaient toujours en train de mesurer la distance exacte entre les choses. Ses mains n’étaient pas les mains calleuses et rugueuses d’un fermier habitué à labourer la terre dure. Elles étaient douces le long des paumes, mais leurs extrémités étaient tachées de sombre par l’encre indélébile.
C’était l’aspect typique des mains d’un homme qui passe sa vie avec de l’encre, du mercure et de petits instruments en laiton. Ce métier d’arpenteur nécessitait une patience infinie et une précision mathématique que Wendell maîtrisait à la perfection. Il portait un lourd manteau de laine de la couleur d’une ardoise humide, conçu pour résister aux intempéries les plus rudes.
Il avait aussi un chapeau à larges bords qui avait subi tellement d’averses qu’il s’affaissait tristement sur le côté gauche. Ses pieds étaient protégés par une paire de bottes en cuir robuste qui avaient été ressemelées trois fois par le même cordonnier réputé de Frankfort. Wendell n’était absolument pas originaire de cette région montagneuse, et ses manières trahissaient ses origines urbaines.
Il avait grandi dans une ville plate, ordonnée et prévisible de l’Ohio, où les rues se croisaient à des angles parfaitement droits. Dans sa région natale, un homme pouvait voir le mauvais temps arriver à l’horizon pendant une demi-journée avant qu’il ne le frappe. Les montagnes massives et imprévisibles des Appalaches l’avaient profondément perturbé dès le premier jour où il y avait pénétré à cheval.
Il avait été engagé par une grande entreprise de spéculation charbonnière basée dans la lointaine ville de Philadelphie. On l’avait envoyé pour cartographier une vaste étendue de crêtes non revendiquées situées le long de la frontière sinueuse. Cette zone se trouvait exactement entre l’est du Kentucky et ce qui était alors encore appelé la Virginie-Occidentale.
La riche compagnie de Philadelphie voulait absolument savoir ce qui se cachait là-haut dans ces hauteurs inexplorées. Les dirigeants voulaient savoir si le bois des forêts valait la peine d’être abattu pour en tirer un profit commercial. Ils voulaient surtout savoir si les filons de charbon souterrains étaient suffisamment épais pour justifier le coût colossal de la construction d’un chemin de fer.
Wendell ne se souciait absolument pas de toutes ces considérations financières ou de l’exploitation industrielle de la nature. Il se souciait uniquement de faire son travail avec précision et de rentrer chez lui dans une petite chambre louée à Lexington. Là-bas, une femme douce nommée Verna venait parfois raccommoder ses chemises usées et s’asseoir avec lui pendant les longues soirées d’hiver.
Le territoire sauvage dans lequel on l’avait envoyé n’avait même pas de nom officiel sur les cartes détenues à Philadelphie. Les habitants locaux, le petit nombre d’entre eux qui vivaient isolés dans les creux sombres sous les crêtes, l’appelaient différemment. Ils nommaient cette zone le Coude de la Peau de Loutre, car un ruisseau la traversait en se courbant quatre fois, rappelant la forme d’un animal nageant.
Il y avait un minuscule campement établi au pied de la grande crête, à peine visible à travers les arbres denses. Ce n’était rien de plus qu’une poignée de cabanes en rondins regroupées autour d’un modeste magasin d’alimentation générale. Ce commerce rudimentaire était tenu par une veuve courageuse nommée Amelia Ashlock, une femme de cinquante-neuf ans au regard dur.
Elle avait déjà enterré deux maris dans cette terre rocailleuse et dirigeait son magasin avec une main de fer. Elle possédait l’autorité calme et inébranlable de quelqu’un qui a survécu à la plupart de ses propres disputes. Wendell a loué une petite chambre spartiate dans son grenier pour la somme modeste de deux dollars par semaine.
Il mangeait son pain de maïs rustique et son porc salé tous les matins avant que le jour ne se lève complètement. Il partait à cheval bien avant l’aube avec son théodolite, ses chaînes d’arpenteur et ses lourds carnets de notes. Tout son précieux matériel était sanglé sur le dos d’une mule grise à l’air perpétuellement triste, qui répondait au nom de Grizzle.
La toute première nuit qu’il a passée à dormir dans ce grenier exigu, il est resté éveillé pendant un très long moment. Il écoutait attentivement la vieille maison en bois travailler et se tasser sur ses fondations de pierre. Il y avait un son étrange qui provenait de quelque part à l’intérieur des murs épais de la bâtisse.
C’était un tapotement lent et régulier, comme un doigt osseux tambourinant délibérément sur du bois, qu’il n’arrivait pas à situer. Il a essayé de se convaincre que c’étaient simplement les poutres massives qui refroidissaient après la chaleur écrasante de la journée. Le lendemain matin, lorsqu’il a interrogé la veuve à ce sujet, elle n’a même pas daigné lever les yeux de sa cuisinière.
Elle a répondu :
« Ce n’est que la maison. »
Elle a ajouté :
« Les vieilles maisons se parlent à elles-mêmes dans l’obscurité. »
Elle a conclu :
« N’y prêtez aucune attention, monsieur Crumrine. »
Il n’y a prêté aucune attention, ou du moins, il a fait de son mieux pour ignorer ces bruits inquiétants. Pendant les dix premiers jours de son expédition, son travail de cartographie s’est déroulé sans le moindre accroc majeur. La crête était extrêmement raide et difficile à gravir, mais le terrain restait praticable pour un homme habitué à la marche.
Les arbres de cette forêt ancienne étaient vieux, composés principalement de chênes robustes et de caryers noueux. Il y avait aussi quelques immenses tulipiers qu’il estimait avoir plus de trois cents ans, à en juger par la circonférence de leurs troncs massifs. Il a vu des cerfs gracieux bondir à travers les fourrés, et une fois, il a même croisé un énorme ours noir.
L’ours a levé sa lourde tête, l’a regardé fixement pendant un long moment, puis s’est détourné avec une indifférence majestueuse. C’était comme si cet homme frêle avec ses instruments ne valait même pas la peine d’être mémorisé par la bête. Il a vu un renard roux traverser silencieusement le chemin un matin, portant quelque chose de sombre et de sanglant dans sa gueule.
Puis, il a fait une découverte troublante dans la boue molle sur la rive d’une petite source naturelle. Il a vu l’empreinte de ce qu’il a d’abord pris pour le pied nu d’un homme d’une taille véritablement gigantesque. Cette empreinte était nettement plus longue que sa propre botte de cuir, mais elle présentait des anomalies effrayantes.
Elle n’avait pas la voûte plantaire caractéristique d’un pied humain normal, et les orteils étaient beaucoup trop longs et trop espacés. Il est resté debout, figé sur place, et a regardé cette empreinte cauchemardesque pendant un très long moment. Il s’est finalement penché et a placé sa propre botte juste à côté de la trace imprimée dans la boue.
L’empreinte mystérieuse rendait sa grande botte d’homme adulte presque ridiculement petite en comparaison. Il s’est murmuré à lui-même que ce devait être un ours noir qui s’était brièvement dressé sur ses pattes arrière. Il s’est convaincu que la boue molle de la source avait simplement déformé la forme originale de l’empreinte animale.
Il s’est forcé à se redresser et a continué à marcher pour reprendre son travail d’arpentage comme si de rien n’était. Mais il n’a pas dessiné ni noté la présence de cette empreinte dans son précieux carnet de relevés. Et il n’a pas pris la peine de la mesurer avec précision, ce qui fut sa toute première concession à la peur.
C’est finalement le onzième jour qu’il a senti pour la première fois que les bois l’avaient remarqué. Il avait installé son délicat instrument d’optique sur un rebord plat de roche solide, surplombant le vide. Il se trouvait à peu près aux deux tiers de la hauteur sur la face ouest de l’imposante crête montagneuse.
La lumière de ce jour-là était plutôt bonne, sans être particulièrement éclatante ou chaleureuse. Le ciel avait pris la couleur morne d’un vieil étain usé, une teinte mince, uniforme et profondément mélancolique. Il n’y avait aucun reflet éblouissant dans l’air, mais il n’y avait pas non plus d’ombres réconfortantes sur le sol.
Il s’est penché avec concentration sur l’oculaire de son théodolite et a commencé à viser un repère spécifique. C’était un marqueur en bois qu’il avait lui-même planté la veille avec un maillet lourd. Et c’est exactement à cet instant précis qu’il a soudainement pris conscience du silence absolu qui venait de s’abattre.
Il s’est rendu compte que les bois derrière son dos étaient devenus d’un silence totalement anormal. Ce n’était pas le silence paisible des oiseaux qui s’installent pour dormir à la tombée du jour. C’était le silence pesant et terrifié des oiseaux qui fuient précipitamment une menace mortelle invisible.
Il s’est redressé d’un coup sec, abandonnant son instrument, les muscles de son dos soudainement tendus. Il a écouté de toutes ses forces, essayant de capter le moindre son dans cette immensité boisée. Il a tourné lentement sur lui-même, observant attentivement chaque arbre, chaque buisson et chaque ombre.
Il n’a rien vu d’anormal autour de lui, seulement le paysage habituel qu’il cartographiait depuis des jours. Les arbres anciens se dressaient immobiles, exactement comme ils se dressaient depuis des siècles avant son arrivée. Le vent frais glissait doucement à travers les feuilles mourantes de l’automne, de la même manière que le vent se déplace toujours.
Mais toutes les petites créatures vivantes, celles dont la présence forme la toile de fond sonore de la nature, avaient disparu. C’étaient ces petits animaux qu’un homme ne remarque jamais consciemment jusqu’à ce que leur bruit cesse brusquement. Wendell exerçait le métier d’arpenteur dans des régions isolées depuis onze longues années de sa vie.
Il avait travaillé dans les forêts du Michigan, dans les vallées des Carolines, et même dans le pays aride à l’ouest du Missouri. Il connaissait parfaitement le silence brutal qui s’installe lorsqu’un grand prédateur naturel se déplace dans les broussailles. Mais le silence qui l’enveloppait maintenant n’était absolument pas ce genre de silence naturel et prévisible.
Ce silence-ci était infiniment plus ancien, plus lourd, et il semblait totalement dépourvu de direction précise. Il était incapable de déterminer si la chose dont il était censé avoir si peur se trouvait devant ou derrière lui. Il ne pouvait pas savoir si elle planait au-dessus de sa tête ou si elle rampait en contrebas dans la vallée.
Il pouvait seulement ressentir, avec une certitude absolue et glaçante, qu’il était en train d’être mesuré et évalué. Après ce qui lui a semblé être une minute d’éternité, les petits sons familiers de la forêt sont finalement revenus. Un troglodyte a poussé son appel aigu depuis une branche proche, rompant le charme maléfique.
Un écureuil gris a commencé à gronder agressivement contre quelque chose qui se trouvait plus bas sur la pente. Wendell a laissé échapper un long souffle tremblant qu’il n’avait même pas réalisé qu’il retenait dans sa poitrine. Il est retourné en hâte à son travail, manipulant ses instruments avec des gestes légèrement saccadés.
Il s’est répété mentalement avec insistance que ce n’était absolument rien d’autre que son imagination fatiguée. Mais sur le chemin du retour, lors de la descente crépusculaire, il n’a cessé de jeter des regards anxieux. Il se surprenait sans cesse à regarder par-dessus son épaule gauche, s’attendant à voir une silhouette surgir des ombres.
Il n’a cessé de ne rien trouver dans l’obscurité grandissante, et ce vide perpétuel devenait une torture psychologique. L’acte de ne rien voir à maintes reprises était curieusement devenu bien pire que si une créature s’était réellement montrée. Cette nuit-là, de retour dans la chaleur relative de la modeste maison de la veuve Ashlock, il s’est décidé à parler.
Il lui a demandé d’un ton faussement désinvolte, tout en coupant son morceau de porc salé, si des incidents étaient survenus ici. Il voulait savoir si quelqu’un dans le campement avait déjà rencontré des ennuis particuliers sur cette crête montagneuse. La veuve a continué à mâcher sa nourriture avec une lenteur exaspérante, sans montrer la moindre surprise.
C’était une toute petite femme, mesurant à peine un mètre cinquante, avec une carrure frêle mais robuste. Elle possédait des cheveux gris fer brillants qu’elle portait toujours attachés en une longue tresse unique reposant sur son épaule gauche. Ses yeux sombres et perçants ne clignaient pas aussi souvent que les yeux de la plupart des gens normaux.
Elle a finalement terminé sa bouchée, l’avalant avec une gorgée d’eau, avant de poser doucement sa fourchette. Elle a posé ses couverts sur la table en bois usée et a regardé Wendell droit dans les yeux. Elle l’a fixé pendant ce qui a semblé être une éternité silencieuse avant de prendre la parole d’une voix grave.
Elle a déclaré :
« Monsieur Crumrine, il y a un homme à qui vous devriez vraiment parler avant de retourner là-haut. »
Elle a précisé :
« Il vit à environ quatre miles au sud d’ici, sur un lopin de terre aride dont personne d’autre ne voulait. »
Elle a ajouté :
« Il s’est installé là parce que sa cabane se trouve exactement à l’endroit où le ruisseau forme sa courbe la plus prononcée. »
Elle a continué son explication :
« Son nom est Aldous Deux-Hivers, un nom qui lui vient de ses ancêtres lointains. »
Elle a décrit ses origines :
« Il est en partie Cherokee par la lignée de sa mère, ce qui explique sa connaissance des plantes. »
Elle a baissé la voix :
« Mais il est en partie autre chose du côté de son père, quelque chose sur lequel personne ici n’a jamais pu s’accorder. »
Elle a poursuivi sa description :
« Cet homme est beaucoup plus vieux que quiconque dans cette vallée ne pourrait le concevoir. »
Elle a averti Wendell :
« Il n’est pas du genre à parler beaucoup, ni à se lier d’amitié avec des étrangers de passage. »
Elle a conclu avec insistance :
« Mais il connaît parfaitement les secrets de la crête, et si vous comptez y retourner, laissez-le vous dire ce qu’il sait. »
Wendell a hoché la tête lentement, assimilant les mots lourds de sens de la vieille femme expérimentée. Il lui a demandé d’une voix un peu plus hésitante à quel moment il devrait se rendre chez cet homme mystérieux. La veuve n’a pas hésité une seule seconde avant de lui formuler ses instructions précises et impératives.
Elle a ordonné :
« Vous irez demain matin, bien avant que la lumière du soleil ne commence à poindre à l’horizon. »
Elle a justifié cette exigence :
« Il apprécie particulièrement les heures matinales, avant que le monde ne s’éveille complètement. »
Wendell a compris que ce n’était pas une suggestion :
« Elle a prononcé ces mots avec l’autorité de quelqu’un qui n’acceptera aucune contradiction. »
Puis, la veuve a ajouté une dernière mise en garde silencieuse, presque comme une pensée après coup qui lui aurait échappé. Elle l’a regardé avec une intensité renouvelée, ses vieux yeux gris fixés sur l’âme du jeune arpenteur.
Elle a murmuré :
« Monsieur Crumrine, lorsqu’il vous racontera ce qu’il a à vous raconter, ne l’interrompez sous aucun prétexte. »
Elle a insisté :
« N’essayez surtout pas de faire de l’esprit ou de vous montrer plus intelligent que lui avec vos manières de citadin. »
Elle a conclu lugubrement :
« Ce n’est pas un homme avec qui l’on peut argumenter ; il a déjà enterré des argumentateurs bien meilleurs que vous. »
Wendell est parti à cheval vers l’endroit qu’elle avait décrit de manière si détaillée, bien avant que le soleil ne se lève. Le ciel était encore d’un noir d’encre lorsqu’il a entamé son voyage vers le sud, suivant le cours de l’eau. Le chemin forestier était extrêmement étroit, parsemé de racines traîtresses et de rochers glissants sous la rosée matinale.
Il a longé le ruisseau gargouillant pendant environ trois miles dans une obscurité presque totale, guidé seulement par le bruit de l’eau. Puis, selon les instructions, il a tourné vers le haut dans un petit ravin escarpé et dissimulé par la végétation. Il serait passé devant ce ravin une douzaine de fois sans jamais le remarquer si elle ne lui avait pas décrit le chêne tordu.
Ce chêne tordu servait de marqueur sinistre pour indiquer l’entrée du sentier secret menant à la cabane. Cet arbre était une chose véritablement étrange, une anomalie de la nature qui défiait toutes les lois de la croissance. Il poussait d’abord tout droit vers le haut depuis le sol spongieux sur une hauteur d’environ six pieds.
Puis, de manière inexplicable, le tronc se pliait à un angle droit brutal et poussait horizontalement sur dix pieds supplémentaires. Après cette extension latérale, il se pliait à nouveau violemment pour pointer directement vers le ciel nuageux. L’arbre entier ressemblait à un caractère gigantesque tracé dans un alphabet ancien et inquiétant que Wendell ne savait pas déchiffrer.
Tout en haut de ce ravin abrupt, le sentier s’ouvrait sur une petite clairière baignée par les premières lueurs grises de l’aube. Au beau milieu de cette clairière isolée se dressait une vieille cabane construite avec d’épais rondins équarris à la main. Le bois de la structure avait pris une teinte sombre et sinistre avec le passage inexorable du temps et des intempéries.
Un mince filet de fumée grise s’échappait de la cheminée en pierre et montait en une ligne parfaitement droite vers le ciel sans vent. Un gros chien aux origines indéterminées, avec un pelage hirsute et des yeux fatigués, était couché paresseusement sur le porche. L’animal a observé Wendell s’approcher au trot sur sa mule sans même prendre la peine d’émettre un seul aboiement.
La lourde porte en bois de la cabane s’est ouverte en grinçant avant même que Wendell n’ait eu le temps de mettre pied à terre. L’homme qui se tenait dans l’encadrement de la porte était exceptionnellement grand, bien plus grand que Wendell ne l’avait imaginé. Il possédait un visage long, étroit et buriné, dont la couleur rappelait celle du bois de cèdre vieilli par les éléments.
Ses cheveux, d’un blanc pur et éclatant, étaient nattés en deux longues tresses soignées qui descendaient bien au-delà de ses clavicules. Il portait une épaisse chemise en laine d’un rouge profond et délavé, dont les coudes étaient élimés par des années de frottements. Ses pantalons de laine foncée étaient maintenus par une large ceinture en cuir véritable, ornée d’une boucle en laiton terni.
Cette boucle avait été usée et polie jusqu’à devenir parfaitement lisse par des décennies d’utilisation quotidienne. Ses mains étaient absolument énormes, pas nécessairement musclées, mais simplement vastes, avec des doigts interminables et noueux. Ses larges paumes et ses jointures montraient des signes évidents de fractures anciennes qui n’avaient jamais été correctement réduites.
Il a dit d’une voix profonde :
« Vous êtes l’arpenteur de la ville. »
Wendell a répondu avec respect :
« Oui, monsieur, c’est exact. »
L’homme a fait un léger signe de la tête :
« Entrez donc, et attachez fermement votre mule au poteau près de l’auge. »
L’intérieur de la cabane était étonnamment chaud, contrastant violemment avec le froid mordant de l’aube automnale. L’air y sentait fortement la fumée de bois dur, mais aussi quelque chose d’autre, une odeur plus subtile et mystérieuse. C’était une senteur herbacée et légèrement amère, qui rappelait le parfum d’une infusion médicinale préparée à partir d’écorces séchées.
La cabane ne comportait qu’une seule et unique pièce, dominée par une grande cheminée en pierre où brûlaient des bûches rougeoyantes. On y trouvait une table en bois brut, deux chaises paillées, et un lit étroit glissé sous une petite fenêtre crasseuse. Des étagères fixées le long de l’un des murs étaient entièrement remplies de bocaux en verre et de petits ballots de plantes médicinales.
Il y avait également divers objets étranges disposés sur le manteau de la cheminée, des artefacts que Wendell fut incapable d’identifier. Il remarqua un petit morceau d’os animal poli jusqu’à devenir parfaitement lisse et brillant sous la lumière des flammes. À côté se trouvait une pierre ovale et plate, percée d’un trou parfaitement circulaire usé en plein centre de sa surface.
Il y avait aussi un ballot d’herbes sèches et odorantes, solidement attaché avec ce qui ressemblait fort à du crin de cheval tressé. L’homme s’est assis lourdement dans la chaise la plus proche du foyer crépitant, tendant ses grandes mains vers la chaleur. D’un simple geste de la main, il a indiqué à Wendell de prendre place sur l’autre chaise libre de l’autre côté du feu.
