Il a été abattu d’une balle dans son jardin à l’aube
Mardi 24 août 2021, Breuil-le-Vert, un bourg situé à une heure au nord de Paris dans l’Oise. Les rues sont encore endormies. Comme tous les matins entre 7h et 8h, Jean-Christophe Piel, kinésithérapeute, fait un détour par son jardin pour s’occuper de ses rosiers avant d’aller travailler. Donc, il était sorti de chez lui, tailler son rosier parce qu’il aimait bien en emmener au cabinet et couper ses roses.
Il va en faire un petit bouquet pour décorer le cabinet de Liancourt où il exerce. À son insu, quelqu’un l’observe depuis déjà quelques minutes. Et depuis la haie, qui est située à 4-5 mètres en retrait, quelqu’un lui tire dessus, donc en pleine tête. Le kinésithérapeute s’effondre. Donc, il gît dans une mare de sang, il y a du sang qui s’est répandu sur la pelouse.
Il est inanimé mais il est encore vivant. Surprises par la détonation, des voisines appellent immédiatement les secours. C’est dans un état d’urgence absolu que Jean-Christophe Piel est héliporté au CHU d’Amiens. Ses proches sont alors alertés. On m’appelle le mardi vers 10h et elle me dit, voilà, ton frère n’est pas allé travailler ce matin, il s’est fait agresser devant chez lui, mais j’en sais pas plus.
Je rappelle, et là en fait, c’était le numéro de son ami que j’avais revu il y a quelques années qui m’explique que ce matin-là, il s’est pris une balle dans la tête. Qu’il a été héliporté à Amiens et qu’il est entre la vie et la mort. Impossible pour les médecins d’extraire la balle enfoncée dans le cerveau.
Le lendemain, malgré tous les soins, Jean-Christophe Piel décède. Assassiné comme s’il s’agissait d’un contrat. Le kiné n’a même pas eu le temps de se rendre compte de quoi que ce soit. C’est important aussi pour nous ça, qu’il n’ait pas souffert, qu’il ne se soit pas rendu compte.
Il ne sait pas qu’il est mort à 41 ans, il ne sait pas qu’il ne reverra jamais ses enfants. Mais alors, qui a bien pu en vouloir à ce kinésithérapeute, en apparence sans histoire, au point de l’exécuter froidement un beau matin de la fin août 2021 ? Au centre de toutes les interrogations, il y a cette femme, son épouse, Delphine Pinto.
Quel rôle a eu cette mère de famille de cinq enfants, désormais veuve, dans la mort de son mari ? Cette dernière semaine, il est très heureux. En fait, pour ainsi dire, il n’a jamais été aussi heureux. C’est, je pense, le plus beau jour de mes 33 ans de vie. Il n’arrêtait pas de nous dire : « Ah, ça va être une belle semaine ».
Sauf qu’il a pris une balle dans la tête le 24 août devant chez lui. Je pense vraiment que c’est un homme que j’ai autant aimé que détesté. Le message qui me reste en tête, c’est vraiment : « Je vais faire de ta vie un enfer ». Pour tous les amis de Jean-Christophe, pour sa famille, le suspect du meurtre est évident.
Le problème avec Jean-Christophe, c’est que ça pouvait être deux hommes totalement différents. J’en démords pas, je pense qu’il n’a jamais touché personne de toute façon. Je pense que c’était ce qui était fait pour le détruire justement. Elle joue beaucoup sur l’apparence, sur le paraître, elle est capable de tout.
Est-ce que tout ça, en gros, n’est pas qu’un vulgaire montage de vengeance ? En ce 24 août 2021, ce crime incompréhensible bouleverse la paisible commune de Breuil-le-Vert. La scène de crime est immédiatement gelée et confiée aux techniciens de la police scientifique. Les premières investigations débutent, les gendarmes cherchent, ils observent effectivement la façade, on ne retrouve rien.
