Affaire Lyhanna : le père de son amie au cœur du mystère — des témoins racontent des comportements étranges qui auraient dû alerter tout le monde
La disparition mystérieuse de la petite Lyhanna, 11 ans, survenue le vendredi 29 mai à Fleurance, dans le Gers, plonge la France dans la stupeur et la colère. Alors que les forces de l’ordre déploient des moyens massifs pour tenter de retrouver la collégienne, l’étau se resserre brutalement autour du principal suspect : Jérôme Barella, 41 ans, qui n’est autre que le père d’une amie de la victime. Mis en examen pour « enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans » et placé en détention provisoire, l’homme est aujourd’hui au centre d’un passé judiciaire et de témoignages glaçants. Des comportements étranges, des alertes répétées et des plaintes ignorées dessinent le profil d’un prédateur présumé qui aurait dû être neutralisé depuis bien longtemps.
Le dernier homme à l’avoir vue vivante
Lyhanna a été aperçue pour la dernière fois à sa sortie du collège, montant à bord du véhicule de Jérôme Barella. Face aux enquêteurs, l’homme a tenté de minimiser les faits, affirmant avoir simplement déposé la jeune fille près de la piscine municipale de Fleurance. Cependant, la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, a immédiatement pointé du doigt des déclarations « incohérentes et imprécises ».
Ce que l’enquête révèle de l’intimité de cette relation est troublant. L’amitié entre Lyhanna et la fille du suspect s’était construite au fil d’activités sportives. Récemment, à la suite d’une « soirée pyjama » organisée au domicile du quadragénaire, les parents de Lyhanna avaient brusquement ressenti un malaise et pris leurs distances avec cet homme. Un instinct protecteur qui, malheureusement, n’aura pas suffi à briser le piège qui s’est refermé le vendredi 29 mai.
Les soirées pyjamas de l’horreur : de nouveaux témoignages accablants
Depuis l’arrestation de Jérôme Barella, la parole se libère et les récits de comportements déviants se multiplient. Nicolas L., père d’une autre fillette de 11 ans (le même âge que Lyhanna), s’est confié avec effroi auprès de BFMTV et Franceinfo. Sa fille avait également participé à une soirée pyjama chez le suspect à Montestruc-sur-Gers, en présence de plusieurs jeunes filles.
Le témoignage du père est insoutenable : il évoque des « gestes déplacés » de la part de Jérôme Barella au réveil des enfants, décrivant des « caresses au niveau des fesses ». L’homme se serait approché de la très jeune fille d’une manière intimidante, « la main posée sur un mur pour lui parler de très près ». Plus tard, lors d’une sortie à la piscine, le suspect aurait réitéré ces attouchements à la sortie de l’eau. Suite au signalement effectué en mars dernier par l’éducatrice de l’enfant (placée à l’Aide sociale à l’enfance), le procureur d’Auch avait été saisi, mais l’affaire était restée sans suite immédiate.
Une plainte pour viol étouffée par le chantage au suicide
Le dossier noir du suspect ne s’arrête pas là. En août de l’année dernière, une mère de famille nommée Audrey avait déposé une plainte officielle pour « viols sur mineure de moins de 15 ans » auprès de la gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne. Sa fille, Rose, alors âgée de 10 ans et amie des enfants de Jérôme Barella, avait fini par avouer son calvaire après avoir posé des questions inhabituelles sur la sexualité.
L’enfant a raconté aux médecins et aux gendarmes des agressions répétées au domicile du suspect : « Elle raconte qu’il la déshabille, qu’il essaye de la pénétrer, que ça lui fait très mal ». Confronté secrètement par la mère à l’époque, Jérôme Barella avait nié en bloc avant d’exercer un chantage psychologique terrifiant sur la fillette, menaçant de « se pendre » si elle ne disait pas qu’elle avait menti. Sous la pression, l’enfant s’était rétractée, mais la procédure était restée ouverte. Neuf mois après cette plainte, le suspect n’avait toujours pas été auditionné par la justice.
« Si la justice avait fait son travail, Lyhanna n’aurait peut-être pas disparu », s’indigne aujourd’hui Audrey, la mère de la petite Rose, au micro de BFMTV.
Un passé de comportements inappropriés en milieu scolaire
L’aveuglement institutionnel face au profil de Jérôme Barella remonte encore plus loin. Dès 2020, une première plainte pour des faits à caractère sexuel sur mineure avait été enregistrée à son encontre, avant d’être classée sans suite.
Puis, en 2021, c’est au sein de son environnement professionnel que l’alerte a été donnée. Employé comme agent d’entretien dans plusieurs lycées du Gers entre 2018 et 2021, son contrat a été brutalement rompu par la région Occitanie suite à une procédure disciplinaire. Le motif ? Un « comportement inapproprié envers une lycéenne ». Une énième ligne rouge franchie qui n’a pourtant pas empêché cet homme de continuer à graviter librement autour des amies de ses enfants.
L’État face à ses failles : l’ouverture d’une enquête administrative
Face à l’indignation générale et à la succession de ces révélations, le secrétaire d’État ou le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a dû intervenir directement devant l’Assemblée nationale. Une enquête administrative conjointe a été diligentée auprès de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et de l’Inspection générale de la Justice afin d’identifier les « dysfonctionnements » majeurs qui ont permis à un homme visé par trois procédures de rester libre et d’approcher la petite Lyhanna.
Pendant que la justice cherche ses coupables administratifs, sur le terrain, l’urgence est absolue. Chasseurs, pêcheurs, élus et citoyens anonymes quadrillent les forêts, les cours d’eau et les champs aux côtés des gendarmes en treillis. Des plongeurs draguent les étangs de Fleurance et des drones thermiques survolent la région. Le temps joue contre les enquêteurs, mais la détermination de la communauté reste entière pour faire jaillir la vérité du gouffre de silence qui entourait Jérôme Barella.
Pour mieux comprendre l’ampleur du dispositif de recherche déployé sur le terrain par les forces de l’ordre, vous pouvez consulter ce reportage vidéo détaillant les investigations : Disparition de Lyhanna : les moyens pour la retrouver. Ce document montre l’intervention des équipes cynophiles et des drones thermiques dans le Gers.