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Affaire Lyhanna | « Mais ils sont où les garçons ? » : à Paris, Toulouse ou Bourgoin-Jallieu, des rassemblements en majorité féminins dénoncent le dysfonctionnement des institutions

Affaire Lyhanna | « Mais ils sont où les garçons ? » : à Paris, Toulouse ou Bourgoin-Jallieu, des rassemblements en majorité féminins dénoncent le dysfonctionnement des institutions

Il est des drames qui ne se contentent pas de briser des vies, ils ébranlent les fondations mêmes de notre contrat social. L’affaire Lyhanna, ce tragique événement qui a coûté la vie à une enfant de onze ans, n’est pas seulement le récit d’un crime odieux ; elle est devenue le catalyseur d’une indignation nationale. En ce mois de juin 2026, la France est secouée par une vague de protestations sans précédent. Devant les tribunaux de Paris, de Toulouse, de Bourgoin-Jallieu et dans des dizaines d’autres villes, des milliers de citoyens se sont rassemblés. Ce que ces rassemblements, majoritairement féminins, dénoncent, c’est bien plus qu’un dysfonctionnement administratif : c’est la faillite systémique d’une institution judiciaire qui, pourtant, avait toutes les cartes en main pour éviter l’irréparable.

On est là pour exprimer une colère"... Des centaines de personnes  rassemblées à Toulouse en la mémoire de Lyhanna

L’émotion est palpable, lourde, suffocante. Dans ces cortèges, on ne croise pas seulement des militants aguerris, mais des mères, des pères, des enfants, des citoyens ordinaires pour qui l’histoire de Lyhanna résonne comme une blessure personnelle. « Ça suffit », scandent les pancartes. « Justice, réveille-toi », implorent les voix. Mais derrière ces slogans, la colère est froide et méthodique. Le suspect, un homme de 41 ans connu de la victime, faisait l’objet de quatre plaintes et de deux signalements. Comment, dans une société qui prétend faire de la protection de l’enfance sa priorité absolue, un homme visé par une plainte pour viols sur mineure depuis août 2025 a-t-il pu rester en liberté, sans même avoir été auditionné ?

Le constat est accablant. La chaîne de l’État, de la transmission des dossiers d’un parquet à un autre jusqu’au traitement informatique des plaintes, a montré des failles béantes. Le chef de l’État lui-même a qualifié le dysfonctionnement de « inacceptable », une déclaration qui, si elle reconnaît la gravité de la situation, peine à apaiser une opinion publique qui ne se contente plus de mots. Pour les associations féministes, comme la Fondation des Femmes ou Femmes solidaires, le diagnostic est clair : ce n’est pas une anomalie ponctuelle, c’est le fonctionnement normal d’un système qui, depuis des années, classe sans suite 94 % des plaintes pour viol.

L’affaire Lyhanna agit comme un miroir déformant, renvoyant à la société française une image crue de ses propres limites. On y voit une justice embolisée, en manque criant de moyens humains et matériels, mais aussi une culture judiciaire où la présomption d’innocence semble parfois, aux yeux des victimes, prendre le pas sur la protection physique des plus fragiles. Le député du Gers, David Taupiac, avait pourtant alerté sur la situation du tribunal d’Auch, miné par les pénuries de magistrats et les pannes informatiques. Ces alertes, restées lettre morte, pèsent aujourd’hui lourdement sur le bilan de cette tragédie.

Ce qui frappe dans les manifestations actuelles, c’est la présence quasi exclusive des femmes. Pourquoi les hommes sont-ils si peu nombreux à se joindre à ce mouvement de dénonciation ? Cette question, posée avec insistance sur les réseaux sociaux, révèle une fracture sociétale profonde. Est-ce un désintérêt pour les questions de protection de l’enfance, ou une conviction ancrée que ces combats appartiennent au champ de la lutte féministe ? Pourtant, la sécurité des enfants concerne chacun. L’absence d’une mobilisation mixte souligne un sentiment d’isolement de celles qui, depuis des décennies, portent seules le poids de ces revendications. Il est temps que cette colère ne soit plus seulement portée par une moitié de la population, mais qu’elle devienne une exigence nationale, transpartisane et inclusive.

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Les propositions fleurissent pour tenter de colmater la brèche. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, appelle à la création d’un parquet spécialisé sur les violences faites aux femmes et aux enfants. D’autres plaident pour un modèle inspiré de l’Espagne, avec des juridictions dédiées et des unités spécialisées pour accueillir la parole des victimes. Pendant ce temps, le projet de loi sur la justice criminelle porté par Gérald Darmanin arrive à l’Assemblée nationale dans un climat électrique, percuté de plein fouet par cette affaire. Le gouvernement est acculé. Il ne s’agit plus seulement de réformer un texte de loi, il s’agit de restaurer la confiance dans l’institution judiciaire.

L’inertie n’est plus une option. Lorsque l’Inspection générale de la justice sera appelée à clarifier les responsabilités, elle devra regarder au-delà des manquements individuels pour pointer du doigt les responsabilités systémiques. L’État doit-il répondre financièrement de ses défaillances ? La jurisprudence sur la responsabilité de l’État, confirmée dans des affaires précédentes, pourrait bien être sollicitée. Mais au-delà des réparations pécuniaires, c’est une refonte radicale de la prise en charge de la parole des enfants qu’il faut engager. Il faut des moyens, bien sûr, mais aussi un changement culturel profond dans la manière dont la justice perçoit et traite les violences sexuelles.

Lyhanna ne doit pas devenir un nom de plus dans une liste interminable de tragédies isolées. Elle doit être le point de bascule. Les citoyens qui descendent dans la rue aujourd’hui savent que le chemin est long. Ils savent que les institutions résistent au changement et que l’indignation, sans volonté politique réelle, finit par s’étioler. Mais la mobilisation actuelle porte une force nouvelle : celle d’une société qui a enfin pris conscience que ses propres failles sont les complices des prédateurs.

Alors que le deuil enveloppe la France, le cri des manifestants résonne comme un avertissement : si rien ne change, la colère se transformera en une défiance permanente. Les autorités ne peuvent plus se contenter de promesses de « clarifications ». Il faut des actes, une transparence totale, et surtout, une priorité absolue donnée à la sécurité des enfants sur toute autre considération procédurale. Le temps de l’action est arrivé. La mémoire de Lyhanna exige que la justice, enfin, sorte de sa torpeur. Pour elle, pour toutes celles et ceux qui ont été abandonnés par les institutions, pour la dignité de notre nation, il est impératif que les leçons soient tirées. La France regarde son système judiciaire, et elle n’est pas prête à détourner le regard tant que les réformes nécessaires ne seront pas actées. C’est un devoir moral, un impératif démocratique. Et ce cri, ce lundi de juin, est celui d’un pays qui refuse de s’habituer à l’insupportable.