Il n’a fait aucun effort pour offrir à son invité de la nourriture, ni même une tasse d’eau chaude ou de thé. Il s’est contenté de rester assis là, dans un silence total, fixant Wendell avec une intensité déconcertante. Ses yeux étaient d’une couleur si sombre et profonde qu’ils paraissaient presque entièrement noirs dans la pénombre de la cabane, et il attendait.
Wendell, qui n’avait jamais été un homme à l’aise avec les silences prolongés, a immédiatement ressenti le besoin viscéral de combler ce vide. Il s’est mis à parler précipitamment, expliquant en détail qui il était, d’où il venait et pour qui il travaillait exactement. Il a détaillé sa mission sur la crête, les mesures qu’il prenait, et a fini par expliquer que la veuve Ashlock l’avait forcé à venir ici.
Le vieil homme a écouté tout ce long monologue ininterrompu sans jamais broncher ni montrer le moindre signe d’impatience. Lorsque Wendell a finalement épuisé son stock de mots nerveux et s’est tu, un lourd silence est retombé sur la pièce. L’homme est resté immobile pendant un autre long moment, son regard noir plongé au plus profond des braises dansantes.
Il a finalement déclaré d’une voix monocorde :
« Le peuple de ma mère appelait autrefois cette crête par un nom très ancien qui ne possède aucune traduction fidèle dans votre langue. »
Il a poursuivi :
« La signification la plus proche que je puisse vous donner dans votre dialecte est que ce nom signifie “l’endroit où la terre se souvient”. »
Il a ajouté, le regard toujours fixé sur le feu :
« Le peuple de mon père, qui a traversé cette région quand je n’étais qu’un petit garçon, l’appelait d’une manière différente, mais le sens profond était pratiquement le même. »
Il a expliqué le sens de ce nom :
« La terre se souvient éternellement parce que quelque chose y a été enterré jadis, quelque chose qui n’aurait absolument pas dû s’y trouver. »
Il a précisé l’ancienneté de la chose :
« Et cette chose repose sous la terre de cette montagne depuis bien plus longtemps que l’époque de la mère de la mère de ma mère. »
Il a lâché cette phrase glaçante :
« Ce qui est enterré là-haut n’est pas endormi ; la créature est simplement en train d’attendre patiemment son heure. »
Wendell a dégluti difficilement avant de demander :
« En train d’attendre quoi au juste ? »
L’homme nommé Aldous a lentement tourné la tête et a fixé le jeune arpenteur pendant un temps infiniment long. Ses yeux noirs semblaient sonder directement les peurs les plus enfouies dans l’esprit logique de l’homme de science.
Il a prononcé avec une sagesse amère :
« Vous êtes un homme dont la seule fonction est de mesurer les dimensions du monde matériel qui l’entoure. »
Il a décrit les actions de Wendell :
« Vous marchez sur la terre avec vos chaînes lourdes et vos instruments en laiton, et vous griffonnez des colonnes de chiffres sur du papier blanc. »
Il a pointé du doigt l’arrogance de l’arpenteur :
« Et vous croyez naïvement que lorsque vous avez couché tous ces chiffres sur le papier, vous avez soudainement compris l’âme véritable de l’endroit. »
Il a pris une profonde inspiration :
« Je vais vous raconter quelque chose d’insensé, et votre première réaction sera de vouloir rire de moi et de mes croyances primitives. »
Il a anticipé les pensées de Wendell :
« Vous allez ensuite vouloir écrire mes paroles dans votre carnet pour les ramener comme une fable amusante aux hommes riches de Philadelphie qui paient votre salaire. »
Il a formulé sa requête avec gravité :
« Je vous demande solennellement de ne faire absolument aucune de ces choses. »
Il a ordonné d’un ton calme mais implacable :
« Je vous demande de vous taire, de m’écouter attentivement, de ranger définitivement votre travail et de quitter cette région maudite avant que les dernières feuilles ne tombent des arbres. »
Il a révélé la terrible vérité :
« Vous avez marché sur cette crête pendant onze longs jours, et la forêt vous a finalement remarqué. »
Il a nuancé le danger immédiat :
« Heureusement pour vous, la chose n’a pas encore pris de décision définitive à votre sujet. »
Il a offert une porte de sortie :
« Si vous choisissez de faire vos bagages et de partir immédiatement, la montagne vous oubliera complètement d’ici la fin de la saison. »
Il a asséné l’avertissement final :
« Mais si vous vous obstinez à rester, elle ne vous oubliera pas. »
Wendell, malgré ses doutes, était un homme poli et bien élevé, donc il n’a pas ri au nez du vieil homme excentrique. Cependant, son esprit rationnel refusait catégoriquement de croire à une histoire aussi absurde impliquant des entités forestières vengeresses. En bon professionnel, il a demandé avec curiosité quelle était la nature exacte de cette mystérieuse “chose”.
Il a posé cette question simplement parce qu’il était un arpenteur jusqu’au bout des ongles. Et l’instinct fondamental d’un arpenteur est de toujours chercher à définir les dimensions exactes et la nature physique d’un problème donné. Aldous a fermé lentement les yeux pendant un instant, comme s’il essayait de puiser une force ancienne à travers une distance incommensurable.
Puis, il a rouvert les paupières, et avec une voix chargée de décennies de chagrin refoulé, il a commencé à parler. Il a parlé sans interruption pendant près de deux longues heures, tandis que le monde extérieur s’éveillait doucement. Et Wendell est resté figé sur cette chaise en bois, sans oser faire le moindre mouvement, captivé par la terreur des mots.
Le feu ardent s’est lentement consumé jusqu’à ne laisser que des braises rougeoyantes crépitant faiblement dans l’âtre noircie. La pâle lumière du matin a traversé la cabane, dessinant des ombres étirées qui ont balayé le plancher de gauche à droite. Et lorsque Aldous a finalement terminé son récit monstrueux, Wendell a eu la désagréable impression d’avoir vieilli de dix ans en une seule matinée.
Je vais maintenant vous raconter ce que le vieil homme solitaire a confié à l’arpenteur de la ville. Mais je vais vous le relater exactement de la même manière dont cette histoire m’a été transmise au fil de mes recherches. Ce ne sera pas un récit fluide d’un seul bloc, mais plutôt un assemblage des morceaux brisés qui ont réussi à survivre à l’épreuve du temps.
Il a dit en regardant le vide :
« Quand je n’étais qu’un enfant de quatre ans, en l’an 1843, ma pauvre mère m’a emmené avec elle tout en haut sur la crête montagneuse. »
Il a expliqué la raison de cette excursion :
« Nous y étions allés pour récolter une variété très spécifique de racine médicinale qui ne pousse exclusivement que sur les pentes abruptes orientées vers le nord. »
Il s’est remémoré la scène :
« Je me souviens de cette journée avec une clarté absolue, car ce fut le jour maudit où j’ai posé les yeux pour la première fois sur ce qui vit là-haut. »
Il a décrit le contexte :
« Nous avions marché sans relâche pendant presque toute la matinée, et le soleil brillait ardemment, haut dans le ciel immaculé. »
Il a évoqué l’état d’avancement de leur tâche :
« Ma mère, courbée sur la terre, avait déjà réussi à remplir la moitié de son panier tissé avec ces précieuses racines amères. »
Il a raconté sa fatigue d’enfant :
« J’étais épuisé par l’ascension, alors je m’étais assis lourdement sur un vieux tronc d’arbre pourri pour reposer mes petites jambes. »
Il s’est souvenu des ordres maternels :
« Elle m’avait strictement ordonné de rester parfaitement immobile et de ne surtout pas m’éloigner pendant qu’elle continuait sa récolte un peu plus haut sur la pente escarpée. »
Il a décrit l’attente :
« Je suis resté assis sur ce tronc moisi pendant ce qui m’a semblé être une éternité pour un jeune garçon plein d’énergie. »
Il a révélé le changement d’atmosphère :
« Et c’est alors que j’ai soudainement remarqué que tous les bruits familiers des bois s’étaient éteints, remplacés par un silence absolu et terrifiant. »
Il a décrit la sensation oppressante :
« Je l’ai ressenti dans mes os avant même de le voir avec mes yeux. »
Il a utilisé une métaphore pour expliquer ce sentiment :
« Je l’ai ressenti exactement de la même manière dont vous sentez viscéralement que quelqu’un vous observe secrètement dans une pièce que vous pensiez pourtant totalement vide. »
Il a décrit son mouvement :
« J’ai tourné ma tête avec une lenteur extrême, l’angoisse nouant mon ventre, et j’ai regardé à travers l’espace vide situé entre deux chênes centenaires. »
Il a pointé la distance :
« Ces deux arbres se trouvaient à environ trente pas de l’endroit précis où j’étais sagement assis. »
Il a révélé la présence :
« Et là, il y avait quelque chose d’innommable qui se tenait debout, parfaitement immobile, et qui me regardait fixement en retour. »
Il a prévenu Wendell :
« Je ne vais vous décrire l’apparence de cette chose qu’une seule et unique fois. »
Il a expliqué pourquoi :
« Parce que ce n’est pas le genre de chose maléfique qui devrait être décrite plus d’une fois au cours d’une seule et même conversation entre hommes vivants. »
Il a commencé la description physique :
« C’était immense, bien plus grand et élancé que ne pourrait l’être l’homme le plus grand que vous ayez jamais rencontré. »
Il a détaillé l’anatomie contre nature :
« Sa silhouette était fine et émaciée, d’une manière morbide qui prouvait qu’aucune créature vivante ne devrait jamais posséder une telle maigreur squelettique. »
Il a parlé de ses membres difformes :
« La chose possédait des bras d’une longueur obscène qui pendaient mollement bien en dessous de l’endroit où ses genoux auraient dû se trouver. »
Il a décrit la texture de la surface :
« Sa peau rugueuse avait exactement la même couleur maladive qu’une écorce d’arbre pourrie et détrempée par des semaines de pluie ininterrompue. »
Il a nié la nature biologique :
« Mais ce n’était absolument pas de la peau au sens biologique où vous et moi possédons de la peau recouvrant notre chair. »
Il a tenté de définir la matière :
« C’était complètement autre chose, comme une matière organique morte que la forêt elle-même aurait fait pousser autour d’une forme impie qui n’appartenait pas à ce monde. »
Il a décrit la posture :
« Sa tête difforme était curieusement penchée vers l’avant, suspendue au bout d’un cou trop long, comme sous le poids d’une gravité invisible. »
Il a parlé de ses yeux :
« Ses yeux étaient profondément enfoncés dans ses orbites sombres, brillant faiblement avec la couleur jaunâtre d’un vieil ambre poussiéreux. »
Il a révélé le détail le plus terrifiant :
« Et la créature souriait d’une manière indescriptible. »
Il a distingué ce sourire de celui d’un animal :
« Ce n’était pas le genre de rictus menaçant qu’arbore un loup sauvage lorsqu’il retrousse les babines pour montrer ses crocs acérés. »
Il a comparé ce sourire à un comportement humain psychopathe :
« C’était le sourire sadique et calculateur qu’arbore un homme cruel lorsqu’il s’apprête à vous poser une question dont il connaît déjà parfaitement la réponse dévastatrice. »
Je veux que vous preniez tous une profonde inspiration de soulagement ici même. Certains d’entre vous qui écoutent attentivement mes paroles ont probablement déjà ressenti le poids vicieux de ce genre de sourire manipulateur quelque part au cours de leur vie. Vous savez donc exactement, viscéralement, de quel genre de sourire carnassier ce vieil homme est en train de parler.
Dites-moi dans les commentaires de cette vidéo si vous avez déjà croisé la route d’une personne toxique ou ressenti une présence invisible qui vous a souri de cette manière condescendante. Ce fameux sourire glaçant de celui qui sait que vous êtes piégé, ce sourire qui dévore la confiance en soi. Je lis chaque commentaire que vous prenez le temps d’écrire, alors prenez tout votre temps pour formuler vos pensées et vos souvenirs.
Et pendant que vous tapez frénétiquement sur vos claviers, permettez-moi de vous dire une chose supplémentaire très importante avant que nous ne reprenions le fil de cette histoire macabre. Cette histoire troublante que vous écoutez en ce moment même est racontée directement par la peur irrationnelle qui se cache juste derrière vous. Si vous l’écoutez sur ma chaîne officielle, je vous en remercie du fond du cœur.
Et s’il vous plaît, abonnez-vous à la chaîne, car nous continuons à publier ces témoignages incroyables un par un, semaine après semaine. Tous ces récits sont scrupuleusement tirés de registres officiels bien réels et de témoignages historiques authentifiés par mes propres recherches approfondies. Si par malheur vous écoutez cette histoire terrifiante sur une chaîne totalement différente, racontée avec une voix différente ou sous un titre racoleur, c’est un vol.
Cela signifie que quelqu’un sans aucun scrupule nous a purement et simplement volé notre dur labeur intellectuel. Je vous demanderais alors gentiment de signaler cette chaîne malhonnête aux autorités de la plateforme et de venir nous retrouver sur notre chaîne originale. Nous travaillons avec acharnement sur ces dossiers complexes, et nous essayons toujours de les présenter correctement et avec le plus grand respect.
Merci encore d’être présents et de soutenir ce projet historique d’envergure. Maintenant, retournons mentalement dans cette cabane enfumée du Kentucky, où le vieil Aldous Deux-Hivers est toujours assis lourdement en face d’un arpenteur sceptique. Cet arpenteur qui ne comprend pas encore qu’il est en train d’être mis en garde pour sauver sa propre vie misérable.
Aldous a continué son récit avec une précision effrayante :
« Ma mère est redescendue en courant le long de la pente escarpée exactement à ce moment précis, les mains pleines de racines. »
Il a décrit sa réaction initiale :
« Elle a vu l’expression de terreur absolue gravée sur mon visage d’enfant, et elle a eu l’instinct vital de ne surtout pas regarder en direction de l’endroit que je fixais. »
Il a raconté ses gestes :
« Elle a attrapé ma petite main avec une force désespérée, broyant presque mes doigts osseux. »
Il a répété ses ordres chuchotés :
« Elle a murmuré d’une voix tremblante mais autoritaire : “Ne tourne surtout pas la tête, ne cours sous aucun prétexte, contente-toi de marcher tranquillement avec moi.” »
Il a décrit leur retraite :
« Et nous avons marché très lentement, rebroussant chemin par là où nous étions venus plus tôt dans la matinée ensoleillée. »
Il a mentionné le chant protecteur :
« Tout au long de cette descente interminable, elle a chanté doucement entre ses dents serrées, presque comme une prière désespérée. »
Il a précisé la nature de la chanson :
« C’était une très vieille mélodie rituelle que sa propre grand-mère Cherokee lui avait autrefois enseignée dans le plus grand secret. »
Il a avoué son ignorance :
« C’était une complainte mystérieuse composée de syllabes étranges et de mots archaïques que je ne pouvais absolument pas comprendre à mon âge. »
Il a décrit la fin de leur fuite :
« Nous n’avons pas arrêté de marcher avec cette lenteur calculée jusqu’à ce que nous soyons enfin de retour à l’intérieur de notre propre cabane. »
Il a raconté l’effondrement de sa mère :
« Et une fois que nous fûmes à l’intérieur, avec la lourde porte en chêne solidement barricadée, ma mère s’est laissée tomber sur le plancher brut. »
Il a décrit sa détresse :
« Elle a éclaté en sanglots convulsifs, pleurant à chaudes larmes, une chose que je ne l’avais encore jamais vue faire auparavant dans toute ma jeune vie. »
Il a rapporté ses paroles de désespoir :
« Elle a gémi entre ses larmes : “Oh Aldous, cette chose infâme t’a vu, et maintenant elle connaît parfaitement ton visage.” »
Il a énoncé l’interdit absolu :
« Elle m’a fait promettre ceci : “Tu ne dois plus jamais remonter sur cette crête maudite tout seul, que ce soit en tant que jeune homme vigoureux ou en tant que vieillard fragile… jamais seul.” »
Il a continué :
« Ma mère m’a raconté cette nuit-là, à la lueur tremblotante de la bougie, une vieille légende que sa grand-mère lui avait transmise. »
Il a dévoilé la légende :
« L’histoire affirmait qu’il y avait autrefois des peuples fiers et puissants vivant dans ces montagnes grandioses. »
Il a précisé la chronologie :
« Ils étaient là bien avant que les peuples qui allaient plus tard être appelés les fiers Cherokee ne viennent s’y installer. »
Il a souligné l’ancienneté :
« Ils étaient là avant les peuples qui les avaient précédés, et même avant les tribus qui avaient précédé ces derniers. »
Il a décrit ces ancêtres lointains :
« C’étaient des gens d’une antiquité si vertigineuse que les langues complexes qu’ils parlaient n’avaient pas été prononcées à l’air libre depuis plus d’un millier d’années de l’histoire humaine. »
Il a expliqué leur relation avec la créature :
« Ces anciens peuples connaissaient parfaitement l’existence de la chose monstrueuse qui rôdait sur la crête montagneuse. »
Il a clarifié leur attitude :
« Ils ne commettaient pas l’erreur de l’adorer comme une divinité païenne, et ils n’étaient pas non plus assez stupides pour essayer de la combattre par la force physique. »
Il a révélé le pacte :
« Au lieu de cela, ils avaient réussi, par des moyens occultes, à négocier un sombre marché avec elle. »
Il a parlé de l’enfouissement :
« Ils avaient enterré quelque chose d’infiniment précieux et dangereux en même temps qu’elle, tout au fond de la terre noire de la haute prairie isolée. »
Il a décrit les termes du pacte :
« Ils avaient conclu un accord solennel, garanti par des rituels sanglants, stipulant que cet accord ne pourrait jamais être brisé par aucune des deux parties. »
Il a explicité la condition :
« La règle était simple : tant que ce qui avait été secrètement enterré restait enfoui sous la terre, la chose sur la crête resterait confinée dans son domaine sylvestre. »
Il a évoqué la transmission de ce savoir :
« Il m’a dit : “Ma mère m’a avoué que sa propre grand-mère lui avait révélé le vice caché de ce marché ancien.” »
Il a révélé la faille :
« “L’accord mystique ne devait malheureusement pas durer pour l’éternité des temps.” »
Il a conclu sur l’état de la magie :
« “L’enchantement ne tenait que pour le temps où la terre se souviendrait de la promesse, et tragiquement, la vieille terre commençait lentement à oublier.” »
Aldous a fait une longue pause à ce moment crucial de son récit. Il s’est versé avec précaution une petite tasse d’eau glacée provenant d’un vieux pichet en argile poreuse posé sur la table. Il l’a bue à petites gorgées lentes et mesurées, savourant la fraîcheur liquide sur sa langue sèche, puis il a reposé la tasse en céramique avec un bruit sec.