La balle qui a tué Jean-Christophe n’est pas ressortie du crâne et il n’y a eu qu’un seul tir. Aucun impact sur le mur, pas non plus de douille dans le jardin. Bref, aucun élément permettant de remonter jusqu’au tueur. Il n’y a rien à exploiter en termes de police technique et scientifique.
Donc, on a coutume de dire que quand il n’y a pas de vidéo, pas d’ADN et pas de téléphonie, l’enquête s’avère compliquée. Là, c’est le cas. La seule piste des gendarmes repose sur le témoignage malheureusement très vague des deux voisines immédiates. Ce qui est très curieux pour elles, c’est qu’avant ce coup de feu, rien du tout.
C’est-à-dire qu’elles n’ont pas entendu de bruit de dispute. Elles n’ont pas entendu de cris, de heurts, rien du tout. Elles ont juste entendu ce coup de feu. Manifestement, quelqu’un l’attendait avec la claire intention de tuer. Le tireur a agi avec un sang-froid exceptionnel. Le tueur est venu pour abattre Jean-Christophe sans lui adresser la parole.
C’est une exécution, c’est un travail de pro. Une balle qui touche sa cible et après le tireur repart, enfin c’est clinique quoi. À partir du moment où les enquêteurs n’ont pas d’éléments, ils vont poursuivre leurs investigations en s’intéressant à la victime. Il faut savoir qui est ce garçon qui est mort, pour essayer de comprendre qui peut lui en vouloir et quelle serait éventuellement la raison de ce crime, ce qu’on appelle le mobile.
Jean-Christophe Piel, la victime, le voici. Ses amis nous ont confié de nombreuses vidéos où il apparaît tel qu’ils le connaissaient. C’est-à-dire sportif, joyeux et sympathique. Je les prends un peu d’avance pour leur simuler qu’ils vont peut-être gagner. Et après, au dernier moment, tac, l’accélérateur coup de un et hop, on passe devant.
Un homme dans la force de l’âge, au milieu de sa bande de copains qu’il retrouvait tous les week-ends. C’est le soutien qu’on attend quand ça va pas, c’est le soutien qu’on est content d’avoir quand tout va bien. Il était simple, il était transparent, on savait tout de lui parce qu’il ne savait rien cacher, il ne savait pas mentir.
Au premier abord… La vie privée de Jean-Christophe Piel ne semble donc pas présenter d’aspérité. Huit ans plus tôt, il s’est marié avec la femme de sa vie, Delphine. Vous allez nous promettre respect, amour et fidélité. Est-ce pour toute votre vie ? Oui. Quand on voit la cérémonie, on se dit tout de suite, l’amour parfait, ça existe, les âmes sœurs.
L’amour existe, tout simplement, et les belles histoires, ça peut arriver à tout âge. C’est le plus beau jour de mes 30 ans de vie. Vous êtes tous réunis, moi et vous. Nous avons pu rencontrer Delphine, l’épouse de Jean-Christophe. Pour nous, elle a accepté de revenir sur toute cette affaire, dans laquelle, vous allez le découvrir plus tard, elle va jouer un rôle capital.
Forcément, quand on se marie, on a envie que ça dure pour toujours. Je croyais, en tout cas, en une belle histoire, respectueuse, on avait envie que ça fonctionne, en tout cas. Qui est vraiment Delphine Pinto, à laquelle Jean-Christophe, le kiné de Liancourt, s’était lié pour la vie ? À l’époque, le couple avait déjà 4 enfants de leurs unions précédentes, 3 adolescents pour Delphine et un petit garçon du côté de Jean-Christophe.
Ça commençait à faire famille nombreuse. Après, ça ne lui faisait pas peur. Il disait, mais non, mais non. Quand il y a de l’amour, ça se passe bien. Il n’y a pas de souci. Il s’est impliqué vraiment dans leur vie. Camille, la fille aînée de Delphine, va bien accepter l’arrivée de ce nouveau beau-père.
Elle éprouve même très vite de l’affection pour Jean-Christophe. Jean-Christophe l’a toujours considérée, même dès le départ, comme ses enfants. Et on ferait toujours intégralement partie de sa vie. Ça, il nous l’a toujours dit, répété, re-répété. Il n’a jamais été avare sur les « je t’aime » ou ce genre de choses.
