Mort de Lyhanna: pour le maire du village de Puycasquier, le silo où a été retrouvé le corps de l’enfant “va rester quelque chose d’important, un mausolée”
Le 29 mai 2026, la vie paisible de Fleurance, dans le Gers, a basculé dans l’inimaginable. Lyhanna, une collégienne de 11 ans au sourire lumineux, disparaissait à la sortie de son établissement, le collège Hubert-Reeves. Ce qui semblait être une fugue ou un égarement momentané s’est rapidement transformé en une traque nationale, une course contre la montre désespérée pour retrouver l’enfant. Six jours plus tard, le verdict tombait, glacial et dévastateur : le corps de la jeune fille était découvert dans un silo agricole désaffecté à Puycasquier, un petit village situé à une quinzaine de kilomètres de là.

Depuis cette découverte macabre le 4 juin, le département du Gers, et avec lui la France entière, est plongé dans une onde de choc sans précédent. Si le suspect principal, Jérôme B., âgé de 41 ans et père d’une amie de la victime, a été rapidement mis en examen pour enlèvement et séquestration, c’est le sentiment d’une injustice profonde qui domine. Car derrière cette affaire de crime abject se profile un dossier judiciaire lourd, semé de signaux d’alerte ignorés et de dysfonctionnements institutionnels qui hurlent leur nom.
Un village sous le choc, une plaie ouverte
À Puycasquier, le traumatisme est immense. Le maire de cette paisible commune de moins de 500 habitants, Louis Turchi, exprime le sentiment général : une sidération totale. Les habitants, bouleversés, confient leur incapacité à reprendre le cours normal de leur existence. Pour la petite communauté, le silo agricole où le corps a été retrouvé est devenu un symbole insupportable. Le maire a d’ailleurs évoqué, avec une émotion contenue, la nécessité de faire de ce lieu quelque chose d’important, peut-être un mausolée, pour que la mémoire de Lyhanna reste gravée dans les consciences.
C’est que le choc a frappé à deux reprises. D’abord avec l’annonce de la découverte d’un corps, puis avec la confirmation qu’il s’agissait bien de la petite disparue. Les témoignages recueillis sur place reflètent une colère froide, celle de citoyens qui ne comprennent pas comment un tel drame a pu se produire en plein jour, à la sortie d’un collège, sous les yeux de tous. « C’est une abomination », répètent les habitants, le visage fermé et les yeux rougis par le chagrin.
La justice au banc des accusés
Très vite, l’enquête a révélé le profil effrayant du suspect. Jérôme B. n’était pas un inconnu pour les services de police, bien qu’il soit passé entre les mailles du filet. Visé par quatre plaintes et deux signalements pour viols sur mineurs, dont une plainte déposée en août 2025 qui n’a été transmise à la gendarmerie qu’en janvier 2026, le suspect a bénéficié d’une sorte d’impunité institutionnelle. Une première plainte, datant de 2022, avait même été classée sans suite.
Ces révélations ont déclenché une vague d’indignation nationale. Des voix s’élèvent, notamment celles d’associations de défense des mineurs, pour dénoncer une « défaillance systémique » de la justice française. Comment, dans un État de droit, un individu présentant un profil de pédocriminel récidiviste peut-il rester en liberté, capable d’approcher des enfants sans aucune mesure de contrôle ? La question est aujourd’hui sur toutes les lèvres et interpelle les plus hautes sphères du gouvernement.
Un hommage vibrant, une solidarité nécessaire
Dimanche 7 juin, quelques jours après la terrible nouvelle, près de 6 000 personnes ont défilé à Fleurance lors d’une marche blanche. Sous le mot d’ordre « Plus jamais ça », une foule immense a exprimé son soutien inconditionnel aux parents de Lyhanna, présents sur l’estrade avec le maire de la commune. L’émotion était palpable, portée par le sentiment partagé d’avoir perdu un enfant à tous. La tante de la petite victime, au nom de la famille, a évoqué l’idée que Lyhanna « doit être tellement émue de voir tout ce monde rassemblé pour elle ».
La municipalité a mis en place des cellules psychologiques pour accompagner les habitants les plus touchés, particulièrement les camarades de collège de la jeune fille. Les fleuristes de la région, submergés de commandes, ont vu leurs stocks épuisés par les milliers de bouquets déposés devant le funérarium et aux abords du collège. Chaque bougie allumée aux fenêtres des habitants est un témoignage silencieux mais puissant de la solidarité qui unit désormais ce territoire meurtri.
Le temps du deuil et de la réflexion
Alors que les obsèques de Lyhanna ont eu lieu vendredi dernier au cimetière de Fleurance dans une atmosphère de dignité absolue, le village de Puycasquier commence, tant bien que mal, à entamer son processus de deuil. Le maire, Louis Turchi, insiste sur l’importance de la parole et de l’échange pour surmonter cette épreuve. « La mairie reste un lieu chaleureux pour échanger sur ces points importants », explique-t-il, soulignant que le temps devra faire son œuvre, même si les cicatrices resteront visibles à jamais.
La mort de Lyhanna n’est pas qu’un fait divers tragique ; elle est devenue un révélateur. Elle pose des questions fondamentales sur la prise en charge des signalements pour maltraitance, sur la coordination entre les services judiciaires et les forces de l’ordre, et sur la protection effective de nos enfants dans l’espace public.
Le silo de Puycasquier, désormais scellé, ne sera plus jamais qu’un simple bâtiment agricole. Il restera, dans la mémoire collective, le théâtre d’une tragédie qui aurait dû être évitée. Pour la famille de la victime, pour les habitants du Gers, et pour tous ceux qui, à travers la France, ont suivi cette affaire avec le cœur serré, le combat pour la justice et pour la protection des plus vulnérables ne fait que commencer. Aujourd’hui, le Gers pleure Lyhanna, mais derrière les larmes, une demande de changement radical monte, sourde et puissante, exigeant que plus jamais un tel drame ne puisse se reproduire. Le souvenir de la petite collégienne de 11 ans est désormais lié à une quête de vérité que rien ne pourra arrêter.