Il a repris la parole avec gravité :
« J’ai vécu dans cette région reculée pendant quatre-vingt-un ans, observant les saisons défiler. »
Il a affirmé son obéissance :
« J’ai suivi scrupuleusement les instructions vitales que ma mère m’avait données dans ma jeunesse. »
Il a énuméré ses précautions :
« Je ne suis monté sur la crête qu’en compagnie d’autres hommes armés, uniquement en plein jour, et je n’y suis jamais allé pendant les tristes saisons où les feuilles rougissent et meurent. »
Il a résumé son attitude :
« J’ai été extrêmement prudent et respectueux des lois invisibles de la forêt tout au long de mon existence terrestre. »
Il a exprimé son chagrin accumulé :
« Et pourtant, au cours de ces quatre-vingt-une longues années, j’ai vu disparaître de nombreux voisins de la vallée. »
Il a ajouté avec tristesse :
« J’ai tragiquement perdu des amis chers avec qui j’avais partagé le pain et le sel de ma table. »
Il a évoqué son rôle funèbre :
« J’ai dû, à maintes reprises, aider à enterrer les restes pitoyables de fiers hommes qui avaient refusé d’écouter les avertissements sincères que je leur avais prodigués. »
Il a commencé à lister les victimes :
« Il y avait ce chasseur arrogant nommé Obed Stillwagon, qui s’est aventuré là-haut au cours de l’automne glacial de 1859. »
Il a décrit la personnalité d’Obed :
« C’était un homme extraordinairement sûr de lui, doté d’une fierté démesurée et d’un ego surdimensionné. »
Il a justifié cette fierté :
« Il se vantait d’avoir tué trois grizzlis féroces au cours de sa vie d’aventurier, et il était intimement convaincu que rien dans ces bois sombres ne pouvait lui résister ou le prendre par surprise. »
Il a rappelé leurs tentatives de dissuasion :
« Nous avions fait tout notre possible pour le convaincre de ne pas y aller, le suppliant de rester dans la vallée en sécurité. »
Il a rapporté la réaction d’Obed :
« Il s’est contenté de rire grassement de nos peurs enfantines. »
Il a cité les paroles du chasseur :
« Il a clamé haut et fort que nous, les vieux de la vallée, invitions toutes ces fables ridicules uniquement pour empêcher les étrangers de braconner sur nos prétendus bons terrains de chasse. »
Il a décrit le départ d’Obed :
« Il est monté sur la crête un matin d’octobre froid et dégagé, armé de son lourd fusil de chasse, accompagné de son chien fidèle, et portant une sacoche remplie de viande séchée de qualité. »
Il a relaté la macabre découverte :
« Nous avons finalement retrouvé son précieux fusil abandonné trois longs jours plus tard, tout au pied de la pente rocheuse de la crête. »
Il a décrit la scène incongrue :
« L’arme mortelle était simplement appuyée contre le tronc d’un arbre, comme si le chasseur expérimenté l’avait posée un instant pour refaire le lacet défait de sa botte en cuir. »
Il a parlé du manteau :
« Et son lourd manteau de laine était soigneusement plié juste à côté de l’arme silencieuse. »
Il a souligné le détail troublant :
« Fait absolument incompréhensible, les boutons de cuivre du manteau étaient encore tous méticuleusement boutonnés dans leurs boutonnières respectives. »
Il a confirmé les pertes :
« Nous n’avons retrouvé aucune trace physique de son corps dans les bois environnants. »
Il a ajouté :
« Nous n’avons pas non plus retrouvé le moindre poil de son chien de chasse pourtant féroce et loyal. »
Il a avoué ce qui les hantait le plus :
« La chose qui nous a le plus profondément troublés, et qui me hante encore aujourd’hui, c’est l’état du manteau abandonné. »
Il a expliqué l’incohérence :
« Un homme pris de panique et en pleine fuite éperdue ne s’arrête jamais pour plier délicatement son manteau d’hiver. »
Il a écarté l’hypothèse animale :
« Un homme surpris et sauvagement attaqué par un ours noir affamé n’aurait physiquement pas le temps de réaliser un tel acte de rangement méticuleux. »
Il a décrit l’arrangement maniaque :
« Le lourd manteau avait été plié avec un soin maniaque, les manches épaisses soigneusement rentrées en dessous pour former un carré parfait. »
Il a comparé l’action :
« Il était plié de la même manière qu’une femme d’intérieur méticuleuse plie consciencieusement un vêtement propre pour le ranger dans une armoire pour l’hiver suivant. »
Il a interprété le message macabre :
« C’était exactement comme si quelque chose d’indicible l’avait ramassé bien après qu’Obed ait été emporté. »
Il a imaginé la scène :
« La chose l’avait ensuite déposé bien en évidence à un endroit où elle était absolument certaine que nous le trouverions lors de nos battues. »
Il a conclu sur l’intention diabolique :
« Et elle l’avait arrangé de cette manière obscène dans le seul et unique but d’afficher une fausse courtoisie pour notre soi-disant réconfort moral. »
Il est passé à la victime suivante :
« Il y eut ensuite un prédicateur itinérant pieux nommé Jeremiah Callaway, qui chevaucha jusqu’à cette crête en l’an de grâce 1871. »
Il a expliqué le but religieux :
« Il y allait dans l’intention de prier avec ferveur pour purifier l’endroit, car il avait entendu les horribles rumeurs locales. »
Il a souligné la confiance du prêtre :
« Il croyait fermement que sa foi inébranlable en Dieu serait une armure spirituelle suffisante pour le protéger de n’importe quel mal païen. »
Il a loué le caractère de l’homme :
« C’était un homme foncièrement sérieux, profondément gentil et compatissant. »
Il a affirmé sa sincérité :
« Je ne dis pas cela à la légère ou par simple courtoisie envers les morts, car je le connaissais personnellement et j’appréciais sa compagnie. »
Il a rappelé un souvenir commun :
« Je m’étais assis à ses côtés lors de funérailles poignantes dans le campement miséreux. »
Il a mentionné un sermon particulier :
« Je l’avais écouté prêcher un service funéraire bouleversant pour un de mes vieux amis qui avait malheureusement succombé au froid d’un hiver particulièrement rigoureux. »
Il a partagé son opinion passée :
« Et je m’étais alors dit en l’écoutant : “Voici un homme droit qui a lu les Saintes Écritures et qui y croit du plus profond de son âme.” »
Il a relaté leur dernière rencontre :
« Jeremiah était venu me voir directement dans ma cabane la veille de son funeste départ vers les hauteurs maudites. »
Il a décrit la conversation :
« Il m’avait annoncé avec une détermination calme quelles étaient ses intentions divines concernant la purification de la crête corrompue. »
Il a rapporté sa supplique :
« Je l’avais supplié d’attendre au moins jusqu’à l’arrivée du printemps salvateur. »
Il a expliqué la raison stratégique :
« Je lui avais dit d’attendre que les jours soient plus longs et que le feuillage des bois ne soit pas encore assez dense pour cacher les ombres mortelles. »
Il a cité la réponse fataliste du prêtre :
« Il m’avait répondu avec un sourire triste : “Frère, le Seigneur Tout-Puissant n’attend pas que les saisons soient clémentes pour accomplir Son œuvre, et moi non plus.” »
Il a indiqué le jour du départ :
« Il a courageusement entamé son ascension de la montagne un mardi matin baigné de rosée fraîche. »
Il a décrit la première découverte :
« Nous avons retrouvé son pauvre cheval grelottant de peur trois longs jours plus tard. »
Il a décrit l’état de l’animal :
« La bête se tenait immobile au milieu du courant glacé du ruisseau, la lourde selle en cuir encore attachée sur son dos frissonnant. »
Il a ajouté le détail lugubre :
« Les longues rênes de cuir traînaient lamentablement dans l’eau boueuse, entraînées par le courant rapide. »
Il a parlé du livre sacré :
« Nous avons ensuite retrouvé sa précieuse Bible personnelle posée délicatement sur un rocher plat, en plein milieu du sentier forestier menant au sommet. »
Il a décrit l’état du livre :
« Le livre sacré était ouvert à une page spécifique que le malheureux prédicateur avait préalablement marquée d’un ruban usé. »
Il a détaillé la profanation :
« Mais la fine page de papier biblique avait été repliée vers l’arrière avec une force d’une violence inouïe. »
Il a souligné la brutalité du geste :
« La pression exercée avait été si brutale et si peu naturelle que le papier fin s’était presque entièrement déchiré à la pliure de la reliure. »
Il a révélé le texte :
« La page profanée de manière si agressive était celle du Psaume numéro 23. »
Il a identifié le verset spécifique :
« Le verset précis qui avait été écrasé sous la pliure était celui qui parle de la sombre vallée de l’ombre de la mort. »
Il a confirmé l’absence de corps :
« Nous ne l’avons jamais retrouvé non plus, pas même un bouton de sa soutane noire n’a été découvert dans les bois environnants. »
Il a partagé une rumeur persistante :
« Il y a pourtant certaines personnes dans la vallée qui jurent que lors de certaines soirées étouffantes d’été, des phénomènes étranges se produisent. »
Il a précisé les conditions atmosphériques :
« Surtout lorsque le vent chaud souffle directement en provenance de l’ouest, descendant de la montagne obscure. »
Il a décrit le phénomène auditif :
« Ces personnes affirment que l’on peut alors entendre, de manière extrêmement faible, la voix d’un homme chantant à tue-tête un vieux cantique. »
Il a localisé le son :
« La voix fantomatique semble provenir de quelque part très loin là-haut, sur l’herbe desséchée de la haute prairie interdite. »
Il a identifié la mélodie :
« Et le cantique mélancolique qui est chanté par la voix portée par le vent est toujours invariablement le même. »
Il a relié le chant au prêtre :
« C’est toujours ce cantique bien précis que feu Jeremiah Callaway avait l’habitude de chanter à pleine voix juste avant de commencer ses sermons enflammés. »
Il a conclu sur la peur collective :
« Et, bien évidemment, aucune des personnes terrorisées qui ont affirmé avoir entendu ce chant spectral n’a jamais osé remonter là-haut pour vérifier. »
Il a poursuivi avec un autre drame :
« Il y eut ensuite un jeune homme ambitieux, un tailleur de pierre qualifié venu d’au-delà de la montagne voisine. »
Il a donné son nom :
« Il s’appelait Cyprien Whitlow, et il est monté là-haut en l’année 1883 en compagnie d’un ami fidèle. »
Il a expliqué le but de leur expédition :
« Ils étaient à la recherche d’un affleurement rocheux prometteur pour y établir une nouvelle carrière de pierre de taille profitable. »
Il a relaté le retour partiel :
« Son ami est redescendu de la montagne ce soir-là, livide, tremblant et couvert de sueur froide. »
Il a constaté la disparition :
« Le malheureux Cyprien, quant à lui, n’est jamais redescendu de la crête rocailleuse de toute sa vie écourtée. »
Il a décrit le survivant :
« L’ami en question, un homme robuste dont le nom était Ansel Marrowbone, a refusé catégoriquement de prononcer un seul mot sur ce qui s’était passé là-haut dans l’isolement minéral. »
Il a raconté la fuite du survivant :
« Il a fait ses maigres bagages et a quitté définitivement la région moins d’une courte semaine après le terrible incident inexpliqué. »
Il a mentionné la triste fin de l’ami :
« Les dernières rumeurs fiables à son sujet indiquaient qu’il avait échoué dans les bas-fonds de la ville de Saint-Louis. »
Il a conclu son sort :
« On raconte qu’il y est lamentablement mort d’épuisement et d’abus d’alcool à peine deux ans plus tard, cherchant vainement à oublier ses cauchemars éveillés. »
Il a rapporté la visite nocturne :
« Mais juste avant de fuir lâchement le comté, Ansel est venu frapper à la porte de ma cabane par une nuit d’orage particulièrement sombre. »
Il a situé la scène :
« Il est entré et s’est effondré avec lourdeur sur la chaise en bois massif sur laquelle vous êtes assis en ce moment même, monsieur Crumrine. »
Il a décrit l’apparence physique du visiteur :
« C’était un homme brisé qui n’avait visiblement pas réussi à fermer l’œil ni à trouver le moindre repos depuis quatre longs jours et quatre longues nuits, et son visage ravagé le montrait clairement. »
Il a raconté la consommation d’Ansel :
« Il a bu d’un trait trois grandes tasses brûlantes d’un thé noir extrêmement fort que je lui avais préparé avec soin. »
Il a décrit son regard :
« Il a ensuite fixé intensément les flammes dansantes de mon feu de cheminée avec des yeux injectés de sang et agrandis par la folie naissante. »
Il a rapporté les paroles d’Ansel :
« Il a murmuré d’une voix rauque : “Monsieur Deux-Hivers, je suis dans l’incapacité absolue de vous décrire l’horreur indicible que mes yeux ont contemplée là-haut sur la crête.” »
Il a expliqué son silence :
« “Je ne peux pas vous la décrire car je sais que si je prononce les mots maudits, vous finirez par la voir aussi dans vos cauchemars.” »
Il a justifié son refus de détailler :
« “Et je ne souhaiterais jamais imposer un tel fardeau psychologique à n’importe quel homme vivant sur cette terre, pas même à mon pire ennemi mortel.” »
Il a formulé sa maigre confession :
« “La seule et unique chose que je consens à vous révéler est la suivante pour que vous compreniez l’ampleur du désastre.” »
Il a situé le lieu de l’horreur :
« “Nous étions arrivés sur l’herbe rase de la grande prairie d’altitude balayée par les vents froids de l’ouest montagneux.” »
Il a raconté la séparation fatale :
« “Cyprien avait pris un peu d’avance sur moi pour aller examiner de plus près une face rocheuse très prometteuse pour notre projet de carrière de pierre de taille artisanale.” »
Il a expliqué son retard :
« “J’étais sagement resté en arrière, près d’un bosquet d’arbres rabougris, pour prendre le temps de bourrer tranquillement ma vieille pipe en terre cuite.” »
Il a décrit l’anomalie auditive :
« “C’est alors que je l’ai entendu m’appeler depuis les rochers éloignés, mais sa voix familière n’était absolument pas normale et ne sonnait pas juste à mes oreilles expérimentées.” »
Il a détaillé l’imitation :
« “Le timbre de la voix était indubitablement celui de mon ami Cyprien, il n’y avait aucun doute là-dessus.” »
Il a souligné le défaut d’articulation :
« “Mais cette voix prononçait mon prénom d’une manière incroyablement maladroite et hésitante que le vrai Cyprien n’avait jamais utilisée de toute sa vie d’adulte conscient.” »
Il a comparé la diction :
« “Cela sonnait exactement comme si la chose invisible qui parlait à travers sa voix n’avait appris l’existence de ce mot précis que quelques secondes auparavant, comme un perroquet macabre essayant vainement de mimer la phonétique humaine.” »
Il a décrit sa réaction instinctive de survie animale :
« “Je n’ai pas répondu au faux appel, je suis resté figé sur place, parfaitement immobile, la respiration suspendue.” »
Il a raconté la répétition terrifiante de la ruse :
« “J’ai entendu la voix m’appeler à nouveau, puis encore une fois, inlassablement, depuis le brouillard minéral.” »
Il a noté l’amélioration de l’imitation diabolique :
« “Et à chaque nouvelle tentative désespérée, la voix monstrueuse devenait un peu plus habile et naturelle à prononcer les syllabes de mon pauvre nom.” »
Il a chiffré le nombre de tentatives nécessaires :
« “À la cinquième tentative d’appel vocal à travers le vide, l’illusion était devenue si parfaite qu’elle sonnait presque exactement comme lui dans ses meilleurs jours d’insouciance.” »
Il a décrit sa fuite éperdue :
« “C’est à cet instant précis que j’ai lentement fait demi-tour sur le sentier boueux.” »
Il a ajouté :
« “Et je suis descendu en marchant rapidement de cette foutue prairie maudite sans jamais oser jeter un seul regard par-dessus mon épaule gauche, terrorisé à l’idée de croiser le regard de cette abomination imitatrice.” »
Il a conclu sur ses insomnies :
« “Et je vous jure solennellement que je n’ai pas pu fermer l’œil une seule seconde depuis cette journée tragique sur la crête rocheuse de l’enfer.” »
Il a rapporté la prière finale d’Ansel :
« Il s’est alors tourné vers moi avec des larmes dans les yeux et m’a dit d’une voix brisée par l’horreur absolue : “Monsieur Deux-Hivers, je vous en supplie, ne laissez plus jamais personne monter sur cette prairie d’altitude, sous aucun prétexte, qu’il s’agisse d’argent ou de science aveugle.” »
Il a décrit le départ précipité :
« Puis, il s’est brutalement levé de la chaise en bois, repoussant la table, et il est sorti en titubant de ma modeste cabane de rondins pour se perdre dans la tempête nocturne. »
Il a conclu l’histoire du tailleur de pierre :
« Et je n’ai plus jamais revu son visage ravagé par la peur depuis cette nuit-là. »
Wendell est resté d’une immobilité de statue de marbre pendant toute la durée incroyable de ce récit cauchemardesque. Le feu qui flambait vivement dans l’âtre s’était lentement consumé jusqu’à ne devenir qu’un tas de cendres grisâtres et tièdes. L’odeur végétale et herbacée à l’intérieur de la cabane étouffante était devenue curieusement beaucoup plus forte et persistante.
C’était exactement comme si la chaleur résiduelle du foyer avait lentement extrait les essences volatiles des nombreux bouquets séchés accrochés au mur. Il a finalement demandé d’une voix serrée qui n’était pas tout à fait aussi stable qu’il l’aurait fermement souhaité dans des circonstances normales d’entretien.
