Mort de Lyhanna: la mère de Rosa, qui a déposé plainte contre Jérôme Barella, assure n’avoir toujours “aucune nouvelle” des gendarmes
Le meurtre tragique de la jeune Lyhanna, survenu le 29 mai 2026, a agi comme un détonateur au sein de la société française. Au-delà de l’horreur absolue que représente la perte d’une enfant de 11 ans, cette affaire a mis en lumière des failles systémiques béantes dans le traitement des signalements pour violences sexuelles. Au cœur de cette tempête, la mère de Rosa, une jeune victime présumée de Jérôme Barella — le meurtrier présumé de Lyhanna —, ne décolère pas. Elle assure n’avoir toujours reçu aucun signe des gendarmes, malgré une plainte déposée dès août 2025, illustrant le sentiment d’abandon ressenti par de nombreuses familles face à une justice perçue comme défaillante.
Le cri d’une mère : un dossier ignoré
Dans son récit poignant, la mère de Rosa relate des faits d’une rare violence. Selon ses déclarations, les viols dont sa fille aurait été victime se seraient déroulés entre septembre 2024 et mai 2025. À l’époque, elle ne s’était pas contentée de se taire : elle avait alerté les autorités, apportant des éléments tangibles, notamment des examens gynécologiques qui venaient confirmer les récits de la jeune fille. Malgré cette gravité, les mois ont passé sans qu’aucune mesure concrète ne soit prise contre Jérôme Barella.
La douleur de cette mère est aujourd’hui décuplée par le sentiment de culpabilité — un fardeau qu’elle n’aurait jamais dû porter seule. “J’ai l’impression que c’est ma faute, que je n’ai pas crié assez fort pour qu’ils nous entendent”, confie-t-elle avec une amertume déchirante. Le contraste entre le sérieux des signalements et l’inertie des services chargés de l’enquête soulève une question fondamentale : comment un individu, dont le profil de prédateur était déjà documenté par plusieurs signalements, a-t-il pu échapper à la vigilance des autorités jusqu’au drame final ?
Une “crise systémique” reconnue

Le scandale a pris une telle ampleur que les plus hautes autorités de l’État ont été contraintes de sortir de leur réserve. Le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, a lui-même évoqué un “échec collectif” et une “crise systémique”. De son côté, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a dû reconnaître les dysfonctionnements graves de son administration.
Cependant, pour les victimes, les excuses arrivent trop tard. La mère de Rosa a décidé de passer à l’offensive. Soutenue par son avocat, Me Pierre Debuisson, elle a déposé plainte contre l’État pour “faute lourde”. La procédure vise également les magistrats et les enquêteurs en charge du dossier, les accusant de mise en danger de la vie d’autrui et de non-assistance à personne en danger. L’objectif est clair : obtenir une justice exemplaire et garantir qu’à l’avenir, aucun signalement ne reste lettre morte.
L’ombre de Jérôme Barella
Jérôme Barella, mis en examen pour l’enlèvement, la séquestration et le meurtre de Lyhanna, apparaît aujourd’hui comme le visage d’une série d’erreurs judiciaires en chaîne. Les révélations s’accumulent : outre le cas de Rosa, d’autres plaintes pour des faits similaires ont été révélées, certaines remontant à plusieurs années. Les révélations selon lesquelles le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC) avait alerté les autorités françaises sur le comportement en ligne du suspect avant le crime, sans qu’aucune enquête ne soit ouverte, ajoutent une dimension révoltante à cette affaire.

Le profil de Barella, qui gravitait dans un entourage également inquiété par la justice, pose la question de la prévention de la récidive. Le frère du suspect a d’ailleurs été placé en garde à vue pour des faits de viol sur une ex-compagne, révélant une ambiance familiale marquée par une culture de violence sexuelle qui semble avoir longtemps bénéficié d’une forme d’impunité.
Vers une réforme indispensable
Le décès de Lyhanna n’est pas seulement un fait divers tragique ; c’est un miroir tendu vers les institutions. La mobilisation citoyenne, qui s’est traduite par des marches blanches et des rassemblements partout en France, témoigne d’une soif de changement. La classe politique, sous pression, promet des mesures fortes, allant de l’extension de la peine de perpétuité réelle pour les pédocriminels à une refonte du traitement des plaintes.
Mais pour la mère de Rosa, l’heure n’est plus aux promesses. Elle attend désormais que la lumière soit faite sur le “pourquoi”. Pourquoi le dossier a-t-il cessé d’avancer le 14 février dernier ? Pourquoi les alertes internationales ont-elles été traitées avec une telle négligence ? Le combat qu’elle mène aujourd’hui est celui de milliers de parents en France qui craignent pour la sécurité de leurs enfants.
En cherchant à obtenir réparation auprès de l’État, elle ne cherche pas seulement à panser ses plaies — des plaies qui, selon ses propres mots, la laissent “détruite” au point d’avoir perdu son emploi d’aide-soignante — mais elle porte le poids d’une exigence de justice. Elle veut que sa voix, et surtout le cri de sa fille, servent de rempart pour que d’autres vies ne soient pas sacrifiées sur l’autel de l’incompétence administrative.
Le chemin vers la vérité sera long, et la justice française est désormais sous une surveillance étroite. Chaque avancée dans l’instruction de cette affaire sera scrutée, non seulement par la famille de Rosa, mais par une opinion publique traumatisée par le destin tragique de la petite Lyhanna. En attendant, le silence des gendarmes dénoncé par la mère de Rosa continue de résonner comme un rappel brutal du chemin qu’il reste à parcourir pour que la justice soit, enfin, à la hauteur des enjeux de protection des plus vulnérables. La question demeure : la France est-elle prête à assumer ses manquements et à reconstruire la confiance rompue ? La réponse ne peut plus attendre.