Jean-Christophe ne se contentera pas d’être simplement un beau-père. Il va officiellement adopter les enfants de sa femme. Et un peu plus tard, deux petites filles, cette fois fruits de leur union, vont venir s’ajouter pour former une grande fratrie. Une vie de famille recomposée en apparence idéale.
Alors, que s’est-il passé ? Dans quelle direction chercher ? Qui peut venir froidement assassiner un homme dans son jardin un beau matin d’été ? À Liancourt, où il exerce depuis 20 ans, la nouvelle fait grand bruit. Ce kiné était particulièrement apprécié, notamment de ses associés. Ils étaient unanimes pour souligner la bonté de J.C.
Le discours, c’était que J.C. n’était pas gentil, c’était la gentillesse même, et ça colle parfaitement au personnage. Auprès de ses patients… Jean-Christophe ne compte ni ses heures ni son implication, même pour les cas considérés comme perdus d’avance. Ainsi, ses proches se souviennent d’un petit enfant sauvé alors que son pronostic était pessimiste.
On leur disait, mais non, il ne remarchera jamais votre fils. Et Jean-Christophe, il a pris le temps de s’en occuper pendant 10 mois. Et le petit a remarché et grâce à lui, il remarchait. Ils lui ont amené des dessins de leur enfant. Non, et c’est… Il y a vraiment beaucoup de monde que ça a touché.
En général, un kiné, c’est quelqu’un qui vous sauve, qui vous réadapte, qui vous permet de remarcher, qui vous permet de soulager des douleurs. Donc, a priori, ça ne vient pas de là. On ne voit pas vraiment qui pourrait être assez motivé, qui pourrait en vouloir assez à ce kiné sans histoire pour lui mettre une balle dans la tête.
Donc là, on ne comprend pas pourquoi c’est tombé sur lui. Témoignages élogieux, aucun ennemi connu, mais il y a tout de même un élément qui cloche dans la personnalité de la victime. En passant son nom dans leur fichier, les enquêteurs découvrent une facette à laquelle personne ne s’attendait. Dans le passé, l’homme a été soupçonné d’être un violeur d’enfant.
Les gendarmes découvrent qu’il est connu pour trois affaires de pédophilie, d’agression sexuelle, ce qui change complètement la donne. La gentille victime, d’un seul coup, apparaît comme quelqu’un connu des services de police pour une affaire de mœurs, et pas n’importe quelle affaire de mœurs, il s’agit d’affaires de pédophilie.
Cet homme idéal cacherait-il un pervers particulièrement dangereux ? En tout cas, en 2018, trois ans avant sa mort, les gendarmes l’avaient placé une première fois en garde à vue. Il sera considéré aux yeux du magistrat instructeur l’existence d’indices graves et concordants qui ont justifié la mise en examen de Jean-Christophe Piel.
Il s’agirait donc d’une affaire d’inceste à l’encontre de sa fille. Cette fille… que nous voyons sur ces images lors de son baptême, à l’époque des faits supposés, elle avait tout juste 3 ans. À l’origine de ces soupçons contre Jean-Christophe Piel, il y avait une dénonciation, une plainte contre lui, émanant de sa propre épouse, Delphine Pinto.
Celle qui dénonce les faits qui lui ont valu cette mise en examen, c’est sa propre épouse, Delphine. Elle a d’abord dans un premier temps contacté les services d’aide à l’enfance, les services sociaux. Elle dénonce des faits extrêmement graves. Alors évidemment, elle dénonce son mari, mais elle le dénonce sur des faits de viol ou d’agression sexuelle.
Donc, elle a l’attitude, le comportement d’une bonne mère. Ces accusations reposent exclusivement sur les déclarations de Delphine Pinto. Lorsque nous l’avons rencontrée… Voici ce qu’elle nous dit avoir vu. Je rentre à la maison et je vois Jean-Christophe dans la baignoire, nu avec l’une de nos filles, en érection.