Il a demandé d’une voix blanche :
« Qu’est-ce que c’est que cette chose ? »
Il a insisté sur la nature de la bête :
« Je veux savoir ce qu’est véritablement cette chose immonde ? »
Aldous a répondu avec une sincérité désarmante :
« Je ne sais absolument pas ce que c’est réellement, monsieur l’arpenteur de la ville. »
Il a ajouté avec conviction :
« Et je crois fermement au fond de mon âme qu’aucun être humain vivant sur cette terre ne connaît sa véritable nature biologique ou démoniaque. »
Il a cité le savoir maternel :
« Ma pauvre mère m’a toujours répété que cette chose répugnante était infiniment plus vieille que les tout premiers peuples autochtones qui se sont aventurés dans ces montagnes sauvages pour y chasser. »
Il a insisté sur l’ancienneté :
« Elle affirmait qu’elle était même encore plus ancienne que les tribus inconnues qui avaient précédé les ancêtres des Cherokee dans ces vallées reculées du monde civilisé. »
Il a utilisé une métaphore sylvestre effrayante :
« Elle disait souvent que la forêt dense avait fini par pousser tout autour de cette entité monstrueuse exactement de la même manière qu’une cicatrice épaisse et hideuse pousse lentement au-dessus d’une blessure purulente pour la cacher à la vue de tous. »
Il a parlé du mode de nutrition :
« Elle soutenait mordicus : “Cette chose diabolique ne se nourrit absolument pas de la même manière qu’un animal prédateur dévore sa viande crue pour survivre aux hivers rigoureux.” »
Il a défini son action parasitaire :
« “Elle ne fait que prendre, inexorablement et sans pitié aucune.” »
Il a expliqué ce qu’elle vole :
« “Elle prend vicieusement la partie lumineuse de l’âme d’un homme qui fait de lui un être humain doué de raison et de compassion envers ses semblables.” »
Il a décrit les restes macabres :
« “Et ce qu’elle consent charitablement à laisser derrière elle après son festin invisible, si jamais elle laisse quoi que ce soit de tangible sur le sol forestier…” »
Il a conclu l’idée :
« “…ce misérable reste vidé de son essence vitale n’est définitivement plus du tout l’homme confiant et arrogant qui a imprudemment marché vers le haut de la crête escarpée quelques heures plus tôt.” »
Il a abordé un autre phénomène terrifiant :
« Il m’a confié : “Parfois, quelque temps après l’une de ces disparitions tragiques et inexpliquées sur la montagne silencieuse…” »
Il a décrit les apparitions crépusculaires :
« “…des gens superstitieux du campement de la vallée voient une silhouette sombre et élancée se tenir parfaitement immobile parmi les arbres centenaires.” »
Il a précisé le lieu et l’heure :
« “Cette vision se produit toujours exactement à la lisière forestière de la haute prairie isolée, juste à l’heure incertaine de la tombée de la nuit noire.” »
Il a mentionné la ressemblance troublante du mime maléfique avec les victimes :
« “Et cette silhouette floue ressemble toujours d’une manière déconcertante à l’homme précis qui a été tragiquement perdu dans les bois quelques jours auparavant.” »
Il a décrit le geste de l’apparition :
« “Et la figure funeste lève toujours très lentement une main longue et squelettique vers le ciel ensanglanté, comme pour faire un signe amical de salutation désinvolte aux gens d’en bas.” »
Il a souligné la règle d’or vitale du campement :
« “Et absolument n’importe qui dans la vallée ayant écouté les vieilles histoires avec attention sait pertinemment qu’il ne faut sous aucun prétexte lui rendre son geste amical.” »
Il a énoncé la conséquence fatale de l’erreur :
« “Quiconque commet l’erreur stupide de lui faire un signe de la main en retour ne rentrera jamais vivant chez lui pour embrasser sa famille une dernière fois.” »
Il a pris une profonde inspiration tremblante :
« Il m’a avoué le cœur brisé : “Mon propre père adoré a fait l’erreur fatale de lui rendre son signe de la main au cours de l’automne pluvieux de l’année 1851.” »
Il a rappelé la fausse nouvelle rassurante :
« “On nous avait officiellement annoncé par télégramme qu’il était décédé tragiquement d’une forte fièvre dans une ville poussiéreuse située à deux longs jours de cheval de notre misérable foyer.” »
Il a mentionné l’enterrement lointain et anonyme :
« “Son corps supposé avait été rapidement enterré là-bas, loin de sa terre natale et de sa famille éplorée par la perte soudaine.” »
Il a relaté les assurances hypocrites des officiels :
« “On nous avait solennellement affirmé que l’enterrement avait été mené de manière très respectueuse et digne de son rang social.” »
Il a décrit l’horrible surprise :
« “Exactement trois longues semaines après cet enterrement lointain, ma mère épuisée par le chagrin a soudainement vu mon père décédé se tenir debout.” »
Il a situé l’apparition de l’être cher :
« “Il se tenait parfaitement immobile juste à la lisière broussailleuse de notre propre champ de maïs flétri, alors que le crépuscule s’installait lourdement sur la ferme isolée.” »
Il a décrit l’attitude du revenant ou de son double démoniaque :
« “Il souriait doucement dans l’obscurité grandissante, levant sa main calleuse avec familiarité pour nous saluer affectueusement comme il le faisait toujours autrefois en rentrant des champs après une dure journée de labeur sous le soleil de plomb.” »
Il a raconté la réaction de survie de sa mère :
« “Ma mère courageuse n’a pas commis l’erreur impardonnable de lui rendre son geste de salutation affectueuse depuis le porche grinçant de la cabane.” »
Il a décrit sa retraite stratégique et immédiate :
« “Elle s’est retournée brusquement et a marché avec précipitation, sans jamais courir ni montrer sa terreur, à l’intérieur sombre de la cabane familiale.” »
Il a relaté la mise en sécurité de la barricade nocturne contre le mal :
« “Elle a immédiatement barricadé la lourde porte en chêne massif avec la barre de fer prévue à cet effet en cas d’attaque des brigands de grands chemins.” »
Il a décrit la veillée de protection :
« “Elle s’est ensuite assise par terre, le dos fermement calé contre les planches brutes de la porte close, pendant toute la longue nuit cauchemardesque.” »
Il a mentionné l’utilisation de la magie ancestrale salvatrice :
« “Et elle a chanté sans discontinuer la vieille chanson apaisante que sa propre grand-mère indienne lui avait secrètement enseignée dans sa tendre enfance pour repousser les mauvais esprits rôdeurs.” »
Il a rappelé l’incompréhension infantile du chant :
« “C’était cette fameuse chanson envoûtante composée de mots archaïques que je ne pouvais absolument pas comprendre avec mon esprit d’enfant innocent.” »
Il a décrit le lendemain matin libérateur :
« “Au petit matin froid et brumeux, lorsque le soleil timide a enfin percé les nuages, la figure fantomatique avait heureusement complètement disparu de notre vue terrifiée.” »
Il a décrit les traces physiques indéniables laissées par le visiteur nocturne insatiable :
« “Le champ de maïs séché avait été méticuleusement piétiné tout au long de la nuit d’horreur.” »
Il a précisé la forme géométrique obsédante :
« “Les tiges cassées formaient un cercle absolument parfait et géométrique d’environ vingt bons pieds de diamètre extérieur.” »
Il a souligné le mystère du comportement de la bête errante :
« “Rien n’avait été mangé ou grignoté par une quelconque bête affamée cherchant sa pitance nocturne habituelle dans nos maigres réserves.” »
Il a ajouté l’absence de vol matériel :
« “Et rien n’avait été volé ou emporté par la créature invisible rôdant dans la propriété familiale endormie.” »
Il a décrit l’action de marche infinie :
« “Le champ de maïs détruit avait simplement été parcouru de long en large, l’intrus ayant marché en rond sur lui-même inlassablement, encore et encore, tout au long de la sombre nuit sans étoiles.” »
Il a expliqué la conséquence immédiate de cet événement traumatisant sur leur modeste existence précaire :
« Il a poursuivi : “Immédiatement après cet incident terrifiant, ma mère paniquée et moi-même avons définitivement quitté l’endroit maudit où nous vivions depuis des décennies de dur labeur quotidien.” »
Il a justifié leur déménagement salvateur vers la nouvelle demeure isolée :
« “Et nous sommes venus nous réfugier ici en toute hâte, dans cette cabane en rondins rustique, construite par des mains oubliées il y a fort longtemps.” »
Il a expliqué l’avantage géographique stratégique du nouveau lieu de résidence :
« “Nous avons choisi de vivre cachés juste derrière le coude prononcé du ruisseau chantant.” »
Il a partagé la croyance protectrice de sa mère concernant l’eau courante et vive :
« “Car l’eau en mouvement constant, m’a fermement assuré ma pauvre mère, est l’une des rares barrières naturelles efficaces sur cette terre cruelle.” »
Il a précisé la répulsion de la créature :
« “C’est l’une des rares choses physiques que la chose redoutable de la montagne n’aime pas traverser de son plein gré à cause de la pureté du courant glacial.” »
Il a avoué son incertitude personnelle sur le sujet dogmatique :
« “Quant à savoir si cette vieille superstition populaire est scientifiquement vraie ou non, je suis totalement incapable de l’affirmer avec une certitude absolue.” »
Il a tiré une conclusion pragmatique basée sur sa longue survie exceptionnelle dans ces lieux dangereux :
« “Je vis ici paisiblement depuis exactement quatre-vingt-un ans, et je suis encore miraculeusement en vie pour vous parler de toutes ces choses abominables ce matin même.” »
Il a invité Wendell à juger par lui-même de la validité de la méthode :
« “Vous pouvez interpréter ce fait remarquable de la manière qu’il vous plaira, monsieur l’arpenteur rationnel de la grande ville.” »
Il avait pris le temps nécessaire pour raconter minutieusement à Wendell Crumrine toutes ces choses troublantes d’une voix basse, sourde et incroyablement constante. C’était la voix monotone d’un moine récitant machinalement une prière familière qu’il aurait récitée religieusement tous les soirs pendant soixante ans sans en changer une seule syllabe salvatrice.
Lorsqu’il eut enfin terminé sa litanie d’horreurs indicibles, il se leva lentement de sa chaise grinçante et se dirigea vers l’étagère poussiéreuse fixée au mur. Il y prit délicatement une petite pochette en cuir souple et patiné par le temps, dont il défit le fin lacet de cuir brut avec des gestes précis et respectueux. Il secoua doucement la pochette usée pour faire tomber quelques petites graines sombres et ridées au creux de sa large paume calleuse.
Il les a tendues à l’arpenteur et a ordonné :
« Prenez précieusement ces petites choses. »
Il a ajouté des instructions de portabilité :
« Transportez-les toujours au fond de la poche de votre lourd manteau de laine ardoise. »
Il a expliqué l’origine botanique :
« Elles proviennent d’une plante médicinale ancienne qui poussait en abondance sur ces terres fertiles bien avant que les hommes blancs avides ne viennent s’y installer avec leurs armes à feu. »
Il a révélé le nom traditionnel :
« Les ancêtres sages du peuple de ma mère appelaient autrefois cette plante protectrice ‘la graine qui écoute l’invisible’. »
Il a déploré sa disparition :
« Elle ne pousse malheureusement plus nulle part dans nos vallées dévastées par la folie humaine. »
Il a expliqué la cause de cette extinction regrettable :
« Les parcelles sauvages où elle poussait librement jadis ont été aveuglément brûlées et détruites par des hommes ignorants qui ne savaient absolument pas ce qu’ils détruisaient avec leurs flammes purificatrices. »
Il a souligné la rareté inestimable du don précieux qu’il faisait à cet inconnu venu de la ville pour mesurer la terre sacrée :
« “Ce sont les toutes dernières graines viables de cette espèce que je possède encore en ma possession terrestre.” »
Il a précisé les limites de leur pouvoir de protection :
« Il a averti avec sévérité : “Elles ne pourront malheureusement pas vous sauver d’une mort atroce si vous vous montrez délibérément idiot ou imprudent dans votre comportement quotidien face au danger invisible rôdant sur les hauteurs inhospitalières.” »
Il a décrit leur fonction d’alarme :
« “Mais elles vous accorderont charitablement un bref moment de précieux avertissement avant l’assaut final de la créature affamée de votre âme pure et naïve.” »
Il a expliqué le mécanisme de défense :
« “Si vous vous trouvez là-haut sur la crête maudite et que les graines tapies dans votre poche commencent soudainement à devenir curieusement chaudes contre votre peau tremblante…” »
Il a donné l’ordre de retraite :
« “…vous devez faire demi-tour immédiatement sans la moindre hésitation et redescendre vers la vallée protectrice par le chemin le plus court.” »
Il a répété les règles de survie fondamentales en cas de contact imminent avec le cauchemar rampant de la forêt millénaire :
« “Ne regardez surtout pas derrière vous pour essayer d’apercevoir ce qui vous traque silencieusement dans votre dos exposé.” »
Il a insisté sur la nécessité vitale du calme :
« “Ne courez sous aucun prétexte, même si votre cœur tambourine à tout rompre dans votre poitrine oppressée par la terreur primale.” »
Il a expliqué l’importance de la démarche :
« “Contentez-vous de marcher dignement, avec une lenteur mesurée, car l’action de marcher normalement est d’une importance capitale dans ce jeu du chat et de la souris diabolique.” »
Il a révélé pourquoi courir était suicidaire :
« “L’action de courir frénétiquement informe instantanément l’entité maléfique que vous êtes complètement dominé par une peur animale incontrôlable.” »
Il a comparé la créature à un prédateur :
« “Et c’est une chose vicieuse qui traque impitoyablement la forte odeur de la peur, exactement de la même manière qu’un grand chien de chasse suit la piste ensanglantée d’un cerf grièvement blessé par un chasseur maladroit.” »
Il a expliqué le message envoyé par la marche lente :
« “Le fait de marcher calmement lui indique simplement que vous avez pris la décision ferme de quitter les lieux interdits de votre plein gré.” »
Il a conclu sur l’efficacité de la méthode :
« “Et, dans la grande majorité des cas recensés, le simple fait de quitter poliment son territoire souverain est largement suffisant pour apaiser sa faim insatiable d’âmes mortelles.” »
Il a pressé fermement les petites graines sombres dans la main tremblante de Wendell, fermant de force les longs doigts de l’arpenteur autour d’elles avec une poigne de fer. Il a refermé sa main comme on scelle un pacte de survie entre un homme qui sait et un homme qui est sur le point de découvrir l’enfer sur terre.
Il a ordonné d’une voix qui ne souffrait aucune contestation humaine :
« Maintenant, partez d’ici et allez terminer péniblement de tracer votre satanée carte si votre conscience professionnelle l’exige vraiment de vous. »
Il a ajouté une limite de temps stricte à cette permission précaire :
« Mais faites en sorte de la terminer extrêmement rapidement, sans flâner ni perdre votre temps précieux à étudier de vieilles souches pourries ou des pierres moussues. »
Il a lancé l’ultime ultimatum astronomique :
« Et ne vous trouvez surtout pas sur cette crête dangereuse après le passage de l’équinoxe d’automne redouté. »
Il a précisé la date fatidique avec une précision mathématique qui a glacé le sang de l’arpenteur de la ville :
« L’équinoxe d’automne tombera très exactement dans neuf petits jours fuyants. »
Il a conclu lugubrement sur la nature des lieux après cette date :
« Une fois cette date cosmique passée, le pays sauvage là-haut n’appartiendra définitivement plus au monde rassurant des vivants qui respirent. »
Wendell est retourné à cheval jusqu’à la modeste maison isolée de la veuve Ashlock dans un état de stupeur totale et d’hébétude grandissante. Pendant tout le trajet de retour au pas lent de sa mule fatiguée, il n’a cessé de se répéter à lui-même des mensonges rassurants. Il se racontait désespérément que ce vieil homme excentrique n’était rien de plus qu’un habile conteur de fables effrayantes destinées à divertir la galerie crédule.
Il s’efforçait de se convaincre que c’était le genre d’histoire à dormir debout que les rustres habitants des montagnes prennent un malin plaisir à raconter aux citadins naïfs de passage. Ces fameux citadins, ces “gens des plaines” qui débarquent insolemment dans leur pays avec de l’argent plein les poches, des instruments bizarres et une désagréable habitude de prendre tout le monde de haut avec mépris.
Il s’est juré à lui-même qu’il garderait ces vulgaires graines dans la poche de son manteau simplement par politesse mondaine, car il aurait été grossier de les jeter immédiatement sur le bord du chemin de terre après un tel récit passionné. Mais il s’est également juré solennellement qu’il ne laisserait jamais les contes de fées séniles d’un vieil homme crédule interférer avec son important travail scientifique et cartographique.
Il avait été officiellement engagé par des hommes sérieux en complets coûteux à Philadelphie, et ces hommes exigeaient de lui des résultats sérieux et tangibles sous forme de cartes d’état-major précises. Il ne lui restait plus que neuf pauvres petits jours pour terminer entièrement son relevé topographique complexe, ce qui était déjà bien moins de temps qu’il ne lui en fallait réellement pour faire un travail propre.
Il n’avait donc absolument aucune intention de quitter les lieux prématurément pour céder à une vulgaire panique superstitieuse de montagnard illettré. Au moment précis où il a enfin atteint la cour boueuse de la maison de la veuve austère, il avait presque réussi à se convaincre totalement qu’il n’y avait aucun danger réel dans ces bois paisibles.
C’était un homme de science, comprenez-vous, un homme profondément rationnel qui ressentait un besoin constant et pathologique de se convaincre lui-même de l’inexistence de l’irrationnel effrayant. Certains d’entre vous qui m’écoutent attentivement en ce moment même savent exactement ce que l’on ressent dans ce genre de déni psychologique profond et auto-destructeur.
Vous avez tous vécu de ces moments troublants dans votre propre vie, où quelque chose de viscéral à l’intérieur de vous hurlait silencieusement un avertissement de danger de mort imminent ou de désastre amoureux. Et vous avez pourtant passé le reste de cette journée fatidique, voire le reste de la semaine entière, à construire intellectuellement un argumentaire solide contre cet instinct de survie primaire, simplement parce que l’avertissement instinctif était socialement ou financièrement fâcheux.
Si vous avez déjà traversé ce genre d’expérience troublante de dissonance cognitive aveuglante, laissez un bref commentaire en dessous de la vidéo et parlez-m’en en quelques mots choisis. Ne me donnez pas les détails privés ou gênants de votre petite vie intime, décrivez-moi simplement la saveur amère de ce moment précis de déni fuyant. Ce moment critique de basculement où vous saviez pertinemment la cruelle vérité au fond de vous, et où vous avez pourtant consciemment décidé de faire l’autruche et de ne pas la savoir.
J’aimerais beaucoup prendre le temps de lire ce genre de confessions anonymes et poignantes. Le lendemain matin, bien avant le lever du soleil réconfortant, Wendell est courageusement remonté sur la crête montagneuse menaçante sur le dos de Grizzle. Il a méticuleusement installé son lourd instrument de visée en laiton sur son trépied en bois verni de frêne robuste.
Il a travaillé d’arrache-pied, avec une concentration presque maniaque, tout au long de la matinée froide et grise sans lever le nez de ses longues notes chiffrées. Les petites graines sombres qu’il avait glissées dans sa profonde poche de manteau en laine sont restées parfaitement froides et silencieuses contre sa cuisse engourdie par la longue marche matinale.
Les vieux bois immenses qui l’entouraient de toutes parts lui semblaient tout à fait ordinaires, banals, voire mortellement ennuyeux dans leur répétitivité végétale. Il s’est répété joyeusement à lui-même que le vieil Aldous Deux-Hivers n’était au fond qu’un vieillard sénile et inoffensif, dont la tête fêlée était complètement remplie à ras bord des stupides contes de fées de sa défunte mère indienne.
Il a continué de travailler sans relâche, transpirant sous l’effort physique intense, pendant toute la longue après-midi ensoleillée qui a réchauffé les vieilles pierres moussues. Il est finalement redescendu du massif boisé juste au moment de la tombée crépusculaire du jour fatigué. Il a mangé le pain de maïs rassis de la veuve grincheuse avec l’appétit féroce d’un homme soulagé d’avoir échappé à ses propres peurs enfantines infondées.
Mais il a très mal dormi cette nuit-là, tournant et se retournant sans cesse dans son petit lit étroit au matelas bourré de paille piquante. Et il a curieusement rêvé d’un sourire narquois flottant dans l’obscurité, un grand sourire maléfique qu’il ne parvenait pourtant pas à voir clairement dans le brouillard de son sommeil agité. Il s’est réveillé en sursaut à trois heures du matin précises, la chemise trempée de sueur glacée, avec son cœur qui battait à tout rompre dans sa poitrine douloureuse, pour aucune raison logique qu’il ne pouvait nommer clairement avec son esprit de scientifique cartésien.
Le jour suivant ce réveil brutal, il est obstinément remonté là-haut avec son matériel lourd et encombrant. Le jour d’après, il y est retourné encore une fois, défiant silencieusement les superstitions locales risibles avec l’arrogance propre à la jeunesse des villes civilisées. Il a consciencieusement gardé les graines ridicules dans la poche usée de son manteau poisseux, et il a maintenu un rythme de travail effréné pour boucler sa complexe cartographie dans les temps impartis par le contrat diabolique de Philadelphie.
Et il s’efforçait délibérément de ne surtout pas regarder trop longtemps ou trop intensément dans les recoins sombres et inquiétants qui se trouvaient entre les troncs massifs des vieux arbres environnants. Le troisième jour après sa fameuse visite chez le vieux chaman Aldous, un événement profondément dérangeant s’est produit. C’était un incident troublant qu’il a farouchement refusé de consigner par écrit dans son précieux carnet de notes de terrain officiel immaculé.
Il s’est également bien gardé d’en glisser le moindre mot à la veuve observatrice lors du dîner frugal de ce soir-là, préférant ruminer sa peur en silence. Et il a passé des années entières de sa vie d’adulte à tenter désespérément de se convaincre lui-même, à grands coups de logique boiteuse, que ce moment de pure folie auditive ne s’était tout simplement jamais produit dans la réalité tangible.
Il travaillait péniblement le long de la pente orientale escarpée et glissante de la montagne maudite, essayant de viser de petits marqueurs de bois à travers un ravin particulièrement profond et dangereux, jonché de roches coupantes. Il s’était brièvement arrêté pour boire une bonne gorgée d’eau fraîche, s’étant assis lourdement sur un énorme tronc d’arbre déraciné par une très ancienne tempête de violence inouïe.
Il a débouché sa gourde en fer blanc bosselée avec un soupir de soulagement bruyant. Il a pris une longue et généreuse gorgée d’eau fraîche pour soulager sa gorge desséchée par l’effort physique intense et la poussière du sentier. Il a ensuite posé négligemment la gourde métallique sur l’écorce rugueuse du vieux tronc tombé, juste à côté de sa cuisse droite.
Et puis, très clairement, d’une manière absolument impossible à nier, il a entendu une voix distincte dans les bois sombres et touffus situés immédiatement derrière son dos vulnérable prononcer très lentement son propre prénom de baptême. Ce n’était pas un simple appel lointain ou un cri indistinct porté par les vents trompeurs de l’altitude. La voix a simplement dit son nom, comme ça.
De la même manière intime et chaleureuse qu’un vieil ami de toujours prononce le nom d’un compagnon de route qu’il est sincèrement heureux de revoir par hasard après de très longues années de séparation douloureuse. La voix inconnue a doucement murmuré le mot « Wendell » dans le silence glacial de l’air automnal. Juste ça, rien de plus terrifiant que ce seul et unique mot familier.
Juste son prénom de naissance, ce nom privé que presque personne ne connaissait dans ce coin perdu du pays sauvage. Prononcé une seule et unique fois, d’une manière incroyablement douce et parfaitement cristalline, par quelque chose qui se trouvait à tout au plus dix petits pas mesurés dans son dos exposé à la menace invisible. Wendell n’a absolument pas eu le courage fou de se retourner pour faire face à la chose immonde qui venait de l’interpeller avec tant de fausse familiarité amicale.
Il est resté assis là, pétrifié par la terreur glacée, parfaitement immobile comme un animal traqué qui tente de se fondre dans le décor végétal en espérant que le prédateur affamé passera son chemin mortel. Il a écouté attentivement, les oreilles bourdonnantes de peur primale, la sueur coulant le long de sa colonne vertébrale gelée. Il n’a rien entendu d’autre que le bruit assourdissant de son propre sang qui battait à tout rompre dans ses tympans endoloris.
Après ce qui lui a semblé être une interminable minute d’angoisse absolue passée dans les limbes de la terreur silencieuse, il s’est finalement levé d’un bond raide et maladroit, comme un vieillard perclus de rhumatismes articulaires. Il a attrapé sa vieille gourde avec des doigts tremblants et moites de sueur froide. Et il a marché à très petits pas hésitants, avec une extrême lenteur calculée, pour retourner prudemment à l’endroit sûr où son lourd instrument de visée en laiton était toujours fermement installé sur son trépied sécurisant.
