Éric Zemmour frappe fort : « La France ne peut plus prétendre être une grande puissance » — le constat qui enflamme les patriotes

Quinze ans après la parution de son ouvrage majeur, “Le Suicide français”, Éric Zemmour revient sur le devant de la scène médiatique et politique à l’occasion d’une réédition réactualisée et enrichie de son livre chez Fayard. Invité en juin 2026 par la revue Front Populaire, le président du parti Reconquête ! livre une analyse sans concession sur l’état de la France, de l’Europe et de l’Occident. Dans un entretien fleuve, l’ancien journaliste dresse le bilan de ses prédictions passées, explicite l’évolution de sa pensée face aux mutations géopolitiques contemporaines et esquisse des pistes de réflexion pour l’avenir d’une civilisation qu’il estime menacée de disparition. Loin de s’enfermer dans le pessimisme qu’on lui reproche parfois, il lance un appel à récuser le fatalisme ambiant pour mener le combat de la transmission culturelle et de la reconquête identitaire.
L’évolution du souverainisme : de la querelle économique à la question existentielle
Interrogé de prime abord sur son appartenance au courant souverainiste, Éric Zemmour revient sur la genèse de ce concept introduit en France dans les années 1990 par Paul-Marie Coûteaux, sur une inspiration québécoise. À cette époque, marquée par l’avènement de la mondialisation et la doxa de la “Terre plate”, le souverainisme représentait, selon lui, le cri des États désireux de ne pas mourir face à l’hégémonie des marchés et des grandes entreprises transnationales. C’était l’affirmation de la primauté du politique sur l’économique.
Toutefois, Éric Zemmour constate que le monde a radicalement changé en 2026. Le politique a repris la main à l’échelle internationale, l’économie devant désormais s’adapter aux réalités géostratégiques, aux affrontements impériaux et aux conflits armés. Dès lors, la question de la souveraineté juridique et étatique s’efface, à ses yeux, derrière une problématique infiniment plus globale et existentielle : celle de l’identité des peuples et de la pérennité de la civilisation européenne sur son propre sol.
Pour illustrer les limites du souverainisme traditionnel déconnecté des enjeux démographiques, l’homme politique prend l’exemple du Brexit voté en 2016. Il souligne que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne s’est traduite, paradoxalement, par un doublement de l’immigration annuelle, passant de 300 000 à 700 000 entrées, et par une modification profonde des flux migratoires, marqués par le remplacement d’une immigration intra-européenne par des flux en provenance du Pakistan ou d’Afghanistan. Ce constat l’amène à affirmer que la véritable urgence ne réside plus dans les modalités institutionnelles de la souveraineté, mais dans une interrogation démographique cruciale : le peuple français sera-t-il encore majoritaire sur sa terre d’ici quinze ans ?
La guerre des civilisations et le retour des structures impériales

Nourri par les travaux d’historiens de la longue durée tels qu’Arnold Toynbee, Henri Pirenne, Fernand Braudel et Samuel Huntington, Éric Zemmour s’approprie la thèse du “choc des civilisations”. Il estime que le XXIe siècle est caractérisé par la revanche des grandes civilisations historiquement vaincues ou humiliées par l’Occident, mentionnant explicitement les ensembles chinois, hindou et arabo- ou turco-islamique. Dans cette perspective, bien qu’il reconnaisse les spécificités propres à chaque nation européenne – l’État-nation étant une invention franco-anglaise –, il considère que les pays d’Occident partagent un destin commun face à un défi démographique et culturel partagé.
Analysant l’histoire de France, l’éditeur et écrivain développe une thèse singulière en rupture avec une partie de ses alliés politiques. Selon lui, la France s’est toujours conçue et comportée comme un empire depuis le Moyen Âge, cherchant constamment à étendre son territoire pour maintenir son rang de puissance mondiale. Cette dynamique, qui culmine sous Napoléon Ier, s’est heurtée à l’émergence au XIXe siècle de géants géopolitiques aux territoires immenses, tels que la Russie, les États-Unis ou la Chine, réduisant l’espace relatif de la France. Les conquêtes coloniales ultérieures, notamment en Algérie, n’auraient été que des substituts destinés à entretenir l’illusion de cette expansion impériale nécessaire.