C’est à partir des accusations portées par sa femme que Jean-Christophe est mis en examen. Les faits sont gravissimes, mais sont-ils vrais ? Il disait : “J’ai fait apparemment des gestes qui ont été mal interprétés dans le bain, mais tous les pères prennent des bains avec leurs enfants, filles ou garçons.”
La justice ne semble pas totalement convaincue et ne demande pas l’incarcération de Jean-Christophe, simplement sa mise à l’écart de la famille. À la fin de sa garde à vue, il est déféré, présenté à un juge d’instruction qui va considérer qu’il y a suffisamment d’éléments pour le mettre en examen, mais qui va le placer sous contrôle judiciaire.
À partir de cet instant, il n’a plus le droit d’aller chez lui, il n’a plus le droit de voir ses enfants. Il doit aller pointer tous les mardis soirs, tous les vendredis soirs en gendarmerie. Il a interdiction au cabinet de kiné de travailler sur des mineurs, puisqu’il est accusé d’attouchements sur des mineurs.
La mesure semble tout à fait logique. Un an plus tard, en 2019, deux nouvelles plaintes seront déposées contre Jean-Christophe Piel. Là encore, les accusations émanent du cercle familial. Deux enfants de son épouse, parmi ceux que Jean-Christophe avait adoptés, l’accusent de viol. Et voici comment Delphine Pinto, lorsque nous l’avons rencontrée, nous a présenté les faits.
C’était plus un bain où il disait qu’il n’avait pas fait exprès. On parlait de viol, on parlait d’agression sexuelle. Ça, c’est quelque chose où on ne peut pas faire exprès ou semblant ou pas savoir. Donc, on passe du délictuel au criminel. Et là, il encourt une peine de prison extrêmement lourde.
Et surtout, il est passible de comparaître devant une cour d’assises. C’est un crime. Le viol est un crime. Pour Jean-Christophe Piel, une deuxième garde à vue s’engage alors. Cette fois-ci, elle est plus musclée. Pour Camille, le beau-père idéal… tombe de son piédestal. Je tombe des nues, tout simplement.
Et donc là, on a vraiment une colère qui monte contre Jean-Christophe. Il faut qu’il paie, il faut que justice soit faite et l’insulte de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables. Il nous a menti et puis en fait, c’est pas du tout quelqu’un de bien. Il y a comme une dissonance avec ce qu’on nous a présenté avant.
Le gars hyper lisse, positif, souriant, blagueur, etc., aurait une face sombre qui est celle de son foyer quand il se retrouve avec ses enfants. Son portrait change du tout au tout à ce moment-là. Difficile en fait d’y voir clair dans ce huis clos familial. Lorsque nous rencontrons Delphine Pinto, son mari est mort assassiné dans son jardin depuis six mois.
Et voici le portrait qu’elle en fait. Le problème avec Jean-Christophe, c’est que ça pouvait être deux hommes totalement différents. Ça pouvait être vraiment cet homme… attentionné, serviable, qui était là, on sentait que dans ses bras, il pouvait rien nous arriver. Il pouvait rien m’arriver. Et à la fois, ça pouvait être cet homme qui n’a pas ce qu’il veut.
Alors il se met à être agressif. En l’absence de preuves, comment démêler le vrai du faux ? En 2018, le juge d’instruction ordonne une expertise psychiatrique. Les rapports d’expertise n’étaient pas rassurants sur la personnalité de Jean-Christophe Piel. Les rapports d’expertise avaient cette tendance à conforter les accusations portées contre Jean-Christophe Piel.
Le psychiatre voit en Jean-Christophe quelqu’un de pervers, quelqu’un de dangereux, quelqu’un qui a des travers dans sa sexualité. Le rapport est accablant pour lui, il est dans la norme des pédophiles. Sur la foi de ce rapport, les enquêteurs pensent faire face à un grand manipulateur, un prédateur sexuel.