Il a rangé précipitamment tout son matériel délicat dans sa caisse de transport matelassée sans même prendre la peine de viser un dernier marqueur pour terminer la pénible tâche de la journée en cours. Et il est redescendu en courant à moitié de la crête escarpée, fuyant comme un lâche patenté deux longues heures plus tôt que ce qu’il avait initialement prévu dans son ambitieux emploi du temps d’arpenteur consciencieux.
Cette longue nuit-là, couché dans le grenier exigu et étouffant de la vieille dame, il est resté misérablement éveillé dans l’obscurité oppressante. Il est resté les yeux grands ouverts, fixant les poutres vermoulues, jusqu’à ce que la toute première lueur grise et rassurante de l’aube naissante vienne timidement filtrer à travers le carreau crasseux de son unique petite fenêtre étriquée.
Et il a désespérément retourné le problème dans sa tête bouillonnante de peur, se demandant qui diable dans ce vaste monde malveillant pouvait bien connaître son prénom de naissance intime. Sa douce compagne Verna, restée là-bas à Lexington, le connaissait évidemment, car elle l’aimait. L’homme en complet strict à Philadelphie qui l’avait engagé le connaissait également, car il avait lu son contrat signé en bonne et due forme et son lourd dossier professionnel.
La vieille veuve acariâtre de la vallée le connaissait sans doute, car il avait dû signer son précieux registre d’hôtes miteux d’une écriture tremblante à son arrivée lugubre dans la chambre poussiéreuse du grenier. Mais le vieux chaman Aldous Deux-Hivers, lui, ne connaissait absolument pas ce prénom caché aux étrangers de passage. Il n’avait jamais prononcé son prénom de baptême devant ce vieil homme énigmatique lors de leur unique rencontre tendue au coin du feu déclinant de la cabane enfumée.
Il s’était simplement et formellement présenté sous l’appellation très professionnelle de « Monsieur Crumrine », comme le font tous les messieurs de la ville en s’adressant aux locaux rustiques de la campagne profonde. Il a ruminé ce fait incontestable et terrifiant dans son esprit torturé pendant un temps atrocement long et douloureux. Il ne parvenait absolument pas à chasser cette idée angoissante de son cerveau fatigué et fiévreux par l’insomnie chronique et la peur paranoïaque.
Le cinquième jour après sa visite fondatrice et perturbante chez le vieux chaman Aldous, il a vécu un moment de pure épouvante viscérale qui dépassait l’entendement humain. C’était un bref moment de folie pure qu’il essaierait pathétiquement, pour le restant de sa misérable vie d’homme brisé, d’expliquer vainement par des arguments futiles relevant d’une simple fatigue visuelle temporaire ou d’un jeu de lumière trompeur. Il se trouvait à ce moment précis sur la pente orientale de la crête maudite, occupé à viser un lointain marqueur topographique avec une précision mathématique exigeante.
Et au moment exact où il s’est penché avec une intense concentration sur le petit oculaire de verre froid de son théodolite en laiton brillant. Il a vu, emprisonnée avec une netteté terrifiante dans le cercle parfait et grossissant de la lentille d’approche, une silhouette hideuse se tenant parfaitement immobile au milieu des arbres squelettiques. Cette chose indicible se trouvait très exactement derrière le petit piquet de bois qu’il essayait désespérément de cibler avec sa croix de visée depuis de longues minutes frustrantes de réglages fins et délicats.
C’était une silhouette sombre et menaçante qui n’était absolument pas présente dans le paysage inerte à peine une petite fraction de seconde auparavant. Une silhouette cauchemardesque qui était atrocement grande, d’une maigreur cadavérique et repoussante, et dont le long cou décharné était très légèrement courbé vers l’avant avec une fixité macabre et hypnotique. Il s’est redressé avec une telle violence frénétique et animale qu’il a violemment bousculé le lourd instrument optique de précision, le faisant presque basculer dans le vide depuis son trépied vacillant de justesse sur la roche glissante.
Il a immédiatement porté son regard terrifié directement vers l’endroit maudit qu’il venait d’observer dans le cercle de la lentille maléfique. Il n’y avait absolument rien de tangible à cet endroit précis du sous-bois sombre. Il n’y avait rien d’autre que de simples arbres anciens et morts, balancés tristement par le vent froid de l’automne mordant. Il est resté planté là pendant une minute pleine et entière d’angoisse indicible, respirant fort, la bouche pâteuse, son cœur affolé battant à se rompre jusque dans sa propre gorge nouée par la panique naissante.
Il a lentement baissé les yeux vers la grande poche gonflée de son lourd manteau d’hiver en laine ardoise. Il a plongé sa main tremblante et moite de sueur froide à l’intérieur du tissu rêche de la doublure usée. Les petites graines protectrices étaient tièdes contre la pulpe sensible de ses doigts tremblants. Pas brûlantes au point de le blesser ou de le faire crier de douleur atroce, pas chaudes à en fondre, non, simplement d’une tiédeur douceâtre et profondément nauséabonde.
Elles étaient doucement tièdes de la même manière qu’une tasse de thé oubliée sur une table est encore un peu tiède une grande heure entière après avoir été servie brûlante dans la théière de porcelaine fine de la salle à manger. Une tiédeur anormale et totalement impossible, sachant que l’air ambiant de la haute montagne était devenu assez glacial pour que chaque souffle d’angoisse qu’il exhalait forme un nuage de vapeur blanche et visible s’échappant de ses lèvres gercées par le froid mordant.
Il a sorti sa main de sa poche crasseuse et l’a fixée avec des yeux ronds exorbités par l’horreur de la découverte insensée qu’il venait de faire malgré lui au milieu de la forêt silencieuse et menaçante de tous côtés. Il s’est murmuré à lui-même d’une voix blanche et tremblante pour tenter de s’auto-persuader d’un mensonge rassurant de survie immédiate face à l’impossible.
Il a bredouillé pathétiquement :
« Ces satanées graines ont reposé bien au chaud contre mon propre corps fiévreux pendant des heures entières de marche forcée. »
Il a conclu son pitoyable raisonnement de déni scientifique pour justifier la folie ambiante de ce cauchemar éveillé :
« Il est donc parfaitement naturel et scientifiquement logique qu’elles aient absorbé ma propre chaleur corporelle ! »
Il a menti à nouveau à son propre cerveau fatigué et apeuré par la vision monstrueuse de la créature forestière.
Il a chuchoté d’une voix fêlée :
« La grande silhouette noire dans l’objectif n’était rien d’autre qu’un simple et malheureux tour de passe-passe joué par la lumière capricieuse et déformante de cette satanée lentille poussiéreuse et mal réglée ! »
Il a renchéri avec une fausse bravoure qui ne trompait même pas son propre cœur affolé.
Il a clamé dans le vide :
« Il ne me reste plus que trois petits jours de labeur acharné pour boucler ce maudit contrat. »
Il a crié son refus viscéral de la capitulation honteuse :
« Et je ne vais certainement pas me laisser chasser misérablement de cette montagne de cailloux par une simple sensation désagréable ou une illusion d’optique infantile d’un homme trop fatigué ! »
Il a fermement rattrapé son précieux instrument vacillant avec des gestes brusques et déterminés d’un homme qui veut à tout prix ignorer l’apocalypse qui gronde. Il l’a soigneusement replacé d’aplomb sur son trépied de bois verni en serrant les vis moletées avec une force démesurée par la peur refoulée de justesse dans son for intérieur. Et il s’est obstiné à poursuivre son lent travail méthodique de relevés topographiques inutiles.
Mais ses longues mains pâles d’intellectuel, constata-t-il avec un frisson glacial de terreur pure et abjecte, n’étaient plus tout à fait aussi fermes et stables qu’elles auraient dû l’être pour accomplir cette tâche d’une précision diabolique sur le terrain accidenté. Et à chaque fois qu’il devait à nouveau approcher son œil larmoyant du petit oculaire pour viser le sinistre marqueur de bois dans la brume naissante, l’angoisse l’étreignait vicieusement. Il s’attendait avec une certitude absolue et terrifiante, à chaque coup d’œil jeté dans le verre maudit, à revoir la silhouette immonde se tenant là, parfaitement immobile, en train d’attendre patiemment sa venue.
À chaque fois, sans exception aucune, pendant des heures de torture mentale. À chaque unique fois qu’il se penchait douloureusement vers l’objectif froid avec l’énergie du désespoir d’un condamné à mort sur l’échafaud de la potence dressée. Son estomac se tordait violemment dans un spasme de nausée écœurante de peur primale, et il devait se faire une violence psychologique inouïe, mobilisant toute sa maigre volonté d’homme rationnel, pour se forcer à regarder dans la lentille accusatrice de la chose sans nom.
La silhouette cauchemardesque n’a miraculeusement jamais réapparu dans le petit cercle de vision tronquée de tout le reste de cette interminable après-midi de cauchemar éveillé et de sueurs froides glaçantes de terreur indicible. Mais la terrible et oppressante attente paranoïaque de son retour imminent, elle, est restée ancrée au plus profond de son esprit torturé. Il a fini par terminer, dans un état d’épuisement nerveux total, la charge de travail prévue pour cette funeste journée sur la crête silencieuse et hostile.
Il est redescendu péniblement le long de la pente abrupte de la grande crête à une allure beaucoup plus lente et hésitante que d’habitude. La lumière grise du jour mourant déclinait à une vitesse alarmante et inhabituelle, plongeant rapidement les vieux sous-bois dans des ténèbres épaisses et menaçantes de toutes parts. Il a dû tirer rudement le vieux Grizzle par la bride de cuir craquelée pour forcer la pauvre bête terrifiée à avancer le long des passages les plus escarpés et dangereux du chemin du retour vers la sécurité relative de la vallée endormie.
Et il ne cessait d’entendre des bruits furtifs et inquiétants provenant des profondeurs obscures des bois de chaque côté de l’étroit sentier boueux bordé de ronces épineuses accrocheuses. Ce n’étaient pas de gros bruits évidents ou des fracas de branches brisées par le passage d’un ours massif en chasse de nourriture avant l’hiver rigoureux qui s’annonçait très proche désormais. C’étaient de toutes petites choses insidieuses, des murmures végétaux malsains d’une forêt qui respire le mal ancestral et la haine des hommes de passage.
Une fine brindille morte qui craque sèchement sous un pas très lourd là où aucune brindille n’avait de raison logique de se rompre sous le vent léger. Une feuille morte isolée qui tombe bizarrement en décrivant une trajectoire latérale impossible et défiant les lois de la gravité, au lieu de tomber bêtement droit vers le sol spongieux et pourri par l’automne. Et même, une fois, le bruit distinct d’un souffle guttural dans son cou transpirant, dont il était intimement et atrocement certain qu’il n’appartenait ni à ses propres poumons fatigués ni à ceux de la vieille mule soufflante et apeurée.
Il ne s’est pas arrêté une seule misérable fraction de seconde pour essayer d’aller enquêter courageusement sur l’origine mystérieuse de l’un de ces phénomènes troublants de la forêt vivante et maléfique. Il a continué de marcher droit devant lui avec l’énergie du désespoir aveugle d’un homme en pleine fuite animale. Lorsqu’il a enfin atteint le bas salvateur de la crête escarpée, là où le petit sentier de terre boueuse rejoignait la route principale cabossée menant au modeste campement enfumé des pionniers égarés.
Il s’est figé sur place, et il s’est retourné une seule et ultime fois vers le haut du cauchemar forestier qui l’avait traqué toute la journée sombre et lugubre. Et il a levé les yeux vers le sommet lointain pour y jeter un dernier regard chargé d’une terreur absolue et d’un respect mêlé de haine pour cet endroit maudit de Dieu. Il n’y avait absolument rien de visible sur le chemin de terre vide qui s’étirait misérablement derrière lui dans l’obscurité grandissante de cette fin de journée d’automne sinistre.
Les bois anciens et silencieux semblaient parfaitement ordinaires, figés dans une immobilité de mort naturelle et pacifique. La lumière résiduelle du ciel crépusculaire affichait le bleu d’encre habituel et ordinaire d’une paisible soirée d’automne provinciale sans histoire ni grand drame à rapporter dans les gazettes locales de la région isolée. Mais les petites graines ridicules glissées au fond de la poche de son lourd manteau de laine étaient devenues tellement chaudes à présent qu’elles brûlaient sa conscience.
Elles dégageaient désormais une chaleur suffisamment forte pour qu’il puisse la sentir clairement irradier à travers l’épaisse couche de laine protectrice de son vêtement pourtant doublé et renforcé contre les rigueurs du froid mordant des montagnes Appalaches inhospitalières. Ce soir-là, en arrivant en bas dans le campement endormi sous la lune blafarde. Il n’a pas fait de halte réconfortante à la modeste maison de rondins de la vieille veuve Ashlock pour y chercher refuge et un repas chaud après sa dure journée d’arpenteur fatigué par les efforts et la grande peur de mourir seul dans les bois abandonnés de la crête infernale.
Il a dirigé sa monture épuisée directement vers la cabane isolée du vieux chaman Aldous, située bien plus loin dans le coude de la rivière salvatrice. Le vieil homme sage et résigné était patiemment assis sur le porche de bois branlant, regardant silencieusement la lumière du jour s’estomper définitivement derrière les crêtes lointaines et sombres de la frontière sauvage. Il a très légèrement levé les yeux de son contemplation crépusculaire lorsque Wendell est arrivé au petit trot bruyant dans la cour boueuse, et l’expression sévère de son visage parcheminé n’a pas changé d’un iota de surprise.
Mais la sombre lueur dans ses yeux noirs a changé d’une manière imperceptible, traduisant un avertissement muet, d’une façon très subtile que Wendell ne possédait pas le vocabulaire adéquat pour définir clairement avec des mots d’homme blanc civilisé et cartésien. Wendell a mis pied à terre avec des gestes mécaniques et raides d’un automate désarticulé par la peur pure d’un prédateur indicible tapi dans l’ombre de son esprit torturé. Il a monté lentement les quelques marches grinçantes du porche de rondins mal équarris de la pauvre cabane avec la lenteur d’un condamné montant à l’échafaud de la potence vengeresse de la justice humaine impitoyable.
Il a tendu sa main moite en avant et a ouvert sa paume tremblante pour dévoiler les petites graines sombres et accusatrices qu’il avait serrées de toutes ses forces pendant la longue chevauchée du retour de l’enfer forestier de la haute montagne silencieuse.
Il a articulé avec une difficulté immense, la gorge nouée par l’angoisse primaire :
« Elles étaient chaudes… »
Le vieil homme de la forêt a baissé lentement le regard pour observer attentivement les petites graines inoffensives reposant dans la grande main pâle de l’homme de la ville qui avait défié les lois tacites de la nature environnante.
Il a ensuite levé les yeux vers le visage ravagé de Wendell.
Il a demandé d’une voix calme :
« Chaudes à quel point, exactement ? »
Wendell a répondu d’une voix étranglée :
« Plus chaudes que la chaleur de mon propre corps. »
Aldous a lentement hoché sa tête couronnée de cheveux blancs nattés, comme pour valider un verdict de mort inévitable et irrévocable qui venait d’être prononcé par le tribunal impitoyable de la montagne maudite.
Il a posé la question fatidique :
« Avez-vous fait demi-tour immédiatement pour redescendre comme je vous l’avais expressément ordonné de faire en cas d’alerte végétale ? »
Wendell a répondu avec une honte infinie teintée de profond regret suicidaire :
« Non… »
Il a avoué sa stupidité d’homme de science aveuglé par l’orgueil de la logique rassurante.
Il a dit d’une voix brisée :
« Je m’étais vainement convaincu que ce n’était absolument rien de dangereux ou d’anormal. »
Le vieil homme sage a fermé doucement ses grands yeux noirs avec la tristesse infinie de celui qui a déjà vu trop de folie humaine au cours de sa longue et tragique existence de gardien de la mémoire locale de la terre empoisonnée par le secret. Il est resté dans cette posture de méditation immobile pendant un temps atrocement long et douloureux pour les nerfs à vif de l’arpenteur terrifié attendant son jugement de survivant en sursis précaire. Lorsqu’il a enfin rouvert ses yeux sombres, ils étaient chargés d’une urgence absolue de la dernière chance de salut pour l’homme condamné.
Il a prononcé la sentence irrévocable :
« Vous ne devez plus jamais remonter là-haut sur cette maudite crête de la mort. »
Il a martelé l’interdiction temporelle absolue :
« Pas demain. »
Il a ajouté :
« Ni le jour suivant. »
Il a conclu :
« Pas pour le restant entier de votre existence terrestre. »
Wendell, toujours pris dans le piège de sa misérable petite conscience professionnelle de clerc de notaire urbain.
Il a objecté faiblement :
« Il me reste pourtant encore trois longues journées de travail laborieux à accomplir sur le terrain… »
Le vieil homme a coupé court à cette plainte ridicule avec la dureté d’un couperet de guillotine tombant sur la nuque d’un coupable résigné.
Il a rétorqué d’une voix d’outre-tombe :
« Vous n’avez plus aucune journée de travail à accomplir ici, espèce d’insensé. »
Il a précisé la nature de la fin de l’engagement :
« Votre prétendue mission sur cette montagne sanglante est définitivement terminée. »
Il a ajouté concernant le rendu des résultats :
« Que vous ayez le temps de consigner toutes vos satanées mesures sur vos maudites cartes ou non, cela ne me regarde plus, car c’est terminé. »
Il a ensuite posé la question ultime et la plus effrayante de toute la soirée lugubre :
« L’avez-vous entendue prononcer des mots articulés depuis les ténèbres profondes des arbres anciens ? »
Wendell est resté pétrifié dans un silence de mort pendant un instant d’une intensité insoutenable, incapable de formuler un mensonge salvateur ou une vérité inavouable de sa rencontre cauchemardesque.
Le vieil homme a insisté avec une dureté glaciale qui ne laissait aucune échappatoire possible à l’homme brisé.
Il a répété :
« Monsieur Crumrine, l’avez-vous entendue vous adresser la parole de quelque manière que ce soit avec sa voix d’emprunt ? »
Wendell a finalement capitulé et admis sa condamnation d’une voix presque inaudible :
« Oui. »
Le vieil homme a continué son interrogatoire de l’Inquisition locale :
« Qu’a-t-elle donc dit exactement lorsqu’elle a ouvert sa bouche immonde ? »
Wendell a avoué le point culminant de l’horreur absolue :
« Elle a prononcé distinctement mon propre nom. »
Le vieil homme a posé la question de la confirmation absolue de la damnation éternelle de l’âme de l’arpenteur de la ville.
Il a demandé avec une précision chirurgicale :
« A-t-elle prononcé votre prénom de naissance intime, ou le nom de famille formel par lequel les autres hommes vous désignent publiquement ? »
Wendell a murmuré avec désespoir :
« Mon prénom de naissance. »
Le vieil homme a fixé tristement le plancher grossier du porche vermoulu pendant une très longue minute d’un silence lourd de conséquences funestes pour l’avenir de l’arpenteur traqué.
Il a finalement rendu son verdict effroyable d’une voix résignée :
« En ce cas malheureux, elle est déjà beaucoup plus avancée dans son emprise psychologique sur votre pauvre âme innocente que je ne l’avais naïvement espéré hier matin. »
Il a commencé à donner des ordres de survie immédiats avec l’autorité d’un général d’armée sur un champ de bataille perdu d’avance contre un ennemi invincible.
Il a commandé avec fermeté :
« Écoutez très attentivement ce que je vais vous dicter pour espérer survivre à cette nuit. »
Il a détaillé le plan de fuite désespérée :
« Vous allez retourner au galop de votre bête jusqu’à la maison sûre de la veuve Ashlock dès ce soir. »
Il a ajouté :
« Vous allez emballer précipitamment toutes vos petites affaires ridicules d’homme des plaines sans perdre une seconde. »
Il a proscrit l’attente du jour :
« Vous n’allez surtout pas attendre paresseusement le lever du soleil rassurant du petit matin pour déguerpir d’ici comme un voleur. »
Il a commandé l’exode nocturne dangereux :
« Vous allez fuir misérablement cette région hostile dès cette nuit-même, plongé dans l’obscurité terrifiante de la forêt dense et imprévisible. »
Il a justifié l’urgence absolue de ce départ kamikaze par une révélation finale et dévastatrice pour les minces espoirs de Wendell.
