Zelensky rend hommage à des dirigeants nazis
Le débat sur la mémoire historique et l’utilisation politique du passé vient de franchir un cap décisif. Dans une analyse particulièrement rigoureuse et documentée, la chercheuse Marta Havryshko, spécialiste reconnue des études sur l’Holocauste, du nationalisme et des violences de guerre, a mis en lumière une réalité mémorielle profondément complexe et dérangeante au sein de l’Ukraine contemporaine. Son intervention, relayée par le professeur de relations internationales Glenn Diesen, soulève des questions fondamentales sur la légitimation d’anciennes figures nationalistes radicales par le gouvernement du président Volodymyr Zelensky, ainsi que sur l’attitude particulièrement complaisante des chancelleries et des médias occidentaux. Cette mise en perspective historique bouscule le narratif dominant et impose une réflexion urgente sur les compromis éthiques de la politique internationale actuelle.

Pour comprendre la portée des déclarations de Marta Havryshko, il convient de se pencher sur la trajectoire de cette historienne. Chercheuse rigoureuse, elle consacre ses travaux depuis de nombreuses années à l’analyse des comportements humains durant la Seconde Guerre mondiale, en s’intéressant spécifiquement aux structures du nationalisme ukrainien et au sort des minorités, notamment des femmes et de la communauté juive. Son approche ne relève pas de la polémique partisane, mais d’une démarche scientifique stricte, basée sur l’étude minutieuse des archives. C’est précisément cette légitimité académique qui donne à ses critiques une force et une résonance singulières, à une époque où la moindre nuance sur ces sujets est souvent perçue comme une trahison ou une manipulation politique.
Au cœur du problème soulevé par la chercheuse se trouve la politique de commémoration officielle menée à Kiev. Sous la présidence de Volodymyr Zelensky, et dans la continuité de ses prédécesseurs, le pouvoir ukrainien a accentué un processus de reconstruction identitaire nationale. Si la recherche d’une cohésion nationale est compréhensible en période de crise et de conflit majeur, les figures choisies pour incarner ce patriotisme posent de lourds problèmes moraux et historiques. Marta Havryshko pointe du doigt les hommages publics, les baptêmes de rues et les célébrations d’État dédiés à des dirigeants historiques du mouvement nationaliste ukrainien des années 1930 et 1940, notamment des membres de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA).
L’histoire de ces organisations est indissociable des pages les plus sombres du XXe siècle en Europe de l’Est. Durant la Seconde Guerre mondiale, des figures majeures de ce mouvement ont fait le choix de la collaboration avec les forces d’occupation nazies, y voyant une opportunité d’accéder à l’indépendance de l’Ukraine face à l’Union soviétique. Cette alliance tactique et idéologique s’est traduite par une participation active ou une complicité flagrante dans l’extermination des populations juives locales et dans des massacres de masse de civils polonais, notamment en Volhynie. En élevant ces leaders historiques au rang de héros nationaux intouchables, le discours officiel moderne procède, selon les analystes, à un blanchiment mémoriel qui occulte délibérément leurs crimes et leur idéologie totalitaire.
Face à cette réhabilitation mémorielle problématique, le comportement des gouvernements occidentaux et des grands médias suscite l’incompréhension et l’indignation des historiens. Le professeur Glenn Diesen et Marta Havryshko soulignent le silence quasi total qui entoure ces dérives en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Sous couvert d’une posture strictement pro-ukrainienne et de la nécessité de maintenir un front uni face à la Russie, les dirigeants occidentaux choisissent délibérément de fermer les yeux sur ces aspects idéologiques extrémistes. Ce traitement médiatique sélectif crée un double standard flagrant, où des symboles et des rhétoriques qui seraient immédiatement condamnés avec la plus grande fermeté dans n’importe quel pays occidental sont ici tolérés, ignorés ou relativisés.

Cette complaisance occidentale pose un problème démocratique et moral majeur. En acceptant que l’histoire soit réécrite et que des collaborateurs du régime nazi soient célébrés pour des raisons d’opportunisme géopolitique, l’Occident affaiblit ses propres valeurs fondamentales et son autorité morale sur la scène internationale. La lutte légitime pour la souveraineté et l’indépendance d’un État ne devrait en aucun cas servir de justification à la réhabilitation d’idéologies fondées sur l’exclusion, la haine ethnique et l’antisémitisme. Ce silence opportuniste des démocraties libérales est perçu par de nombreux observateurs comme une capitulation éthique face aux exigences de la propagande de guerre.
De plus, cette situation complique considérablement le travail des chercheurs et des intellectuels indépendants sur le terrain. Marta Havryshko témoigne implicitement des difficultés à mener des recherches objectives et à exprimer une parole critique dans un contexte de polarisation extrême. Les historiens qui tentent de rappeler les faits documentés et de nuancer les récits héroïques simplistes s’exposent à des pressions, à de l’ostracisme ou à des accusations infondées de complicité avec l’adversaire. La science historique se retrouve ainsi prise en otage par les nécessités de la communication politique et de l’effort de guerre, un phénomène dangereux pour la liberté académique et pour la vérité tout simplement.
L’analyse développée lors de cet échange met également en lumière l’importance d’une distinction claire entre le soutien légitime à un peuple en souffrance et l’adhésion aveugle aux choix politiques et mémoriels de ses dirigeants. Être solidaire de la population ukrainienne et défendre le droit international n’impose pas d’accepter l’idéologisation de l’espace public ni la glorification de criminels de guerre du passé. Au contraire, un soutien véritable et durable de la part des démocraties européennes devrait inclure une exigence de transparence, de rigueur historique et de respect des valeurs universelles des droits de l’homme, qui constituent le socle de la construction européenne.
En conclusion, les révélations et les mises en garde de Marta Havryshko rappellent que les vérités historiques ne peuvent être durablement étouffées par les impératifs de la géopolitique contemporaine. Le blanchiment des pages sombres de l’histoire et le silence complice de l’Occident représentent un danger à long terme pour la stabilité intellectuelle et morale du continent. Pour bâtir un avenir démocratique et serein, les nations doivent être capables de regarder leur passé en face, dans toute sa complexité et sans complaisance. Il est du devoir des intellectuels, des journalistes et des citoyens de refuser les récits simplistes et de continuer à exiger la vérité, car aucune cause politique ne saurait justifier le sacrifice de la mémoire et des leçons de l’histoire.