Donc, il est accusé très concrètement d’être un pervers et d’être attiré par les enfants. Et la difficulté qu’on a, c’est que justement, il travaille beaucoup avec des enfants. Si c’est un pervers, il a des enfants sous les mains toute la journée quasiment. Pour détecter les éventuelles perversions du kiné de Liancourt, les enquêteurs vont éplucher les dossiers médicaux de ses clients.
Sur l’ensemble de ces patients mineurs, combien de victimes vont-ils découvrir ? Et surtout, est-ce que derrière l’une d’entre elles ne se cacherait pas le futur assassin qui aurait agi par vengeance ? Les gendarmes interrogent un à un les anciens jeunes patients du kiné. Or, les résultats sont très clairs.
Aucune atteinte recensée, aucun geste déplacé, pas le moindre soupçon. Il n’y avait jamais eu aucune plainte de parents, de quoi que ce soit de déplacé. Personne n’a eu de doute directement. Tout le monde l’a soutenu, même au niveau de ses collègues de travail. Au cabinet, personne ne s’est jamais plaint de rien.
Il n’y a aucune plainte, il n’y a aucune allusion, il n’y a aucune rumeur, il n’y a rien du tout. En 20 ans, dans son cadre professionnel, les gendarmes ne trouvent aucune preuve d’un moindre écart que Jean-Christophe aurait pu commettre. Reste une piste à explorer. Et si le kiné agissait strictement dans le cadre privé et familial ? Les enquêteurs sont perplexes.
Ils vont entendre les précédentes compagnes de Jean-Christophe, qui ont des enfants, qui ont vécu avec lui. Ces femmes n’ont pas remarqué le moindre geste déplacé de la part de Jean-Christophe. Je veux bien qu’on puisse être le mec extraordinaire toute la journée, devenir le monstre le soir, une fois qu’on est à l’intérieur de son petit domicile, ce qu’on appelle la zone de confort.
C’est possible, évidemment. Ça paraît énorme. Laurent, l’ex-mari de Delphine, père biologique de ses premiers enfants, a lui aussi été entendu. On pourrait imaginer qu’il soit témoin à charge. Or, c’est l’inverse. Pour lui, l’hypothèse d’un Jean-Christophe pédophile ne tient pas la route.
J’ai eu des doutes. Tu sais, la parole se dit, donc t’écoutes un petit peu. Tu te dis, ouais, il aurait fait ça à la petite. Quand même, franchement, je pensais pas ça de lui, puis tu réfléchis, puis on en parle avec d’autres. Puis je dis, mais non, c’est pas le type de Jean-Christophe, c’est pas possible.
En sachant comment il est mentalement avec les gens, quand il discute, les discussions qu’on a avec lui, les gestes, comment il parle aux gens. Les enquêteurs sont perplexes. Quoi qu’il en soit, le magistrat ne demande pas son placement en détention. Le juge d’instruction va… ordonner une contre-expertise qui va dire exactement le contraire de la première.
C’est-à-dire que là, il est parfaitement normal, il n’a pas de tendance perverse, il n’est pas obsédé sexuel, il n’a pas de déviance sexuelle, il est normal. Quand on essaie de comprendre pourquoi on a ce problème d’attouchements à la maison et pourquoi ça n’existe pas ailleurs que chez lui, quand on essaie de comprendre ça, en fait, il faut se remettre dans la chronologie.
On découvre que ces accusations sortent… un petit peu d’un seul coup. Et elles sortent à quel moment ? Elles sortent au moment où Jean-Christophe décide de se séparer de sa femme. Le kiné assassiné est-il vraiment un pervers pédophile ? Ou au contraire, se pourrait-il qu’il ait été victime d’une machination venue de son propre entourage ? Car en effet, les enquêteurs vont découvrir que tous ses ennuis ont commencé le jour où il a annoncé à sa femme qu’il voulait la quitter.
Nous sommes alors trois ans et demi avant son décès. Frédéric a été le témoin clé de ce moment qui a tout fait basculer. C’est lors d’un séjour au ski que, pour la première fois, son ami de 30 ans va tout lui confier. C’est ce week-end-là où il me dit vraiment, il me dit, voilà, maintenant j’ai compris, je ne suis pas heureux.