Il a dit d’un ton solennel :
« Je vous donne cet ordre suicidaire car il y a une dernière chose vitale que je ne vous ai pas encore dévoilée sur le comportement prédateur de la chose de la crête de la damnation éternelle. »
Il a décidé de briser le dernier tabou salvateur :
« Et je vais vous la dévoiler en ce moment précis car votre survie dépend intimement du fait que vous connaissiez cette effroyable vérité sur la nature de la bête indicible de la montagne noire de malheur. »
Il a entamé la description du rayon d’action de l’entité :
« La chose immonde vivant sur cette crête est habituellement liée et géographiquement restreinte aux hauts plateaux isolés de la région montagneuse depuis des siècles immémoriaux. »
Il a nuancé cette règle générale de non-intrusion dans la vallée des hommes :
« Elle n’a que très rarement l’habitude macabre de descendre directement chasser dans les creux profonds de nos humbles vallées habitées par les hommes mortels et fragiles. »
Il a révélé l’exception terrifiante à cette règle tacite de cohabitation :
« Mais, dans de très rares et horribles cas répertoriés par nos ancêtres de la forêt ancienne, il a été constaté avec horreur qu’elle possédait la capacité cruelle de suivre patiemment sa proie désignée hors de ses propres frontières végétales et rocailleuses naturelles. »
Il a détaillé le déclencheur de cette traque infinie au-delà des bois maudits :
« Et croyez-moi sur parole, à partir du moment fatidique où elle a été capable de prononcer votre prénom de naissance intime, vous n’êtes malheureusement plus un simple passant anonyme croisant son territoire de chasse sauvage. »
Il a défini le nouveau statut de victime de Wendell Crumrine :
« Vous êtes devenu une proie spécifique qu’elle a officiellement nommée et revendiquée comme sienne pour son festin macabre et indicible de la saison de l’équinoxe d’automne sanglant de terreur absolue. »
Il a conclu la sentence lugubre :
« Vous êtes malheureusement et définitivement inscrit sur sa liste d’attente. »
Il a alors pointé du doigt les petites graines magiques dans la paume de l’homme terrifié avec un geste impérieux de dernière espérance.
Il a affirmé d’une voix forte :
« Ces misérables petites graines desséchées empêcheront efficacement la créature hideuse de vous retrouver à condition absolue que vous les portiez sur vous. »
Il a précisé la durée de ce fardeau :
« Et vous devrez impérativement les porter en permanence sur votre corps pour l’intégralité du reste misérable de votre courte vie d’homme traqué. »
Il a énuméré les interdictions strictes concernant l’artefact protecteur :
« Ne les perdez sous aucun prétexte. »
Il a ajouté :
« Ne les offrez jamais à qui que ce soit d’autre, même à la personne que vous aimez le plus au monde. »
Il a conclu les règles d’utilisation de l’alarme :
« Ne les sortez plus jamais de la poche de votre manteau usé, sauf pour vérifier nerveusement leur température de surface si le doute vous tenaille dans les ténèbres urbaines de votre lointaine maison de pierre et de ciment. »
Il a expliqué la graduation de l’alarme thermique des graines protectrices :
« Si jamais elles deviennent curieusement tièdes au fond de votre poche, vous saurez avec certitude absolue que la chose maudite a réussi à s’approcher un peu trop près de vous qu’elle ne le devrait dans le monde normal des hommes rationnels. »
Il a décrit le signal d’urgence vitale et critique du danger de mort imminente de l’arpenteur en sursis de survie :
« Si elles deviennent un jour véritablement brûlantes au point de vous cuire la chair à travers le tissu de vos beaux habits des plaines civilisées… »
Il a révélé la proximité du prédateur :
« …vous saurez alors sans le moindre doute que la bête infâme se trouve présente dans la même pièce obscure que vous à cet instant précis. »
Il a donné la procédure d’évacuation d’urgence de la dernière chance de salut physique et spirituel de l’homme :
« Et vous ne disposerez alors plus que du maigre temps strictement nécessaire pour fuir à toutes jambes en hurlant de terreur par la porte ou la fenêtre la plus proche de votre misérable carcasse mortelle. »
Il a fini par demander avec une intensité folle :
« M’avez-vous parfaitement compris, monsieur Crumrine ? »
Wendell a répondu d’une voix blanche :
« Oui. »
Le vieil homme a ordonné d’une voix d’airain :
« Alors partez d’ici sur-le-champ, et courez pour votre misérable vie misérable de citadin incrédule ! »
Wendell est resté pétrifié là sur le bois vermoulu, dans la lumière déclinante de cette soirée d’épouvante mémorable. Il serrait fort les graines tièdes dans sa main calleuse et il a soudainement compris, avec une clarté totale et dévastatrice, qu’il avait été un imbécile orgueilleux et présomptueux de mépriser le savoir des anciens de la montagne magique et meurtrière à la fois. Il a compris cette erreur avec la même clarté fulgurante et terrifiante qu’un homme ressent lorsqu’il s’est imprudemment aventuré sur un grand étang gelé par l’hiver rude.
C’est cette clarté cruelle qui frappe un homme au moment exact où il entend le tout premier craquement sinistre de la glace fragile céder sous ses bottes maladroites. Il a hoché la tête en silence, résigné à son triste sort de fuyard apeuré par les ombres sylvestres de la nuit tombante.
Il n’a même pas essayé de trouver un misérable argument logique de citadin cultivé pour contester les ordres insensés du chaman de la forêt.
Il a obéi d’une voix morte :
« Je partirai dès cette nuit. »
Le vieil homme a enchaîné les consignes de fuite avec une rapidité affolante :
« Fuyez le comté dans l’heure qui vient. »
Il a limité les bagages :
« N’emballez précieusement que le strict nécessaire à votre survie en route et laissez vos carnets maudits derrière vous pourrir dans la poussière du grenier. »
Il a ordonné l’abandon de la monture :
« Laissez l’animal à la veuve de la vallée. »
Il a indiqué le chemin du salut :
« Prenez la grande route en terre battue menant vers le sud profond pour rejoindre à pied le terminal ferroviaire salvateur de la civilisation des locomotives fumantes. »
Il a justifié ce moyen de locomotion épuisant par une considération de sécurité mystique insondable pour le commun des mortels :
« Fuir en marchant est infiniment préférable à fuir en chevauchant car les graines protectrices de la magie indienne fonctionnent avec beaucoup plus d’efficacité lorsque vous vous déplacez par la seule force de vos propres pieds de chair et d’os fatigués. »
Il a dicté la destination lointaine du train de la fuite éperdue de la victime de la chose sans nom :
« Montez prestement à bord du tout premier train crachant sa fumée noire vers les grandes plaines rassurantes de l’ouest ou du nord lointain sans vous retourner vers la montagne. »
Il a imposé une distance de sécurité minimale vitale :
« Ne descendez de ce train sous aucun prétexte futile avant d’avoir traversé au minimum trois frontières d’États successives pour mettre la plus grande distance humaine entre vous et ce maudit coin de pays forestier. »
Il a rappelé la contrainte astronomique mortelle de la malédiction de la forêt :
« Le fameux équinoxe d’automne sanglant tombe précisément après-demain soir à la tombée cruelle de la nuit noire et froide sur la région isolée. »
Il a souligné le danger imminent de la date fatidique :
« Et vous ne voulez absolument pas vous trouver misérablement coincé quelque part dans cette contrée isolée le jour précis de l’équinoxe d’automne redouté. »
Wendell a acquiescé comme un automate déréglé par la peur animale primale de l’homme préhistorique tapi en lui depuis l’aube des temps anciens.
Il a bredouillé :
« Très bien. »
Il s’est péniblement retourné pour entamer sa longue et terrifiante retraite vers la chaleur illusoire de la civilisation urbaine et de ses foules ignorantes du mal des montagnes.
Le vieil homme de la forêt a ajouté une toute dernière instruction macabre :
« Encore une dernière chose vitale. »
Wendell s’est figé sur place, attendant le coup de grâce psychologique final.
Le chaman a décrit une possible apparition future terrifiante :
« Si jamais un jour lointain, dans le confort trompeur de votre grande ville des plaines civilisées… »
Il a énuméré les surfaces propices à l’horreur optique du retour de la chose :
« …vous venez à apercevoir soudainement, dans le reflet parfait d’une simple vitre, dans un beau morceau de verre poli coûteux, ou même dans l’eau noire et immobile d’une flaque de pluie boueuse de vos grandes rues pavées… »
Il a achevé sa description cauchemardesque de la traque sans fin :
« …une haute silhouette élancée et difforme se tenant parfaitement immobile et menaçante juste derrière votre dos sans méfiance… »
Il a hurlé l’interdiction de regard :
« Ne vous retournez sous aucun prétexte humain ! »
Il a ajouté la consigne de déni optique :
« Ne la regardez surtout pas en face avec vos yeux d’homme lâche ! »
Il a commandé l’attitude de survie par l’ignorance totale :
« Faites semblant avec tout le talent d’acteur que la peur absolue vous donnera de ne l’avoir absolument jamais remarquée dans le reflet de verre. »
Il a ordonné la fuite calme :
« Éloignez-vous en marchant dignement et rapidement de ce reflet funeste du mal absolu. »
Il a commandé l’autopersuasion du mensonge rassurant :
« Forcez-vous à vous répéter en boucle que ce n’est rien d’autre que le triste fruit d’une imagination fatiguée et malade d’un homme surmené par son dur labeur cartographique. »
Il a ajouté la condition de folie furieuse de ce déni de réalité flagrante de l’horreur indicible du démon tapi dans le dos de l’homme tremblant de peur primale de mort imminente.
Il a martelé :
« Répétez-vous ce pitoyable mensonge rassurant, même si vous savez pertinemment, au plus profond de votre âme noire d’effroi indicible, que ce n’est absolument pas votre imagination qui vous joue des tours diaboliques. »
Il a conclu solennellement cette dernière mise en garde de survie in extremis :
« Surtout et par-dessus tout si vous avez l’atroce et viscérale certitude que ce monstre n’est pas une simple et douce illusion de vos sens fatigués. M’avez-vous bien compris ? »
Wendell a dégluti difficilement :
« Oui. »
Le chaman de la forêt a crié :
« Alors fuyez ! »
Wendell est retourné au galop désespéré jusqu’à la petite cour boueuse de la maison solitaire de la veuve Ashlock dans l’obscurité totale d’une nuit noire et oppressante, sans étoile ni lune rassurante. Il lui a annoncé précipitamment, d’une voix saccadée par la respiration courte de la peur viscérale animale qui le rongeait de l’intérieur, qu’il quittait définitivement les lieux cette nuit-même sans attendre le lever du grand jour réconfortant. Elle n’a semblé éprouver ni manifester la moindre trace de surprise étonnée ou de curiosité déplacée de villageoise provinciale face à cette déroutante annonce de départ inopiné et précipité de son unique et pauvre locataire de passage dans sa triste existence.
Elle était déjà occupée à extraire énergiquement de son petit garde-manger rustique d’urgence diverses choses comestibles au moment précis où il franchissait le seuil de bois grinçant de sa cuisine aux odeurs de graisse cuite et de bois brûlé. Elle emballait méticuleusement, avec une efficacité redoutable de femme d’expérience des tragédies montagnardes, des morceaux rassis de pain de maïs jaune, des tranches salées de porc coriace et un minuscule bocal de confiture aux fruits acides de la forêt dans un carré de tissu grossier noué avec une ficelle solide en forme de balluchon de survie pour la longue marche nocturne.
Elle a demandé sans lever les yeux de son précieux emballage de denrées de survie :
« Le vieux chaman grincheux de la forêt tordue vous a fermement ordonné de plier bagage et de déguerpir de la vallée dès cette funeste nuit, n’est-ce pas monsieur l’arpenteur de la ville effrayée ? »
Wendell a hoché frénétiquement la tête comme un pantin désarticulé par l’effroi absolu.
Il a avoué platement sa capitulation de scientifique rationnel :
« Oui. »
Elle a acquiescé d’un mouvement de tête sec.
Elle a décrété avec un pragmatisme de paysanne rompue aux tragédies locales inexpliquées de la crête noire et silencieuse de mort.
Elle a dit :
« En ce cas malheureux, il est grand temps pour vous de prendre la route et de disparaître d’ici au plus vite monsieur Crumrine avant qu’il ne soit définitivement trop tard pour votre pauvre âme misérable d’homme des grandes plaines ignorantes du mal tapi dans l’ombre des grands arbres anciens de nos tristes forêts. »
Elle l’a aidé vigoureusement à boucler ses maigres affaires personnelles de voyage en fourrant pêle-mêle ses chemises et ses pantalons dans sa vieille malle en cuir rayée par des années de bourlingue de ville en ville de l’est à l’ouest lointain du pays. Elle ne lui a absolument posé aucune question indiscrète ou morbide sur ce qui avait bien pu se passer de si horriblement effrayant là-haut sur la maudite crête rocailleuse de la damnation éternelle de la vallée perdue du Kentucky sauvage et indompté par la folie cartographique des hommes de l’est lointain et riche.
Elle s’est contentée de lui poser une seule et unique question terrifiante et précise sur la magie de protection de la forêt primaire qui avait survécu à la colonisation blanche de la région forestière isolée du reste du grand monde civilisé des plaines herbeuses.
Elle a demandé d’une voix basse :
« Les petites graines d’alarme magique du vieux chaman solitaire sont-elles devenues anormalement chaudes contre votre propre chair frissonnante d’homme apeuré par les ombres sylvestres de la montagne morte ? »
Il a murmuré misérablement la terrible vérité de la traque de la bête indicible de la nuit lugubre.
Il a dit d’une voix brisée de vaincu absolu :
« Oui. »
Elle a acquiescé gravement de la tête sans une once d’hésitation.
Elle a conclu avec fatalisme :
« Alors ce vieux fou a totalement raison de vous renvoyer d’où vous venez. Fuyez sans demander votre reste, espèce d’idiot chanceux ! »
Il lui a solennellement confié la garde de sa pauvre mule fatiguée, payant ainsi rubis sur l’ongle ce qu’il lui devait pour la location spartiate de la chambre puante du grenier vermoulu avec une généreuse prime de risque supplémentaire en pièces sonnantes et trébuchantes d’argent pur du trésor fédéral américain. Il a péniblement hissé son lourd sac à dos de toile rêche sur ses épaules douloureuses, a endossé son épais manteau de laine ardoise protecteur, et a saisi la petite mallette de cuir brun patiné contenant jalousement ses inutiles instruments d’arpentage de précision diabolique devenus bien futiles face à l’horreur de la nature vengeresse.
Et il a franchi courageusement le seuil de la porte pour s’enfoncer lentement dans les épaisses ténèbres nocturnes de la longue route de terre boueuse qui devait le conduire vers un maigre salut ferroviaire à plusieurs jours de marche forcée et d’angoisse absolue. Et elle est restée immobile dans l’encadrement de la porte de bois, tenant haut une vieille lanterne à huile vacillante pour l’éclairer de sa faible lumière jaunâtre, le regardant s’éloigner d’un pas lourd et mécanique vers l’inconnu brumeux de son destin incertain.
Il s’est retourné une seule et unique fois, juste au moment d’aborder le premier tournant prononcé de la piste de terre cabossée menant vers le sud salvateur de l’État de la peur absolue. Et il a levé machinalement la main vers la silhouette lointaine de la vieille veuve courageuse, et elle a répondu à ce geste d’adieu silencieux en levant sa propre main calleuse de travailleuse de la terre dure et aride de la vallée maudite. Puis il a obstinément continué à marcher à travers les bois sombres, et la petite tache de lumière jaunâtre et réconfortante de sa lanterne est devenue de plus en plus minuscule et insignifiante loin derrière son dos courbé par l’effort physique intense et par la terreur indicible d’une attaque fulgurante de la bête enragée.
Et les rangées d’arbres menaçants qui bordaient la petite piste de part et d’autre lui ont soudainement paru gigantesques et oppressants, fermant leurs longues branches nues au-dessus de sa tête apeurée comme les mâchoires refermées d’un piège monstrueux de la forêt carnivore. Il n’a absolument plus jamais osé tourner la tête pour jeter un œil furtif par-dessus son épaule frissonnante pendant toute la durée interminable de cette marche épuisante à travers la géographie torturée de l’enfer nocturne de son long calvaire de survivant traumatisé.
Il a marché de façon ininterrompue tout au long de cette effroyable nuit de cauchemars éveillés. Il a continué de marcher vaillamment tout au long de la lugubre journée suivante, sous un ciel bas, grisâtre et menaçant de pluie glacée d’automne triste. Il ne s’arrêtait que de très brefs instants, la peur au ventre, uniquement pour se désaltérer goulûment dans l’eau glacée des petits ruisseaux de montagne et pour avaler à la hâte quelques bouchées indigestes de pain rassis et de porc salé filandreux piochées dans son modeste balluchon de survie paysanne.
Les petites graines magiques enfouies précautionneusement au fond de la poche secrète de son manteau de laine se sont progressivement et miraculeusement refroidies au fur et à mesure que ses pas épuisés l’éloignaient de l’épicentre maléfique de la montagne maudite. Au moment de l’arrivée de la deuxième sombre soirée consécutive de sa longue fuite éperdue, la température de la surface ridée des petites graines indiennes n’était déjà pas plus chaude ni plus menaçante que la température ambiante de l’air automnal refroidi par la tombée de la nuit misérable.
Au moment béni où il a enfin aperçu les rails d’acier brillants de la gare ferroviaire salvatrice, l’artefact magique de survie était redevenu parfaitement froid au toucher comme des petits cailloux ordinaires de la berge d’une rivière paisible. Il a immédiatement acheté, sans discuter le prix exorbitant du billet de fuite inespérée, un accès pour le tout premier train fumant à destination de la rassurante grande ville provinciale de Lexington civilisée. De cette étape urbaine de Lexington, il a rapidement racheté un autre billet coûteux de train bondé en partance pour la ville de transit d’Indianapolis dans les plaines plates et herbeuses de l’ouest américain pacifié.
Et depuis les gares bruyantes d’Indianapolis, il a finalement acheté un dernier ticket de train lent le menant vers un tout petit village perdu de la vaste campagne rurale du sud paisible de l’Indiana fertile et inoffensif. C’était un petit village insignifiant et totalement inconnu dont il n’avait absolument jamais entendu parler de toute sa modeste existence de voyageur arpenteur des régions forestières reculées des États-Unis de son époque agitée. Il est descendu misérablement du dernier train sifflant et y a immédiatement loué pour une somme modique une misérable chambre mansardée située au-dessus de la grande quincaillerie du carrefour principal du village tranquille.
Et il s’est cloîtré dans cette petite pièce sordide, sans presque jamais en sortir ni voir la lumière du jour de cette région étrangère et plate comme une table de billard vert. Il y est resté tapi dans l’obscurité terrifiée pendant trois longues semaines d’insomnie et de tremblements convulsifs avant d’avoir enfin le courage de faire parvenir un petit message écrit pour rassurer quelqu’un de sa lointaine survie. Il n’est finalement retourné physiquement dans la grande ville de Lexington qu’après deux longs mois de convalescence psychologique acharnée et de terreurs nocturnes récurrentes de la figure macabre souriante dans le noir profond de sa petite chambre.
Lorsqu’il est enfin revenu parmi les siens, il a immédiatement cherché à retrouver la douce Verna de ses souvenirs heureux d’avant le grand cauchemar des montagnes obscures et hantées de créatures innommables, et il l’a brusquement demandée en mariage sans attendre de délai de bienséance sociale d’aucune sorte. Elle a accepté cette demande précipitée avec une joie simple et sincère, disant “oui” du fond de son cœur aimant. Et elle a eu l’élégance suprême de ne jamais lui demander pourquoi il avait mystérieusement disparu de la circulation si longtemps ni pourquoi son beau visage viril de jeune homme semblait soudain avoir vieilli d’une dizaine d’années cruelles de stress indicible pendant sa brève absence professionnelle sur les routes de l’Est.
Ils se sont mariés dans la joie et la paix retrouvée au cours du magnifique printemps fleuri de l’année suivante dans une petite église blanche des plaines herbeuses. Il a piteusement remis, par courrier recommandé silencieux, une ébauche de carte topographique honteusement incomplète et truffée d’erreurs grossières à l’orgueilleuse entreprise charbonnière de la riche métropole de Philadelphie, arguant faussement une longue et soudaine maladie tropicale infectieuse. Il a même poussé le ridicule jusqu’à leur rembourser une importante portion de ses généreux honoraires d’arpenteur expérimenté, ce qui, dans le petit milieu impitoyable de sa profession acharnée, était purement et simplement le genre d’aveu de faiblesse lâche qui brisait définitivement une belle et prometteuse carrière technique de géomètre indépendant de renom.