Aujourd’hui, face à l’impossibilité de poursuivre cette logique impériale de manière isolée, Éric Zemmour estime que la France se trouve dans une impasse géostratégique. Il analyse les deux orientations successives de la politique étrangère du général de Gaulle : la première, qualifiée de “napoléonienne”, visait à diriger l’Europe des Six pour contrebalancer la puissance américaine ; la seconde, adoptée après le refus allemand de la protection nucléaire française, consistait à se faire le champion des petites nations contre les grands empires. Constatant l’échec contemporain de ces deux stratégies, il préconise une redécouverte de la tradition et de la culture occidentales – fondées sur l’héritage gréco-romain et le christianisme – comme socle d’une action commune face aux autres blocs civilisationnels.
Le diagnostic du déclin français : un bilan aggravé
En relisant son ouvrage de 2014 pour préparer de nouveaux projets – notamment une édition américaine et une série documentaire destinée à la télévision –, Éric Zemmour affirme que l’ensemble des dynamiques de déconstruction qu’il dénonçait se sont intensifiées. Il évoque une aggravation généralisée touchant plusieurs secteurs clés de la vie nationale. Sur le plan démographique, il qualifie l’immigration actuelle d’invasion arabo-africaine. Il pointe également l’effondrement du système éducatif, la perte de pouvoir de l’exécutif au profit d’un “coup d’État des juges” permanent, ainsi que le processus de désindustrialisation lié à un libre-échange qu’il juge incontrôlé, entraînant un appauvrissement relatif de la population française.
L’auteur concède néanmoins avoir négligé, dans l’édition initiale, la gravité de la situation budgétaire et fiscale de l’État, des thématiques qu’il approfondit désormais face à la dérive des déficits et de la dette publique. Pour étayer son analyse culturelle, il continue d’étudier les productions de la culture populaire, telles que le cinéma ou la publicité. Il y voit l’expression d’une “colonisation culturelle”, corollaire selon lui des mutations démographiques et religieuses, citant notamment l’évolution de la représentativité dans le football professionnel ou la prépondérance du rap dans l’industrie musicale. Il complète ce tableau par la dénonciation d’une triple dépendance de la France : commerciale vis-à-vis de la Chine, technologique à l’égard des États-Unis, et démographique.
Le rejet du Frexit et la stratégie de la protection au sein de l’Union européenne
Face à ce triple défi, Éric Zemmour exprime son désaccord avec l’idée d’une sortie unilatérale de la France de l’Union européenne. Il qualifie le projet de “Frexit” de diversion politique majeure qui occulterait les véritables priorités que sont la maîtrise des flux migratoires et la réindustrialisation. De plus, il constate un changement d’orientation significatif au sein des institutions européennes et des pays membres, notamment dans le Nord de l’Europe et en Allemagne, concernant la gestion des clandestins et la nécessité de protéger le tissu industriel face à la concurrence internationale.
L’homme politique préconise l’adoption d’un protectionnisme rigoureux, s’inspirant des théories économiques du XIXe siècle de Friedrich List sur la protection des industries naissantes, qu’il réadapte sous la forme d’une “protection des économies dans la vieillesse”. Il appelle à l’instauration de barrières douanières élevées face aux pratiques commerciales de la Chine, qu’il accuse de fausser les règles de la concurrence globale. Il se prononce également pour l’application d’une préférence nationale et européenne dans l’attribution des marchés publics.
Pour surmonter les blocages juridiques et institutionnels, Éric Zemmour insiste sur l’utilisation du référendum populaire comme outil politique suprême permettant de contourner les décisions juridictionnelles et de restituer le pouvoir décisionnel aux citoyens. Enfin, il récuse formellement le fatalisme des observateurs qui considèrent le déclin français comme irréversible. Qualifiant la résignation de “péché contre l’esprit”, il exhorte à la poursuite du combat politique et culturel, affirmant sa volonté de transformer les constats lucides en leviers d’action et d’espérance pour la survie et le redressement du pays.