Je vois bien qu’elle ne m’aime pas et qu’il y a quelque chose qui ne va pas et je ne peux plus continuer comme ça. Et donc, à ce moment-là, il décide de lui dire par SMS. Voilà, ça doit se terminer et que quand il rentre, c’est pour officialiser la rupture. Juste avant de partir à la montagne, Jean-Christophe avait d’ailleurs consulté une avocate pour entamer le divorce.
Et là, lors de ce week-end de ski, il l’annonce à sa femme. Par SMS, sa décision semble irrévocable. Je vois un petit peu les SMS de Delphine qui viennent en retour à cette annonce-là. Et le message qui me reste en tête, c’est vraiment : « je vais faire de ta vie un enfer ». Et c’est ainsi qu’à peine cinq jours plus tard, ces accusations terribles d’inceste seront portées contre Jean-Christophe par ses propres enfants, avec peut-être derrière la main de leur maman.
Il est rentré chez lui le vendredi soir du travail. Les gendarmes sont arrivés pour venir le chercher. Il a dit à ses enfants, papa revient vite, quoi. Et il ne les a jamais revus depuis ce jour-là. C’est horrible. À la sortie de sa garde à vue en février 2018, Jean-Christophe Piel n’a plus le droit d’approcher ni sa famille, ni sa femme.
Pour lui, l’enfer commence. Je fais quand même le lien avec le SMS que j’ai lu, où elle disait effectivement, je vais faire de ta vie un enfer. On se dit là, elle est en train de mettre en réalité ce qu’elle avait annoncé. Alors la question se pose, Delphine est-elle une épouse accablée, trahie par la soi-disant perversion de son mari ? Ou bien serait-elle une mère sans scrupules, capable d’instrumentaliser ses enfants pour se venger ? Nous avons interrogé Delphine Pinto sur les raisons de son divorce.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle préfère rester évasive. Je pense vraiment que Jean-Christophe m’a aimée. Les trois premières années ont été magnifiques. On se disputait, comme partout. Mais vraiment, les trois premières années, tout a coulé. En réalité, si Jean-Christophe avait décidé de rompre, c’est parce qu’il venait d’apprendre des choses troublantes sur le passé de son épouse.
En discutant avec une amie d’enfance de sa femme, il avait découvert avec effroi sa vraie nature. Il me dit « je viens de faire 48 heures de garde à vue à cause d’elle, donc je veux savoir vraiment qui est ma femme ». Je n’ai pas été surprise. Et je me rappelle lui avoir dit, ah, elle est allée jusque-là.
Donc je lui ai dit, écoute, si t’as des heures devant toi, on va se poser et on va en parler. Et donc je lui ai raconté tout ce que je savais. Cette amie d’enfance connaît Delphine Pinto depuis toujours. Les deux femmes ont grandi dans le même village. Et elle va lui faire des révélations troublantes.
En premier lieu, une vieille affaire concernant Delphine. Je lui ai dit, écoute, je me rappelle d’une histoire qui s’était passée il y a quelques années. Une femme qui avait été soupçonnée de meurtre sur son enfant. Est-ce que cette personne, c’est toi ? Et elle m’a dit oui. Ça remonte à une époque où elle avait 20 ans.
Elle est soupçonnée d’avoir tué son enfant juste après la naissance. On lui a reproché à cette époque-là des mauvais traitements qui ont entraîné la mort de cet enfant. Pour autant, Delphine Pinto avait été innocentée et personne n’avait jamais su ce qu’il s’était réellement passé. En tout cas, grâce aux confidences de cette vieille amie, Jean-Christophe Piel comprend que Delphine serait une dissimulatrice, voire une mythomane.
Il y avait beaucoup de choses dont il n’était pas au courant. Donc le fait qu’elle ait des amants, le fait qu’elle s’invente une vie d’avocate. Enfin, beaucoup, beaucoup de choses. Jean-Christophe tombe des nues. Dans son dos, pendant qu’ils vivaient ensemble, sa femme aurait continué à s’inventer des vies.