Les impitoyables hommes d’affaires corrompus vêtus de beaux costumes sombres dans leurs luxueux bureaux lambrissés d’acajou de Philadelphie n’ont absolument pas été satisfaits par cette grossière escroquerie contractuelle d’un vulgaire sous-traitant lâche fuyant ses prétendues obligations professionnelles rémunérées par leur grand capital de spéculation boursière. Ils lui ont expédié à deux reprises successives des lettres de menaces juridiques féroces et pompeuses, rédigées par leurs armadas d’avocats vicieux, exigeant fermement des explications rationnelles et une réparation financière immédiate pour la rupture abusive et infondée de l’important contrat de cartographie des futures mines mortelles et polluantes.
Il a eu la sagesse de ne jamais prendre la peine de répondre par écrit à l’une ou l’autre de ces grotesques missives de papier stérile et menaçant d’hommes de loi ignorants de la véritable horreur d’un monde souterrain où les avocats ne pèsent d’aucun poids de justice humaine. Il a humblement accepté une modeste place mal rémunérée de professeur de mathématiques appliquées dans un très petit collège rural paisible du sud ensoleillé de l’Indiana plat. C’était une région douce et reposante où les vastes étendues cultivées de maïs étaient désespérément plates et où les horizons lointains étaient très longs et dégagés, à l’abri de l’ombre oppressante des bois impénétrables de la frontière.
Et il n’a plus jamais, jusqu’à son tout dernier souffle misérable de mortel effrayé par l’au-delà incertain, accepté d’exercer sa dangereuse et mortelle ancienne profession maudite d’arpenteur de collines inexplorées de la terre ancienne. Il a religieusement conservé les petites graines miraculeuses enfermées dans une très belle petite boîte en bois précieux finement sculpté posée bien en évidence au milieu du manteau de la grande cheminée en pierre rassurante de son chaleureux et paisible petit bureau de travail universitaire provincial. Et une fois par an exactement, toujours scrupuleusement vers la fin cruelle du triste mois de septembre pluvieux, précisément au moment de la redoutable période astrologique de l’équinoxe d’automne sanglant.
Il prenait secrètement la petite boîte de bois précieux, l’ouvrait avec précaution, et il sortait les petites graines pour les tenir fermement dans le creux de sa main tremblante et vérifier leur température mystique d’alarme de la forêt ancienne des monstres indicibles de la fin des temps. Elles ne sont absolument jamais redevenues tièdes au cours de toutes ces longues années passées dans la sécurité relative de la maison familiale bourgeoise et bien chauffée. Mais une seule et unique fois inoubliable, au cours de la lointaine année tragique de 1903 du nouveau siècle industriel mécanique et bruyant ignorant des anciens dieux.
Il rentrait chez lui à pied après une très longue et exténuante journée d’enseignement ennuyeux au collège, marchant lentement le long d’un trottoir par une très froide soirée d’octobre particulièrement sombre et couverte de nuages d’orage crachant de fines gouttelettes de pluie glacée. Et il est passé en rasant les murs devant la grande vitrine de verre assombrie d’une belle boutique de vêtements malheureusement fermée pour la nuit. Et soudainement, du coin de son œil paniqué attiré malgré lui par l’éclat terne du grand verre parfaitement poli de la coûteuse vitrine provinciale urbaine.
Il a nettement vu, avec une clarté optique diabolique et indéniable dans le sombre et parfait reflet funeste du grand verre lourd et glacé de la nuit noire. Une ombre très haute, extraordinairement élancée et difforme de créature cauchemardesque se tenant parfaitement et silencieusement immobile sur le large trottoir pavé juste derrière son propre dos d’homme vieillissant et affaibli par les ans de terreur secrète. Il a scrupuleusement obéi aux derniers ordres vitaux du chaman en ne tournant pas sa propre tête grisonnante d’un millimètre pour faire face à la bête innommable de son passé lointain surgi des tréfonds des enfers.
Il a simplement continué de marcher mécaniquement devant lui comme un misérable automate aveugle terrifié sans marquer de pause ni accélérer sa cadence de vieillard perclus. Il a sciemment emprunté le plus long et le plus tortueux de tous les chemins possibles de retour vers la chaleur illusoire de sa maison bourgeoise lors de cette atroce nuit froide d’automne en arpentant exclusivement les rues de la grande ville qui étaient puissamment et fortement éclairées par de solides réverbères à gaz modernes sifflants de lumière jaune et crue. Et il n’est scrupuleusement et lâchement plus jamais passé volontairement devant une seule de ces grandes fenêtres de maisons ou de vitrines marchandes qui n’avait pas préalablement et distinctement une vive et grosse lampe à huile brûlant puissamment de l’autre côté du carreau de verre protecteur contre les forces des ténèbres du mal absolu rampant dans la nuit aveugle.
Lorsqu’il a enfin franchi le seuil de bois dur de la robuste et protectrice grande porte de chêne de sa chaude maison familiale barricadée contre le vent glacé d’hiver précoce des grandes plaines dénudées. Il a craintivement plongé sa main droite encore tremblante de grand froid humide et de panique viscérale jusque dans la poche de laine humide de son vêtement trempé de pluie d’orage noir. Les petites graines maudites de l’alarme magique de survie étaient curieusement devenues très légèrement tièdes au toucher sensible de sa peau ridée.
Ce n’était qu’une très légère et bien faible sensation de tiédeur douceâtre insidieuse, mais c’était indubitablement une sensation bien réelle de tiédeur chaleureuse de mort en approche de traque. Il s’est assis lourdement sur la grande chaise en cuir de son confortable petit bureau privé durant cette atroce longue nuit de cauchemar éveillé, laissant curieusement la grosse mèche de la forte lampe à pétrole de laiton réglée au grand maximum possible d’éclat lumineux de sécurité. Et il n’a scrupuleusement pas pu fermer l’œil de tout ce reste effrayant de la longue nuit noire, et au petit matin blafard, le redoutable artefact de survie végétale était fort heureusement redevenu parfaitement et complètement froid de pierre grise.
Il n’a strictement jamais osé partager la moindre infime parcelle de cette lourde horreur psychologique intime du passé hanté de traque surnaturelle ou des secrets des graines de défense mortelle avec sa douce et tendre femme Verna. Il n’a purement et simplement jamais rien raconté de cette histoire de démon de la forêt à aucune âme qui vive sur cette grande terre ignorante des secrets cachés de la nuit des temps. Il est malheureusement mort prématurément de sa belle mort paisible dans son grand lit chaud en l’année 1909 des tristes suites pulmonaires d’une sévère pneumonie foudroyante qui l’a foudroyé à l’âge modeste de cinquante-six longues et douloureuses années de stress secret refoulé au plus profond de l’âme humaine terrorisée en silence résigné.
Sa fidèle et courageuse femme l’a vaillamment et solitairement survécu de vingt-deux très longues années de deuil exemplaire et mélancolique dans la grande demeure vide d’enfants criards de vie exubérante. Et ce fut bien longtemps après le triste décès de son mari tant aimé qu’elle a fini par découvrir, enfouie tout au fond d’une énorme liasse oubliée de tous ses vieux papiers administratifs poussiéreux entassés sans ordre apparent dans un vieux meuble. Une étonnante et curieuse lettre cachetée écrite de sa propre main tremblante mais qui n’avait malheureusement jamais été postée aux bons soins du service public affranchi du vaste pays.
L’épaisse enveloppe jaunie de la lettre non partie portait pompeusement l’adresse scrupuleusement calligraphiée destinée à un mystérieux et lointain homme au nom bien étrange d’Aldous Deux-Hivers avec la discrète mention “aux bons soins de l’honorable magasin général perdu dans les brumes matinales du tristement célèbre campement de la Boucle de Peau de Loutre de la lointaine frontière hostile du Kentucky noir”. Le texte pathétique et manuscrit de la terrible lettre intime criait :
« J’ai intensément pensé à vous tous les misérables jours de ma courte vie pendant vingt et un longs ans. »
Il confessait à l’homme sauvage :
« Je n’y suis jamais retourné physiquement avec mes instruments. »
Il a juré le respect du grand secret imposé du chaman de survie de la terre ancienne oubliée du temps :
« Et je n’ai strictement rien dévoilé de votre terrifiant secret indicible et inavouable à la moindre oreille compatissante d’âme qui vive ici-bas dans ce monde cruel. »
Il a résumé son calvaire :
« J’ai fait fidèlement et scrupuleusement tout ce que vous m’avez sagement ordonné, mais je veux éperdument que vous sachiez aujourd’hui… »
Il a avoué le coût de sa survie :
« …que je n’ai pas pu bénéficier d’une seule misérable véritable et réparatrice nuit de paisible sommeil réparateur depuis le triste jour lâche où je suis pitoyablement redescendu fuyant de votre haute et funeste montagne ensorcelée de l’horreur absolue de mal d’outre-tombe des ancêtres indiens égarés. »
Il a décrit son affliction nocturne :
« Parce que je fais souvent le terrible cauchemar fiévreux de moi-même patientant comme une pitoyable cible docile sur un triste et venteux quai de gare ferroviaire lugubre de la grande plaine rurale déserte de la région. »
Il a expliqué la nature du rêve :
« Et d’y voir clairement approcher, dans le sombre reflet impitoyable du grand verre des vitres épaisses des compartiments défilants des longs wagons crasseux des voyageurs de l’impossible du néant obscur du monde des morts froids… »
Il a caché l’horreur textuelle :
« …une entité surnaturelle que je me refuse fermement à oser décrire par des mots écrits d’encre même sur cette pauvre lettre de confession sincère de mourant torturé. »
Il a partagé sa plus grande peur :
« Je rêve obstinément avec angoisse qu’elle est continuellement en train de rôder autour de ce quai obscur et balayé par les vents mauvais et froids. »
Il a ajouté l’objet de l’attente :
« Et qu’elle attend patiemment que je fasse l’erreur absolue de finir par y revenir imprudemment un de ces sombres soirs sans lune ou espoir. »
Il a formulé sa dernière prière :
« Et je vous écris désespérément aujourd’hui dans le seul but de vous demander sagement, avant de pousser mon dernier soupir terrestre… »
Il a interrogé sur la magie de sa fin :
« …si vous croyez au fond de vous que ces ridicules graines magiques de survie ont réellement réussi à l’empêcher physiquement de me retrouver toutes ces longues années. »
Il a exprimé son ultime anxiété mortelle :
« Ou si vous êtes tragiquement convaincu qu’elle fait simplement preuve d’une monstrueuse patience immortelle d’entité millénaire chasseresse de vies mortelles. »
Il a supplié par écrit :
« S’il vous plaît, je vous en conjure, écrivez-moi vite en retour. »
Il a conclu par cette terrible phrase d’aveu de fragilité humaine et sociale de la folie des horreurs cosmiques de la vieille Amérique indomptée des origines sombres :
« Car je suis beaucoup trop terrifié par la peur du jugement condescendant pour oser poser une question aussi folle et démentielle à qui que ce soit d’autre ici-bas de rationnel et civilisé. »
Cette lettre si poignante de sincérité mortelle et touchante d’angoisse inavouée de la nuit profonde n’a malheureusement jamais franchi le seuil rassurant de la porte verrouillée du bureau privé du professeur tourmenté par son démon familier muet tapi dans l’obscurité. Verna ignorante de l’horrible vérité diabolique de l’équinoxe d’automne sanglant a pieusement et simplement rangé et conservé ce papier plié en quatre dans la petite boîte finement sculptée en compagnie des précieuses graines d’alarme ridées de l’étrange relique odorante. À son propre et bien triste décès inéluctable survenu dans la vieillesse solitaire durant la grande Dépression de la dure année civile de 1931 de misère noire.
La belle petite boîte insolite fut transmise sans grande explication historique de succession familiale à une nièce collatérale éloignée des défunts locataires de la bâtisse provinciale bourgeoise. Et de cette nièce lointaine, l’objet de survie du chaman de légende urbaine glissa silencieusement vers l’étagère poussiéreuse d’un de ses petits-neveux ignorant du malheur, pour finir sa longue course d’errance dans un placard. Il échoua piteusement entre les mains désinvoltes d’une misérable petite société d’histoire locale confidentielle et amatrice de bric-à-brac patriotique située dans une bourgade ignorante des grands mystères perdus du grand sud de l’Indiana plat et vide.
Ces prétendus historiens amateurs aux grandes lunettes rondes inefficaces ont doctement et bêtement catalogué avec de faux et superbes termes archéologiques ronflants l’objet du drame secret avant de le balancer dans un tiroir opaque de meuble de tôle. Et ce pauvre tiroir grinçant est ironiquement resté désespérément et solidement bloqué et fermé à triple tour hermétique pour l’équivalent de presque la plus grande majeure partie ignorante de l’entier du grand vingtième siècle mécanique et frénétique oublieux de la nature hostile. Les fameuses petites graines indiennes magiques de l’alarme sylvestre ancestrale, au moment furtif où l’on a très récemment entr’ouvert cette relique du fond du placard du musée minable de cambrousse oubliée.
Elles étaient absolument et incroyablement restées intactes et parfaites de conservation malgré les ans et la poussière accumulée autour de l’écrin de bois fin. Elles étaient toujours aussi sombres, tout aussi ridées et remarquablement minuscules, et tout aussi incroyablement et désespérément et parfaitement sèches que le bois mort brisé. Une aimable archiviste à lunettes de presbyte travaillant bénévolement dans cette triste société pseudo-historique pleine d’araignées locales poussiéreuses m’a gentiment glissé une confidence glaçante de naturel provincial ignorant.
Elle m’a naïvement glissé lors de mon passage intéressé, lorsque j’y suis allé récemment pour examiner attentivement de mes propres yeux avides cette fameuse collection hétéroclite du passé des hommes en fuite désespérée. Elle m’a dit d’un ton monocorde sans éclat que ce bel écrin précieux n’avait été formellement et curieusement ouvert que très exactement deux seules et uniques fois minuscules sur les cinquante longues et dernières ennuyeuses années du musée désert des curieux ouverts aux drames occultes.
Elle m’a murmuré :
« Lors de ces deux seules et très rares occasions de vérification routinière et ennuyeuse des étiquettes fragiles des archives anciennes endormies… »
Elle a ajouté le détail horrifique ignoré :
« …la personne archiviste qui a délicatement soulevé le couvercle de la boîte fermée a innocemment et curieusement remarqué… »
Elle a conclu son anecdote :
« …que ces vieilles graines ridicules, défiant toute logique et attente naturelle de conservation de matière végétale sèche et inerte de musée mort depuis un siècle entier, étaient inexplicablement et curieusement tièdes et chaudes au moindre contact humain de curiosité maladroite. »
Le chaman Aldous Deux-Hivers a ironiquement vécu exactement neuf longues et paisibles années supplémentaires bien comptées dans la forêt sombre de survie âpre et difficile de l’ancien temps primitif. Il a vécu ceci après le départ précipité en pleine nuit du jeune froussard d’arpenteur Crumrine parti chouiner dans les jupes de sa grande ville lointaine par le train de la honte de la lâcheté masculine assumée. Il est mystérieusement mort de vieillesse apaisante en l’année brumeuse de 1896 de l’ère humaine, pendant son sommeil profond sans rêve ni cauchemar.
Il avait un âge vénérable et miraculeux que les registres locaux du comté miteux décrètent formellement, bien que sûrement très inexactement, comme ayant été de quatre-vingt-dix belles et glorieuses années passées sous l’ombre du mal silencieux. Il a été pieusement et respectueusement enseveli à la hâte sur son propre petit terrain escarpé près des rives protectrices du grand ruisseau gazouillant, exactement selon les termes draconiens stricts de ses dernières volontés de vieillard intraitable de la vallée des ombres rôdeuses éternelles du monde originel de la préhistoire noire américaine ignorée. Une bien pauvre et minuscule pierre tombale grossièrement polie et usée marque encore vaguement l’endroit de son dernier repos mérité loin du fracas de la grande folie du mal dominant.
Un peu avant de finalement rendre l’âme au grand créateur ineffable de la nature toute puissante, il s’est patiemment assis au coin du feu dans l’intimité secrète et chaleureuse de la cabane obscure. Il a invité un tout jeune blanc-bec de garçon du campement naissant, un certain gringalet curieux nommé Volney Gardner, qui s’était très fortement et naïvement pris de grande passion juvénile aveugle pour la collecte hasardeuse et indiscrète des prétendues très vielles et croustillantes histoires locales fantasmagoriques du passé indien du comté minier charbonnier ravagé par les spéculateurs de Philadelphie. Et il a longuement raconté à ce fouineur innocent de la vallée morne, en une seule et très longue tirade haletante sans interruption.
Il lui a dévoilé fidèlement une très grande majeure partie glaçante de ce qu’il avait révélé un certain matin brumeux d’automne effrayant de la lointaine année tragique de survie éternelle de 1887 à un lâche arpenteur blême. Il a fermement et vertement intimé l’ordre impérieux au jeune Volney d’écrire méticuleusement et religieusement toutes ces folies monstrueuses sur des feuillets durables à la plume précise et froide de l’encre indélébile. Il a ordonné d’emprisonner solidement tout cet écrit diabolique et inavouable pour les esprits sains et équilibrés des mortels modernes dans une grande et solide boîte métallique de fer blanc rouillé.
Il lui a commandé de l’enterrer profondément, comme un trésor mortel de poison maléfique absolu, juste sous le poids colossal de l’exacte troisième grosse pierre usée de l’âtre de son propre foyer chauffant rassurant. Il a enjoint le fouineur de ne la déterrer de ce sombre tombeau occulte que si, et seulement si, un curieux étranger ignorant des coutumes venait s’installer en ville et posait trop de questions dérangeantes. Volney a bêtement et servilement obéi à cette curieuse injonction macabre d’outre-tombe des ancêtres indiens éteints dans la brume du passé lointain et perdu.
La mystérieuse boîte métallique rouillée du témoignage infernal fut finalement ramenée au grand jour aveuglant par de grands coups de pelle rudimentaire au cours de la belle année lointaine de prospérité trompeuse de 1962 de l’Amérique triomphante de la technique invincible atomique. Elle fut exhumée avec difficulté par un prétendu grand expert folkloriste universitaire bardé de diplômes grotesques et inutiles provenant d’une lointaine faculté embourgeoisée ignorante et crédule de l’État ennuyeux de l’Ohio terne. Il avait été imprudemment guidé sur cette étrange piste obscure par les radotages avinés d’un tout vieux et misérable survivant édenté du pauvre campement délabré qui prétendait mordicus qu’un très lourd et lointain secret y dormait.
Ce docte savant de salon a alors déchiffré pompeusement et lu l’incroyable contenu morbide des pages du manuscrit de la fameuse boîte de fer blanc abîmée. Il en a misérablement tiré la maigre et ridicule substantifique moelle pour faire paraître pompeusement un très petit et ridicule et prétentieux article sans saveur dans une toute petite revue académique et prétentieuse lue par quelques vieux cons de professeurs barbus ignorants et pédants de l’université locale isolée. Cet article ronflant d’explications foireuses pseudo-sociologiques du folklore paysan attardé des montagnards consanguins américains cons n’a strictement pratiquement jamais été lu par l’opinion du vaste public intéressé des masses qui ne demandait pourtant qu’à savoir frissonner de l’horreur des ancêtres maudits.
Le petit journal stupide et confiné de la faculté inutile a bêtement fait faillite, sombrant pitoyablement et tombant définitivement aux redoutables oubliettes impitoyables du temps. Il a sombré piteusement dans le grand trou noir de l’oubli définitif trois ridicules années plus tardivement de gestion désastreuse académique et vaniteuse en vase clos de l’idiotie scientifique triomphante fermée. L’intégralité du triste contenu des feuillets inestimables de survie forestière sortis miraculeusement du sol de la cabane fut ensuite platement et lâchement refourgué et charitablement misérablement donné sans prix à la grande et anonyme bibliothèque aveugle d’une immense université morte et sans âme pure.
Où ils pourrissent aujourd’hui très banalement dans un très vulgaire petit carton grisâtre banal et triste, vaguement estampillé dans l’indifférence d’une vulgaire marque au crayon à papier effaçable du triste nom minable des « Papiers inclassables du Coude de Peau de Loutre de la région sud sans intérêt particulier connu ou remarquable des chercheurs occupés ». J’ai méticuleusement lu avec une très grande frayeur et respect tout cet extraordinaire papier oublié avec frisson absolu de vérité cachée d’outre-tombe monstrueuse de l’horreur insondable. Ils constituent le sombre cœur palpitant de ce qui compose avec horreur morbide et sueur froide mon immense et gigantesque et unique compilation obsessionnelle macabre nommée pompeusement et dramatiquement « Le Dossier des Appalaches » sanglant.