Quant aux amis de Jean-Christophe… Ils se seraient bien rendus compte des mensonges petits et grands de Delphine, mais lorsqu’ils avaient voulu lui en parler, le jeune marié avait préféré ne rien savoir. Il la mettait sur un piédestal clairement et on pouvait tout lui dire qu’il ne le prenait pas en compte.
Sa femme, c’était sa femme, c’était celle qu’il aimait. Les mensonges de Delphine Pinto et sa propension à la manipulation d’autrui ne datent pas d’hier. Bien avant de rencontrer Jean-Christophe Piel, elle avait trompé son monde avec une histoire abracadabrante. À l’époque, son fils est cloué au lit pour un problème de dos.
On me dit que le petit est malade, qu’il a une spondylolisthésie aggravée. C’est les vertèbres qui se tassent et le rachis qui se déplace. On est montés à Necker, voir un spécialiste. Il nous a annoncé qu’il fallait le plâtrer. Pourquoi il me dit que la colonne est cassée, c’est fini ? Comment ça, mon fils, il n’a plus de colonne ? Il leur a dit, mais elle a marché.
Devant lui, j’essaye vraiment d’être le plus forte possible. Par contre, les enfants ne sont pas là, j’ai peur, je stresse, je pleure. Je fais des recherches, je me renseigne. Pour tout parent, cette situation est un drame. Mais Delphine va exagérer la gravité de la maladie de son fils. Et cela parce qu’elle a une idée en tête.
Elle s’est montrée particulièrement machiavélique. Elle a monté une espèce d’usine à gaz pour… récolter des fonds, en réalité. Il souffre réellement de pathologies, mais elle a amplifié ces pathologies. Elle a prétendu qu’il était gravement malade, qu’il nécessitait des soins très très onéreux.
Et elle a tapé à toutes les portes pour collecter de l’argent. Clairement, son comportement est quasiment monstrueux. Elle se sert d’une défaillance médicale de son fils pour se faire plaindre, pour récolter des fonds. Elle n’a aucune morale. Delphine Pinto crée un site internet appelé Enfants sans enfance avec une cagnotte en ligne grâce à laquelle elle va récolter plus de 30 000 euros pour sauver son fils, explique-t-elle.
C’est vrai que quand tu regardais le truc, c’était quelque chose qui était de la dégénérescence. Donc tu te dis que de toute façon, ça ne pourra aller que plus mal tout au long de sa vie. En fait, non. Selon le stade où tu es, selon le nom… Ça se répare très très bien. C’est une maladie dont on se guérit, il faut des traitements, et d’ailleurs la preuve en est, ce gamin s’en est sorti.
Un gamin qui ne devait plus marcher, un gars, il fait du catch, il fait du MMA. Le résultat de cette histoire, c’est que toutes les victimes, toutes ces personnes qui se sont fait enfumer, entre guillemets, et qui ont donné de l’argent… persuadées que c’était pour la bonne cause, ont monté une association, se sont retournées contre Delphine.
Ils l’ont traînée devant un tribunal exigeant le remboursement, en plus des frais de justice. Et sans s’en apercevoir, la principale personne impactée dans cette histoire sera son futur mari, Jean-Christophe Piel. Car c’est précisément à travers ce garçon handicapé qu’il va faire la connaissance de Delphine.
Le kiné le plus proche à Liancourt, c’est Jean-Christophe. Il prend ses places, il vient le matin. C’est comme ça vraiment qu’il est rentré dans nos vies. C’était un très bon kiné. C’est quelque chose que personne ne peut lui reprocher. Donc je pense qu’il a sauvé mon fils et peut-être aussi moi.
Au fur et à mesure des séances, Jean-Christophe et Delphine se rapprochent. Tant et si bien que moins de deux ans plus tard… ils vont se marier. Avant d’être mon beau-fils aujourd’hui, c’était mon petit patient. J’ai commencé à le soigner il y a maintenant plus de deux ans. C’était le gentil monsieur qui venait, qui venait voir le petit garçon.
Il ne voulait en plus pas me voir parce que forcément, encore le kiné qui vient m’embêter. Lui, en tant que professionnel de santé, il soigne. Ce qu’il ne sait pas en revanche, c’est tout ce qui a été dit avant. Il ne sait évidemment pas qu’on a prétendu qu’il avait une maladie rare, extrêmement complexe, potentiellement mortelle, puisque ça a aussi été dit.
Donc ça, il l’ignore complètement. Et puis le jour où Delphine est convoquée devant le tribunal correctionnel, Jean-Christophe l’accompagne. Et c’est là qu’il découvre le poteau aux roses. Le tribunal l’a condamnée, l’a condamnée notamment à rembourser. Cette somme d’argent, c’est Jean-Christophe qui a réglé l’addition.
Avec ces informations sur le passé de Delphine, la justice aurait pu s’intéresser non plus à l’accusé, mais à son accusatrice, sa femme. Seulement, ce n’est pas si simple. On ne passe pas du jour au lendemain du statut de dangereux pédophile à celui de victime d’allégations mensongères. Elle a démontré qu’elle était capable de manipuler son gamin.
Et bien évidemment, les gendarmes se demandent si elle n’a pas été capable de faire la même chose dans ces histoires d’agressions sexuelles. Est-ce qu’elle n’a pas manipulé ses enfants pour qu’ils aient une sorte de discours cohérent sur les comportements déviants sexuels de Jean-Christophe ? Est-ce que tout ça, en gros, n’est pas qu’un vulgaire montage de vengeance ? J’en démords pas, je pense qu’il n’a jamais touché personne de toute façon.
Et je pense que ça, c’est que du cinéma. Je pense que c’était ce qui était fait pour le détruire, justement. Pour détruire son image de marque et les gens qui étaient autour de lui. Je pense que c’est ça qu’elle a dû faire. Les trois dernières années de la vie de Jean-Christophe seront bien l’enfer promis par Delphine.
Il ne verra plus ses enfants, il vivra dans un tout petit studio en location qu’il aura à peine les moyens d’aménager. Voilà, il demande quasiment l’aumône à ses proches alors qu’il gagne très bien sa vie, mais on a l’impression que tout l’argent est dans la maison où vivent ses enfants, où vit sa femme, et ce n’est pas lui qui en profite.
Il sert de banque, quasiment, jusqu’à ne plus avoir assez d’argent pour vivre lui-même. On a été en soutien, et il ne le montrait pas beaucoup, mais on voyait sur lui qu’il portait vraiment un lourd fardeau. Malgré ce cataclysme, Jean-Christophe Piel espérait bien refaire sa vie amoureuse. Notamment lorsqu’il a rencontré une autre femme, Séverine.
Mais cette nouvelle histoire d’amour va se révéler très compliquée. C’est au bout d’un mois qu’il m’a expliqué qu’il était en pleine séparation et que la séparation se passait très très mal et qu’il avait fait de la garde à vue. Séverine le croit totalement innocent et tombe amoureuse.
Mais à chaque instant, une menace rôde, obligeant le jeune couple à se cacher pour se rencontrer. Quand on était ensemble, il y a eu sa voiture qui a eu une petite dégradation. Je sais qu’après ou avant, quelqu’un avait tenté de forcer sa porte et il était toujours à l’affût. Il est un peu sur la défensive et puis il a le sentiment d’être surveillé.
Et il va le lui dire, il écoute, voilà, moi, mon avenir immédiat, c’est peut-être la prison. Je suis innocent, c’est une cabale montée contre moi, mais néanmoins, j’ai peut-être une chance de me retrouver en prison. Je ne veux pas t’entraîner dans cette histoire. Comprenant que cette nouvelle histoire d’amour ne serait jamais sereine, au bout d’un an et demi, Jean-Christophe se résigne à y mettre fin.