Le petit lien électronique de redirection vitale pour votre propre survie éternelle se cache jalousement en plein cœur aveuglant de la description en bas de cette même page de l’écran lumineux. Et je l’ai mis aussi dans le précieux et premier message lourdement et fortement épinglé tout au sommet écrasant de la fosse aux commentaires bavards et inutiles de l’ère du temps gaspillé. Le vieux et très modeste campement enfumé et pouilleux d’un autre temps oublié des hommes modernes de la tristement nommée zone de l’Otter Skin Bend de mort funeste a pitoyablement survécu et agonisé pendant une ultime et misérable petite génération supplémentaire de miséreux exploités par la terre aride et dure à la peine.
Et puis curieusement, dans les longues années sanglantes de deuil de deuil atroce et inconsolable consécutives à la grande et folle tuerie boucherie aveugle sans nom terrible de la Première Guerre Mondiale ravageuse des terres d’innocence brisée. Lorsque les braves et pauvres jeunes garçons ruraux pleins d’illusions héroïques patriotiques ne sont jamais revenus marchant glorieusement victorieusement triomphaux sur leurs pauvres deux jambes intactes des horribles et infectes tranchées inondées de sang boueux crasseux mort de la lointaine terre étrangère mutilée et défigurée de la douce France violée d’Europe aveugle. Et quand la diabolique et richissime et insatiable et grande compagnie cupide mortifère de charbon infernal trompeuse basée dans le confort luxueux de Philadelphie des traîtres n’a cruellement jamais fait venir et délibérément jamais fait construire ou bâtir un seul petit malheureux mètre puant de son satané et fumant chemin de fer menteur des spéculations illusoires urbaines et cruelles et cyniques des hommes des affaires sanglantes des billets verts volés de la sueur du pauvre et du mort au combat lointain.
Les pauvres et rustiques malheureuses petites cabanes d’écorce de misère noire ont pleuré et doucement pleuré et se sont inexorablement et pitoyablement vidées et abandonnées par leurs pauvres âmes en peine désespérées résignées l’une misérablement après l’autre solitaire décimée par la dure réalité inhospitalière aveugle sans but. Et le vieil épouvantable comptoir de survie du fond du trou du général décrépit miteux de provisions minables de la grande veuve austère inflexible de pierre Ashlock d’un autre temps perdu et dépassé a tristement piteusement tragiquement été racheté minablement soldé avec des sous minables par un vieux et crétin étranger incapable ignorant tout. Qui a finalement et bêtement pathétiquement et de misère fermé boutique rouillée de dette avant l’ultime de la petite fin de l’année des comptes impayés ruinés des impôts des froids d’insuccès et pauvreté noire des poches vides affamées des affamés errants éternels de la vallée oubliée des anges d’or du ciel bleu indifférent aveugle sourd fuyant l’humain souffrant des cris des pleurs du néant de l’existence sans lendemain rieur de la forêt sombre et maléfique reprenant patiemment ses vieux et inaliénables inébranlables immémoriaux lointains vastes sanglants impitoyables maudits et terrifiants et froids droits de nature invincible.
Vers 1930 de l’ère du temps l’humain chassé, plus une seule lointaine pitoyable et chétive misérable ridicule infime chancelante étincelle d’âme vivante palpitante de chaleur humaine bruyante ne frémissait misérablement ne serait-ce qu’une malheureuse seconde d’éternité pour errer survivre rire chanter pleurer espérer crever dans la zone humide du coude oublié tordu et mort de la rivière serpent. Les vieilles et très belles mais si tristes cabanes pourries mangées rongées digérées lentement des termites d’effondrements écroulements fracas silences profonds de bois mous et de bois froids se sont piteusement toutes inéluctablement effondrées et affalées et couchées sous les grandes pluies battantes froides mortes et les neiges d’effacement du monde sans regret sans pleur de la mémoire éteinte éternellement fermée effacée oubliée noyée absorbée sans fin dans l’inévitable disparition indifférente minérale. Le petit chemin d’accès boueux et la misérable ancienne route autrefois truffée de crevasses ornières des roues grinçantes criardes et de bois cassant fuyant s’est inéluctablement et férocement mangée végétalisée engloutie verte feuillue racine étouffée envahie couverte perdue de ronces cruelles sauvages épineuses piquantes de houx grimpants de lierres tueurs envahissants rampant lianes.
La très grande, la monstrueuse impériale et silencieuse haute crête d’enfer noire d’horreur s’est froidement dressée arrogante dominatrice éternelle inébranlable colossale majestueuse et terrible meurtrière carnassière au ciel comme une insulte macabre, exactement comme la grande diablesse s’était toujours tenue érigée dressée hautaine et intouchable depuis la genèse sanglante primitive du monde aveugle muet minéral. Conservant éternellement l’exacte terrifiante même très longue forme bleuâtre menaçante floue profilée coupante arrogante cruelle meurtrière de dents de la nuit sur le ciel plombé gris et triste qui pleure des drames perdus. Et la terre froide, très exactement et atrocement comme le bon vieux fou solitaire du bois magique l’avait jadis autrefois murmuré et soufflé au gringalet idiot aux instruments de laiton de l’incrédulité arrogante, la putain de terre ne pouvait pas et elle s’en est rappelé des pactes sanglants obscènes lointains innommables de la nuit des temps froids éternellement liés sans fin mort.
Des groupes hétéroclites et inconscients de vieux chasseurs bruyants et avinés d’arrogance puérile des prétendus hommes très forts rudes et virils venus naïvement armés de l’extérieur pacifié des villes douillettes lointaines des conforts futiles ignorants vont encore parfois stupidement s’aventurer là-haut fiers et arrogants chercher l’aventure de bravade de gibier sanglant à ce jour sombre encore et même aujourd’hui en notre temps éclairé de technique futile désuète inutile face à la nature immonde noire maléfique. La plus grande et banale rassurante trompeuse majorité statistique administrative fausse du grand nombre illusoire de tous ces prétendus fiers gaillards en goguette dominicale virile d’abrutis bruyants finit heureusement banalement triomphalement pour eux de bêtise saine et sauve de descendre en un seul tas de chair entier de la très haute montagne tueuse féroce d’enfer végétal. Une petite fraction mathématique glaciale et statistique froide et indicible de tous ces vaillants et vantards imbéciles heureux des plaines riantes insouciantes lointaines de sécurité des bars enfumés, par contre fatalement mortellement définitivement cruellement d’enfer pour eux, ne revoit strictement tragiquement jamais ô grand jamais la chaleur de leur stupide misérable pitoyable vain et si court et ridicule de vie foyer d’existence fugace.
Les petits fonctionnaires corrompus fatigués usés et si très administratifs gris lâches de merde des minuscules bureaux minables sans lumière du sale vieux lointain comté endormi sans gloire ni drame officiel criant à la face du monde. Lorsqu’on s’abaisse à aller les interroger respectueusement très naïvement candidement très stupidement de la misérable mort inexpliquée avec le stylo officiel des curieux stupides de l’enfer aveugle. Ils vous diront d’un ton monocorde menteur usé banal endormi rassurant hypocrite plat et lâche misérable menteur complice faux cul fuyard complice complice de crime absolu et terrifié de la malédiction de mort cachée indicible.
Que c’est un très rude morceau brutal de sauvage de terre aride ravin pays de falaises tueuses de ronces griffantes dangereux de loups de pièges inhospitalier inhospitalier au monde des hommes mous de villes civilisées en promenade dimanche de loisir fou imbécile tragique erreur de compas faussé de carte fausse d’égarement inévitable. Et que les vrais hommes de la nature rugueuse dure virile rurale primitive de sang et de fer de chique et de suif et de cuir s’y perdent aussi banalement parfois stupidement très banalement d’égarement de froid de boussole folle cassée brisée de nuit sans lune ou de simple cheville hélas tordue et fatale. Et qu’il ne faut donc sagement scrupuleusement impérativement intellectuellement et raisonnablement ne pas surtout pas y voir lire chercher fouiner extrapoler broder inventer de mythes légendes histoires drames ou la moindre trace d’un seul putain de truc mystérieux magique fou surnaturel ou maudit ou démoniaque ou satanique ou inexpliqué là-dedans la poussière de l’affaire banale d’une pauvre mort de con gelé dans le noir sans secours ni cris entendus.
Mais le vrai, l’unique redoutable et très secret bureau gris et caché moisi de la paperasse et des vrais archives poussiéreuses sous clés du vrai vieux bureau lâche du gros et silencieux muet lâche corrompu ou terrifié par les mots bureau gris du petit et gros shérif de campagne corrompu gras inutile. En ces très terribles funestes froides décennies de deuil aveugle des temps longs glissés secrètement discrètement sans grands cris ni journaux tonitruants étouffés silencieusement passés très doucement inaperçus cachés invisibles sous le tapis poussiéreux de l’histoire locale entre l’année tragique de guerre de 1940 cruelle et la belle folle année de joie aveugle 1960 insouciante. Ce bureau macabre a enregistré d’une main morte glaciale et lâche la liste noire sanglante effroyable terrifiante d’exactement très précisément pas moins de onze disparitions inexpliquées absolues d’êtres de chair de sang d’hommes adultes de force virile sur les pentes de la colline de cette maudite satanée terrifiante funeste diabolique immonde crête mangeuse de vie broyeuse d’âme noire de la montagne maléfique originelle et sans nom de mal pur ou d’enfer absolu ou de démons des enfers.
Onze cadavres engloutis évaporés fondus mangés recrachés ou non disparus vaporisés d’un coup. Dans un tout et ridicule minuscule si petit petit et très infime microscopique microscopique banal inoffensif comté de misère paysanne noire très noire perdue isolée de monde entier loin loin. Dont la toute maigre pauvre la globale maigre misérable si faible et risible et chétive et clairsemée très petite et fragile minuscule microscopique misérable population entière de gens vivants recensée laborieusement durant ces fameuses lointaines longues pauvres décennies de boue d’ennui morne plat et répétitif de boue gelée d’automne triste n’a pourtant strictement jamais grand jamais une seule maudite petite fois misérablement d’un seul pauvre crétin dépassé ou excédé le cap des misérables petites quatre pauvres et risibles petits milliers de pauvres âmes en peine vagabondes sans grande fierté gloire espérance ou avenir ou amour d’illusions évaporées par la sueur noire charbon pauvre des miséreux.
La très fausse ou la plus grande des fausse trompeuse majeure stupide partie fabriquée cousue de fil blanc de toutes de l’intégralité folle mensongère menteuse hypocrite fausse des stupides incroyables tristes ridicules enquêtes minables de toutes de toutes les onze fausses minables horribles de fausseté de ces très mystérieuses disparitions silencieuses inexpliquées cruelles tragiques foudroyantes évaporations dans la brume maléfique aveugle du diable de la forêt. Elles furent très et particulièrement discrètement faussement très calmement très posément et prudemment menteusement silencieusement mises lâchement et officiellement étouffées imputées classées attribuées collées inventées faussement et faussement justifiées expliquées très très officiellement et très proprement très proprement très très administrativement. Attribuées sans honte ni scrupule par lâcheté du mystère effrayant à d’autres causes mortelles parfaitement classiques banales claires nettes précises d’une fausseté d’évidence criminelle de l’arrangement très commode des vivants terrifiés voulant effacer la trace du très très grand prédateur de la nuit maudite de l’enfer insatiable et impuni invincible et monstrueux cauchemar impuni invincible d’oubli absolu.
Noyade accidentelle stupide tragique de soûlard aviné dans trois centimètres d’eau. Grosse mortelle brutale et sanglante inéluctable très inéluctable et violente attaque animale fulgurante écrasante féroce griffue monstrueuse de très grand d’un très grand très féroce énorme très gros plantigrade d’ours très noir lointain de printemps énervé affamé cruel. Un malheureux crétin d’homme perdu abruti soûlard aviné ivre de mauvais alcool frelaté tordu vacillant qui a bêtement misérablement tristement pathétiquement et de façon très lâche perdu lâchement sa route paumée et qui s’en est doucement endormi bêtement allé vagabonder égarer son âme morte mourir bêtement de grand gel et mourir idiot dans le fond boueux gelé misérable puant gelé noir perdu minable d’un petit creux de ravin raide glacé.
Mais voilà le grand vrai problème des vrais petits documents menteurs des administrations lâches : les bons vrais vieux bons documents authentiques les seuls vrais vieux bons documents authentiques intègres de la très sombre cachette. Ces fameux vrais putains de très réels vrais bons vieux vrais dossiers que j’ai l’immense honneur d’avoir tenus fiévreusement lu scruté exploré vus compulsés longuement longuement longuement vu de mes yeux malades. Ils narrent discrètement et subtilement très prudemment au stylo lâche une tout autre vérité folle diabolique terrifiante inouïe impossible folle bien différente très et particulièrement plus attentive soigneuse terrifiée effroyable folle et très prudente et précautionneuse macabre folle d’histoire chuchotée de peur écrite d’histoire très prudente très très soigneusement histoire cachée lâchement inavouable ou de démon vivant caché des aveugles aveugles idiots et sourds bêtes naïfs sots futiles arrogants civilisés morts et mangés et oubliés vite très vite misérablement misérablement des archives du pays vide.
Dans l’extrême effroyable l’écrasante foudroyante stupéfiante majorité neuf horribles terribles sinistres noirs maudits cas très de toutes précises disparitions brumeuses sur les onze recensées. Absolument strictement rigoureusement pas le moindre petit os ou lambeau de chair ou trace de corps froid charogne de mort décomposé n’a strictement jamais grand jamais une seule maudite fois été misérablement tristement pathétiquement retrouvé exhumé ramené des limbes de la grande bête verte noire féroce et impitoyable de la mort foudroyante sylvestre inexpliquée de la haute prairie d’enfer absolu du monde caché infernal faim insatiable faim de mort faim faim éternelle d’âmes. Dans les deux seuls pauvres minuscules très tragiques uniques macabres sanglants seuls les deux très terribles cas rarissimes minables de survie partielle résiduelle tragique où des putains de restes misérables puants pourris mutilés de bouts de corps restes sanglants de viande humaine et restes de loques furent très laborieusement miraculeusement tristement malheureusement enfin pitoyablement vaguement enfin finalement atrocement difficilement finalement et horriblement tristement piteusement tragiquement situés localisés et repérés ramassés froids d’enfer horreur charnier.
Les pauvres et atroces infâmes et sanglants et puants et très macabres restes putréfiés horribles d’enfer décharnés froids indicibles abîmés mangés déchirés tordus tordus ignobles n’étaient tragiquement et formellement pas ni de près ni de très loin du misérable malheureux pitoyable tout très petit peu de nature de ce qu’un homme civilisé normal et sain d’esprit sain pourrait accepter de voir sans vomir sa propre misérable petite âme terrorisée terrorisée morte fuyante. Ce qu’ils étaient vraiment réellement n’était formellement misérablement tristement absolument pas d’une telle et si cruelle monstrueuse horreur monstrueuse impossible forme aberrante torturée maudite d’horreur que je pourrais misérablement moi-même être tranquillement prêt et froidement disposé et psychologiquement misérablement disposé de vous le décrire proprement poliment décrire proprement. Je ne vous le narrerai certainement pas très précisément ici dans ce pauvre format limité du réseau sans me faire maudire censurer ou fuir misérablement moi-même de folie vomie terreur fuite peur mort silence peur folie folie des mots horreur absolue des détails vomis hurlants peur.
Je me contenterai très froidement de vous dire une unique chose courte terrifiante glaçante d’indication folle absolue horreur de constat simple : dans un unique sinistre maudit cas précis sanglant tragique de ces deux de ces deux uniques et très macabres sombres froids dossiers indicibles horreur sang charogne peur faim peur charogne peur mort. La soi-disant risible pathétique comique lâche minable officielle cause très et parfaitement formelle très très officielle du décès du décès prononcé du décès tragique du pauvre bougre très mortellement bêtement mortellement atrocement misérablement atrocement tragiquement très très froidement inscrite bêtement griffonnée couchée sur un froid stupide et banal minable formulaire. Rédigé rédigé bêtement soigneusement posément soigneusement prudemment au lâche de stylo fuyard menteur hypocrite avec la belle belle soignée hypocrite belle hypocrite fausse calligraphie soignée menteuse complice terrifiée corrompue tremblante soignée menteuse terrifiée corrompue soignée belle écriture tremblante cursive d’un petit lâche terrifié misérable de croque-mort fonctionnaire de très misérable pathétique petit coronaire médecin de la peur de la grande trouille noire terreur panique terreur complice muet muet lâche muet muet muet aveugle sourd complice de terreur noire absolue.
Qui avait visiblement très clairement intimement personnellement misérablement lâchement et très formellement reçu l’ordre hiérarchique clair l’instruction terrifiée verbale claire ferme sévère stricte lâche prudente l’instruction lâche formelle mafieuse d’officiel de garder de lâchement garder l’étouffoir et de conserver très jalousement farouchement garder farouchement impitoyablement garder étouffer cacher masquer conserver lâchement conserver le tout très très et infiniment tristement pudiquement bêtement terriblement pitoyablement menteur horriblement et très simplement le plus follement et administrativement lâchement et le plus follement très idiotement misérablement horriblement tristement et follement et très horriblement atrocement pitoyablement misérablement et follement follement le plus simple simpliste stupide du monde menteur menteur menteur. C’était la triste “hypothermie banale par une fatale et fatale cruelle misérable simple et classique exposition longue aux rudesses cruelles des grands éléments froids extérieurs tristes naturels bêtes froids cruels éléments tristes froids fatals morts bêtes tristes extérieurs hostiles” de froid banal. C’est ça.
Et que tout tout doucement très sournoisement au fin fond noir oublié puant du pauvre du misérable malheureux lâche hypocrite macabre terrifiant faux très faux misérable dossier puant menteur puant très très falsifié mort menteur puant mort froid horreur caché dans l’ombre morte froide. Tout petit griffonné caché furtif très mal écrit de peur frénétique vite écrit mal écrit tremblant vite au pauvre petit vilain petit très petit et gris pauvre malheureux et tremblant pauvre petit bout usé de petit de petit bout très gris sale et pâle pâle et pâle pâle crayon à papier gras mal taillé usé par la peur lâche paranoïa panique tremblante noire de panique terreur la plus totale noire indicible horreur peur fuite fuite panique très mal taillé fuite très mal taillé sueur poisse folie noire. Tout à fait furtivement lâchement écrit dans la fine pauvre toute petite et bien mince pauvre marge blanche immaculée ridicule inutile vierge déserte désespérée perdue vide vierge immaculée isolée insignifiante ridicule inutile morte isolée vierge vierge immaculée ridicule perdue morte perdue de la toute dernière et toute ultime triste et funeste et toute finale ultime misérable de page dactylographiée bête rapport plat inutile de mots froids vide rapport sans nom du misérable rapport final officiel rapport vide inutile rapport mort.
Dans une graphie différente. Quelqu’un avait ajouté trois mots. “Elle l’a pris.”
Je vais vous laisser juge. Décidez par vous-même de l’horreur indicible qui se cache là-haut.
Je suis monté là-haut l’automne dernier, sur cette route abandonnée. J’ai marché jusqu’aux ruines de la vieille cabane d’Aldous, au milieu du silence lourd des bois morts. Je suis rentré chez moi sans m’arrêter, j’ai fermé à double tour, et j’ai commencé à écrire pour avertir ceux qui écouteraient.
Le Dossier des Appalaches vous attend. Lisez ces trente-et-un témoignages l’un après l’autre, depuis l’arpenteur de l’armée jusqu’au docteur de campagne, et vous comprendrez l’ampleur de la malédiction. Croyez-vous que la terre garde de telles entités prédatrices en mémoire ? Dites-le-moi.
Verna a gardé la boîte, et les graines ont voyagé jusqu’à un musée oublié. J’ai tenu cette boîte l’année dernière, et les graines à l’intérieur n’étaient pas froides. Elles étaient tièdes, prêtes à avertir d’une menace millénaire.
Ne vous retournez pas. Ne courez jamais dans ces bois. Et surtout, si une ombre vous salue dans le crépuscule d’une forêt silencieuse, ne lui rendez jamais son signe.